DOCUMENTAIRE. "Réfugiés, un avenir possible" : une leçon d’intégration et d’intégrité

Publié le Mis à jour le
Écrit par Olivier Brumelot
Le cours de français avec Mutasim, Gaële et Sabour
Le cours de français avec Mutasim, Gaële et Sabour © Bonobo Productions

À Saint-Herblain près de Nantes, la réalisatrice Carole Tresca a suivi durant 8 mois un groupe de 10 réfugiés engagés dans le dispositif HOPE. 8 mois pour apprendre un métier, trouver un emploi et devenir autonome dans la vie quotidienne. Une aventure humaine touchante pour un résultat exemplaire.

Par une séquence d’ouverture filmée en caméra portée, nous accompagnons les derniers mètres d’un très long voyage. De dos, nous suivons des hommes et leurs valises. Des valises qu’ils traînent jusqu’à l’entrée du foyer où ils vont résider durant 8 mois. Des valises avec lesquelles il faut gravir l’escalier qui mène à leurs chambres spartiates. Des valises qui contiennent tout ce qu’ils possèdent. Mais des valises qu’ils vont enfin poser ici, à l’AFPA de Saint-Herblain (Loire-Atlantique).

Entre confinements et couvre-feu, la réalisatrice Carole Tresca a passé une bonne partie des années 2020 et 2021 avec Abdirahim, Adnan, Ahmed, Berihu, Faisal, Murdu, Mutasim, Sabour, Samuel, et Youssouf. Ils viennent du Soudan, du Tchad, de Somalie, d’Erythrée. Tous viennent d’obtenir un titre de séjour après avoir affronté mille dangers, éprouvé mille fatigues, et accompli un parcours administratif semé d’embûches.

Ce qui les a amenés ici fait écho aux ravages de guerres lointaines qui retiennent rarement l’attention chez nous et ils ne s’y attardent pas, sinon pour dire simplement qu’ils n’avaient pas le choix. Aujourd’hui, c’est vers l’avenir qu’ils se tournent, à l’instar de Youssouf. Demain, ils intègrent le dispositif "HOPE".  

Mon rêve va commencer maintenant" dit le jeune homme avec une certaine gravité.

Youssouf

HOPE, c’est le mot "espoir" en anglais, et c’est ici un acronyme : Hébergement, Orientation et Parcours vers l’Emploi des personnes réfugiées.

Le dispositif porté par l’AFPA est le fruit d’un partenariat entre pouvoirs publics et secteur privé. Il consiste en un accompagnement global des personnes sur les plans administratif, social, médical, citoyen et une formation métier pour répondre aux besoins non pourvus des entreprises. A Saint-Herblain, c’est au métier de plombier que le groupe va se former.

Fatiha Zouggari est chargée de l’accompagnement social chez Synergie, la société d’intérim partenaire du programme. Sa mission : "lever les freins pour leur permettre de travailler à la fin de la formation » explique-t-elle entre deux rendez-vous où les problèmes les plus divers lui sont soumis.

Ouverture d’un compte bancaire pour Sabour, démarches vis-à-vis de la CAF pour Adnan, échanges avec la Préfecture sur un titre de séjour accordé mais qui tarde à être envoyé pour Samuel. Fatiha aide oriente, guide, mais apprend surtout aux stagiaires à être autonomes dans leurs démarches. Le temps est compté.

Il en va de même pour le perfectionnement en français, indispensable pour trouver un emploi et être à l’aise dans la vie de tous les jours. Les progrès sont rapides, mais les pièges sont nombreux.

Parfois on ne peut pas faire la différence entre vois, la voie, la voix ! Ou un verre, vert comme la couleur, ver comme l’animal !

Youssouf

Le soir dans sa chambre, Youssouf révise les conjugaisons. Bientôt il pourra dépasser le passé et le présent et s’exprimer au futur. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont tous là. Pour se dessiner chacun un avenir dont les deux maîtres-mots sont emploi et logement. Pour le groupe qui se constitue au fil des semaines et où règne une entraide formidable, Gaëlle Hervouët est plus qu’une prof de français. Avec énergie, humour et bienveillance, elle est celle qui leur donne confiance. Dans son documentaire, Carole Tresca accorde une large place aux séquences en classe.

Au gré des exercices et des jeux de rôle, les personnalités et les parcours de chacun se dévoilent. Certains ont déjà travaillé dans le bâtiment. Comme plombiers même, comme Samuel qui n’a pas de diplôme mais qui a appris avec son père en Erythrée. Adnan a lui une expérience en peinture et carrelage en Somalie. Mutasim lui était vendeur dans un magasin au Soudan. Il se souvient que l’affaire tournait bien, mais c’était avant la guerre confie-t-il dans un triste sourire.

La classe de Gaëlle, c’est le lieu où on se raconte, où le français devient la langue commune, et où la communication se noue.

C’est avec cette cohésion que les anciens réfugiés entament leur formation métier en plomberie. Il faut tout apprendre en un temps court : le nom des outils, et comment s’en servir. Viendra ensuite le travail sur plans, l’installation et le raccordement d’équipements sanitaires, car l’heure du premier stage en entreprise a sonné.

Des entreprises de toute taille, des grandes sociétés du bâtiment aux artisans, qui peinent à recruter. L’entreprise de travail temporaire les a convaincues d’accueillir cette main d’œuvre fraîchement formée. Pour mettre toutes leurs chances de leur côté, et vaincre les éventuels préjugés, le groupe s’exerce sous l’œil de Gaëlle à simuler entre eux des entretiens d’embauche.

Comme pour tout entrant sur le marché du travail, le premier stage donnera le ton. Il faudra être ponctuel, montrer sa motivation, être capable de se présenter, comprendre les consignes et poser des questions si besoin. Ce sera un succès pour tous, il sera dignement célébré.

La fin du programme HOPE approche, et Carole Tresca filme la préparation de l’entrée dans la vie active : gérer son budget, expliquer des démarches nouvelles, comme la mutuelle ou les impôts. C’est le moment de mesurer les progrès de chacun. Sabour en est fier : "Maintenant, je peux faire mes démarches tout seul".

La fin ? C’est plutôt un début. L’entreprise de travail temporaire a des missions pour tous les stagiaires, et les premières perspectives de CDI s’annoncent.

L’emploi est un sésame, et Youssouf a trouvé un logement à Nantes. Nous entrons avec lui, le son résonne dans l’appartement, il n’y a que deux matelas posés au sol et un frigo. Les meubles, il les achètera petit à petit mais le plus important est là, le voilà chez lui après des années passées en foyer.

Le travail et l’appartement, c’est ma liberté. Je sens que j’ai la responsabilité de moi-même.

Youssouf

On ne saurait trop recommander le documentaire de Carole Tresca aux marchands de peur et à ceux leur prêtent une oreille complaisante. Ils y trouveront une leçon de dignité.

À l'heure de la sidération face à la tragédie de Calais pourtant prévisible, la perspective décrite par "Réfugiés, un avenir possible" est celle d'une société où chacun peut trouver sa place, et reconstruire sa vie. 3000 réfugiés sont passés par le dispositif HOPE depuis 2017. La question qui nous vient après avoir vu "Réfugiés, un avenir possible" s’impose comme une évidence : pourquoi si peu ?

"Réfugiés, un avenir possible" un documentaire de Carole Tresca

Coproduction France 3 Pays de la Loire – Bonobo Productions

Diffusion lundi 29 novembre à 23h10. Rediffusions à 9h45 le mardi 30 novembre et le jeudi 9 décembre

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

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