Fillette brûlée par de la soude caustique ingérée dans un restaurant de Pornic : "notre vie s'est pratiquement arrêtée"

Le 1er août 2019, la petite Elisabeth, 22 mois, était intoxiquée par de la soude caustique qui lui avait été servie pour du jus de fruit dans un restaurant de Pornic dans le sud Loire. Un an après, ses parents témoignent alors que l'on vient d'apprendre le procès aura lieu fin janvier 2021.

La petite Elizabeth a eu l'oesophage brûlé par de la soude caustique dans un restaurant de Pornic en août 2019
La petite Elizabeth a eu l'oesophage brûlé par de la soude caustique dans un restaurant de Pornic en août 2019 © France 3 Pays de la Loire
Le 1er août 2019, la petite Elisabeth, alors âgée de 22 mois, ses parents et sa soeur de 6 ans, Alexandra, se rendent à la Fontaine aux Bretons, un restaurant réputé de Pornic en Loire-Atlantique.

Les parents lui commandent un jus de fruits. La fillette en avale deux gorgées, le recrache, ils goûtent alors le contenu du verre.

"Elle s'est mise à hurler comme jamais, mon épouse, ne comprenant pas ce qui se passait, a pris le verre pour goûter également" nous avait raconté à l'époque le papa d'Elisabeth, "en panique, elle a commencé à crier "qu'est-ce que vous avez mis dans le verre ?".

Le père de la fillette prend alors le verre, "ça ne sentait rien donc je l'ai porté à mes lèvres et là j'ai senti une brûlure intense".
Les parents de la petite Elisabeth
Les parents de la petite Elisabeth © France 3 Pays de la Loire


Une vie qui bascule en quelques secondes

La vie de cette famille parisienne, en vacances pour une semaine dans la région nantaise, bascule à ce moment là.

Elisabeth est conduite au CHU de Nantes, plongée dans un coma artificiel, son pronostic vital est engagé pendant plus de 24 heures après l'ingestion de la soude caustique contenue dans le verre. Sa bouche, sa langue, son palais, ses lèvres sont brûlés.
Elisabeth à l'hôpital, après avoir avalé de la soude caustique dans un restaurant de Pornic, en août 2019
Elisabeth à l'hôpital, après avoir avalé de la soude caustique dans un restaurant de Pornic, en août 2019 © DR

Ça lui a littéralement brûlé tout l'oesophage, ce n'est pas une brûlure comme on peut avoir qui se cicatrise. La soude caustique mange les tissus. Elle les mange en profondeur jusqu'à 24h après l'ingestion

            Arnaud Kob, le papa d'Elisabeth

"On a passé 11 jours en réanimation, après encore quelques jours en pédiatrie, raconte aujourd'hui Olga, la maman d'Elizabeth, on attendait une place à Necker (l'hôpital parisien spécialisé en pédiatrie, NDLR), ce qui était plus proche de notre domicile".

La fillette sera finalement transférée à Necker le 14 août.  

Elisabeth s'en sortira mais pour autant son quotidien et celui de sa famille en est totalement changé. 
Elisabeth lors de l'une de ses 17 hospitalisations
Elisabeth lors de l'une de ses 17 hospitalisations © DR


De terribles nuits

Avec la soude caustique, "la cicatrisation se fait plus en profondeur donc l'oesophage devient plus dur et plus étroit".

"Toutes les 2-3 semaines, Elisabeth va à l'hôpital pour faire des dilatations, poursuit-il, ils passent des ballonnets et ils les gonflent pour essayer de réécarter les tissus, en espèrant qu'ils soient plus larges, on en est à 15-16 interventions et ils n'ont pas pu traiter tout l'oesophage", seulement le haut.

Au tout début,"c'en était à un point où elle n'arrivait même pas à avaler sa salive, raconte son papa, chaque 5-10 minutes, elle devait cracher dans un verre".

"La nuit elle pouvait se réveiller 15, 20, 30 fois, elle s'asseyait, elle s'étouffait avec la salive, poursuit sa mère, ça a duré des mois et des mois". Le lit d'Elisabeth était alors installé dans la chambre de ses parents, les privant tout deux de sommeil.

Depuis le début de l'année, un lit supplémentaire a été installé dans la chambre d'Elisabeth. Ainsi, l'un des deux parents veille en alternance sur les nuits de la fillette, afin que chacun puisse avoir un peu de repos.

Il y a eu des nuits blanches pendant des mois, là on peut avoir des phases de sommeil un petit peu plus longues

   Arnaud Kob, le papa d'Elisabeth

"Là ça va un peu mieux, un moment donné ça ne se referme plus entre deux dilatations donc il y a moins de réveils la nuit, explique le père d'Elisabeth, il y a en a toujours car, comme elle est alimentée la nuit, elle peut avoir des douleurs à son bouton (greffé à son abdomen afin de pouvoir être alimentée par une pompe), elle peut s'emmêler dans la pompe, elle peut se retourner sur le fil, du coup ça fait une occlusion, il se passe toujours quelque chose la nuit".
Elisabeth est alimentée par une pompe relié à un bouton greffé à son ventre
Elisabeth est alimentée par une pompe relié à un bouton greffé à son ventre © France 3 Pays de la Loire


Et des journées compliquées

Elisabeth a déjà été opérée 17 fois depuis fin août 2019. "A chaque fois, l'hospitalisation dure 3-4 jours, raconte sa maman, ça se passe toujours sous anesthésie générale, elle est sous perfusion, elle ne peut pas bouger, il faut qu'on reste jour et nuit à côté d'elle, qu'on gère son alimentation".

