DOCUMENTAIRE. "L'enfant et les voix graves" : grandir pendant la pandémie du covid-19

Le cinéaste Vincent Pouplard filme sa fille Thalia un peu chaque jour depuis sa naissance. En même temps que l’âge des "pourquoi ?" est survenu le premier confinement. Ainsi est né "L’enfant et les voix graves", documentaire qui regarde la complexité du monde à travers les yeux d’une enfant.

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C’est une famille Nantaise cloîtrée à l’heure d’une pandémie qu’on n’avait pas vue venir.

Vincent est réalisateur et peut passer du temps avec sa famille à qui il va consacrer son prochain film. Musicienne, Carla est la moitié du duo nantais Mansfield.Tya. Sans possibilité de se produire, elle compose dans son home studio. 

Privée de crèche, leur fille Thalia joue avec ses parents ou seule, tantôt avec une caméra comme son père, tantôt avec un petit clavier comme sa mère.

On est au printemps 2020, le monde s’est tout à coup rétréci et le temps s’est distendu.

Voilà la maison de Vincent Pouplard, de sa compagne Carla Pallone et de leur fille Thalia devenue comme une île parmi des milliers d’autres, dans l'archipel créé par le confinement : famille, voisins, les proches sont... à distance. On s’installe dans des vies de Robinson et on dirait que le bout du monde est au fond du jardin.

C’est le rappel de ce climat si particulier qu’installe Vincent Pouplard au début de "L’enfant et les voix graves".

Succession de scènes quotidiennes où l’on découvre Thalia, 2 ans et demi, et ses parents prendre des nouvelles du dehors au téléphone ou regarder la rue par la fenêtre.

Thalia commence à parler, les mots sont encore balbutiants, tout comme ses essais de filmage avec sa caméra-jouet dont Vincent Pouplard a conservé quelques images dans son film, comme autant de babillages. "Il n’y a plus beaucoup d’avions" constate-t-elle en filmant le ciel en marchant. Un plan d'enfant, comme il y a des mots d'enfants.

Par petites touches, de réflexions à voix haute en conversations avec ses parents ou sa nounou, une vision d’un drôle de monde selon Thalia se dessine.  La petite fille perçoit au-delà du cadre familier de la maison et des visages rassurants des parents et de la nounou, des forces inconnues aux ressorts mystérieux.

"Pourquoi il y a de la grêle ?" se demande Thalia. "Mais pourquoi on ne pourra plus la voir ?" interroge-t-elle quand ses parents lui expliquent qu’on ne pourra plus revoir son arrière-grand-mère qui vient de décéder.

Thalia a peur d’une mouche mais pas de la mort. La mort, on a beau aborder le sujet concrètement, elle écoute et redemande : pourquoi ?

La vie et la mort, un sujet que Vincent Pouplard n’avait pas envisagé tenir autant de place dans son film et qui au final le structure, jusqu’à la séquence finale. Le contexte de la première vague de l’épidémie du Covid y a largement contribué.

Que pouvait penser Thalia du décompte quotidien des morts en France et dans le monde, chaque jour à la radio, dans les conversations et les messages laissés sur le répondeur familial ?

Pour autant, le propos de "L’enfant et les voix graves" ne se cantonne pas au désir de témoigner sur le vif de ce moment exceptionnel du premier confinement, comme plusieurs documentaires l'ont rapidement proposé. Ici, nombre de séquences qui donnent l’impression de la plus grande spontanéité doivent en vérité leur mouvement à un long travail d’écriture et de mise en scène.

Comme l’a expliqué Vincent Pouplard au public venu découvrir son film en avant-première au Festival du Film International de La Roche sur Yon, certaines scènes ont été rejouées, des gestes refaits. D’autres séquences, conçues à l’écriture et au montage pour dilater le temps et l’espace laissent entrer l’imaginaire dans le film.

Comme dans un rêve alors, le son des voix s’efface derrière une étrangeté de musique et nous voici dans une magnifique scène de jeu dans le cimetière voisin entre Thalia et sa nounou Solène aux éclats de rire lointains. Ou encore, ce plan onirique où la caméra suit Thalia de dos marchant dans le flou nocturne d’une ruelle incertaine, inséré au montage dans une scène où elle dort à l’arrière de la voiture familiale en route pour un hommage à l’arrière-grand-mère disparue.

On pourrait y ajouter le motif récurrent des escargots à plusieurs endroits du film. Ces confinés par nature, la fragilité de leur coquille et leur comportement grégaire offrent à l’imaginaire du spectateur un réservoir de métaphores sur la pandémie.

Depuis l’achèvement de "L’enfant et les voix graves" qui se clôt avec la première rentrée de Thalia à l’école maternelle, Vincent Pouplard a continué de tourner. Il monte actuellement une version plus longue de son documentaire, avec de nouvelles séquences.

Comme si le film à l’instar de Thalia continuait de grandir lui aussi, de version en version.  Au final, "L'enfant et les voix graves" n'est peut-être pas un portrait de Thalia, mais son reflet sensible au temps, dont l'image ne peut se figer.

Documentaire "L'enfant et les voix graves" de Vincent Pouplard, à voir ce lundi 18 octobre à 23h

 

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