"17 fois on a dû faire les valises, gérer sa grande soeur,  partir avec elle à l'hôpital, gérer le télétravail ou l'organisation du travail de mon mari"

Elle est tellement habituée à partir à l'hôpital que lorsqu'elle m'a vu faire les valises cet été, elle m'a demandé : c'est pour aller encore à l'hôpital ?

   Olga Kob, la maman d'Elizabeth

Le quotidien d'Elisabeth, ici avec son infirmière, et de ses parents a complètement changé depuis l'accident
Le quotidien d'Elisabeth, ici avec son infirmière, et de ses parents a complètement changé depuis l'accident © France 3 Pays de la Loire
"A la dernière opération, mardi, elle a pleuré, elle a pleuré, elle sanglotait :"Je veux manger par la bouche, je veux manger par la bouche !", raconte Olga Kob.

Prochaine étape dans deux semaines pour Elisabeth, une opération au cours de laquelle son oesophage sera remplacé.

De leur côté, ses parents préparent un dossier pour la MDPH, la Maison Départementale des Personnes Handicapées, afin que son handicap soit reconnu. Ils doivent également traiter le volet judiciaire de cette affaire. 


Un lieu bien connu de la famille

Dès août 2019, la famille avait porté plainte pour blessures involontaires dûes à un manquement aux consignes de sécurité.

Aujourd'hui, l'enquête est toujours en cours et donc "confidentielle".

"Quand j'essaie d'obtenir des informations, on me dit qu'il manque encore des pièces, précise Arnaud Kob, je veux bien entendre que les choses peuvent être longues mais je ne sais pourquoi notre enquête met un an alors qu'on sait déjà le produit qui était dans le verre, on sait déjà qu'ils mettaient ce produit dans les bouteilles de jus de raisin et que c'était une habitude, qu'ils retiraient l'étiquette ou qu'ils mettaient une croix rouge dessus. Là, visiblement, sur l'étiquette il n'y avait pas de croix rouge".

"Cette bouteille est passée de l'endroit où on fait la plonge à la cuisine, de la cuisine au frigo et du frigo au verre de ma fille, donc il y a eu plusieurs personnes qui ont fait transiter cette bouteille,
relate Arnaud Kob, il y a eu quelques fautes qui ont été commises. Ça ne suffit pas pour mettre quelqu'un en examen, en tout cas, un an après je ne sais pas du tout où en est l'enquête" .

MISE A JOUR DU 1ER AOÛT

L'enquête, diligentée par le parquet de Saint-Nazaire, est désormais close. La date du procès est fixée au 26 janvier 2021 à 14h. Le propriétaire de l'établissement encourt trois ans de prison.
Le restaurant La Fontaine aux Bretons à Pornic
Le restaurant La Fontaine aux Bretons à Pornic © France 3 Pays de la Loire
Le drame c'est qu'on connaissait parfaitement ce restaurant, ce qui nous a, en plus, ajouté du poids émotionnel, dit Olga Kob. En 2016 on a fêté mon anniversaire dans ce restaurant, en 2017 on y est passé, j'étais en fin de grossesse d'Elisabeth"

C'est un endroit où on emmenait nos enfants les yeux fermés

   Olga Kob, la maman d'Elisabeth

"C'était un endroit qu'on appréciait, on a loué une maison à 5 minutes de ce restaurant juste pour pouvoir y aller", indique la maman d'Elisabeth, avec ce drame, "on s'est bien déconnecté avec ce restaurant de tout ce qui est la vie normale. Je ne sais combien de temps ça va encore durer cette période"

"On se demande combien de temps ce restaurant va encore prospérer alors que notre vie s'est pratiquement arrêtée",
conclut-elle.  

Une enquête interne

"J'ai repris la Fontaine aux Bretons un peu moins d'un mois avant cet accident

    Alexandre Gérard, propriétaire de la Fontaine aux Bretons

"A la suite de cet accident, j'ai diligenté avec les responsables du site une enquête interne pour tenter de comprendre ce qui c'était passé, raconte Alexandre Gérard, le patron de la Fontaine aux Bretons, on a mis en place des moyens correctifs immédiatement".

Le lave-vaisselle qui nécessitait un chargement manuel du détergent a été modifié "par le fournisseur de manière à ce qu'il n'y ait plus d'intervention humaine et que tout soit automatique".

"Nous avons contacté le fabricant de produit pour qu'il en change la couleur car il a la même couleur et la même viscosité que nos jus de fruits",
poursuit Alexandre Gérard.

"Nous avons également contacté notre syndicat professionnel pour témoigner", "pour éviter à tout prix que dans d'autres établissements puisse se reproduire une telle situation dramatique", précise également le patron de la Fontaine aux Bretons.

Ça fait un an jour pour jour que je pense à cette petite, que je pense aux conséquences que ça a pour elle, aux conséquences que ça a pour sa famille et à la façon dont ça pertube considérablement leur vie

   Alexandre Gérard

"L'établissement était piloté par des gens d'expérience, des gens qui avaient jusqu'à 20 ans d'expérience dans cet établissement", poursuit Alexandre Gérard qui se dit aujourd'hui, "navré de tout ça, navré des conséquences que ça pour cette famille, pour cette enfant".



Le reportage de notre équipe
 

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
témoignage faits divers société santé
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter