Grève contre la réforme des retraites mardi 28 mars. "Ça se finira en invalidité" : à Saint-Nazaire, les manifestants se disent cassés par le travail

Blocages, pénurie de carburants, manifestations...Ce mardi 28 mars, la mobilisation se poursuit contre l'adoption du projet de réforme des retraites. Il s'agit de la 10e journée de manifestation organisée par l'intersyndicale.

L'acte X de la contestation contre la réforme des retraites a débuté ce mardi matin. 

"Il y a des gens qui ne pourront pas aller jusqu'à 64 ans, pas dans certains métiers, pas ici. On le voit bien à Saint-Nazaire, il y a beaucoup de monde dans les rues depuis le mois de janvier", affirme Cécile, 50 ans, agent de maîtrise chez un sous-traitant des Chantiers de l'Atlantique. 

"On entretient des paquebots, il faut monter jusqu'au pont 19 sans ascenseur avec du matériel lourd...Tout le monde a des troubles musculosquelettiques (TMS), dénonce-t-elle, et 64 ans, ça repousse de 14 ans pour moi. Ce n'est pas possible."

"Je me sens usée. On est usés par le travail. Je pense que tout le monde va finir en invalidité parce qu'ils n'arriveront pas à aller jusqu'au bout, et il n'y aura plus personne pour payer les pensions de retraites", conclut Cécile.

Tout le monde a des troubles musculosquelettiques. On est tous usés par le travail.

Cécile

Manifestante à Saint-Nazaire, agent de maîtrise aux Chantiers de l'Atlantique

Gilles, 58 ans, travaille lui aussi pour les Chantiers de l'Atlantique mais en tant que "charpentier fer". Les TMS, il connaît, comme en témoigne son opération récente pour une double hernie discale.

"C'est un travail physique, on monte les chantiers pour fabriquer les blocs [de bateaux]. Il faut débarrasser, nettoyer, et remonter avec le traçage et le plaçage de plots. On est dehors, avec la pluie ou la chaleur", détaille-t-il.

Manifester, presque un cri du corps 

Le cinquantenaire se sent "fatigué moralement et physiquement. J'ai commencé à 18 ans et je serai en retraite à 63 ans et 9 mois. Je vais être mort, usé".  

Pour ces travailleurs, manifester résonne presque comme un cri du corps, et c'est aussi le cas en-dehors des emplois liés aux chantiers navals.

Je vais être mort, usé.

Gilles

Manifestant à Saint-Nazaire, charpentier fer aux Chantiers de l'Atlantique

Cécile, 51 ans, est aide-soignante à l'hôpital du Croisic. Un métier qui nécessite aussi de soulever des charges lourdes.

"Il faut porter les gens, les remonter dans les lits, faire des changes...Une personne qui fait 80 kg et qui est inerte dans un lit, tout le poids repose dans nos bras. C'est difficile et il y a aussi beaucoup de détresse psychologique", témoigne-t-elle.

"64 ans c'est quasiment impossible à faire vu mon métier, ajoute-t-elle. Et moi, il faudrait que j'aille jusqu'à 65-66 ans pour avoir ma retraite complète." 

Cécile dit qu'elle tient par amour pour son métier, mais le recul de l'âge de la retraite ne lui inspire rien de bon : "On va finir pauvres, très pauvres".

Une quinzaine d'interpellations à Nantes

À Nantes, rendez-vous était donné à 10h30 au Miroir d'Eau. La police a compté 18 000 manifestants, contre 60 000 enregistrés par la CGT.

En fin de matinée, la manifestation n'en finissait plus de prendre le départ, dans une ambiance d'abord calme. L'atmosphère est devenue plus électrique du côté de la croisée des trams. Une quinzaine de personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre selon la police.

Le cortège encerclé par les policiers 

En début d'après-midi, le cortège se trouvait sur l'île de Nantes dans une ambiance tendue.

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Tracteurs et manifestants traversent le pont Anne de Bretagne. ©France Télévisions / Stéphanie Pasgrimaud

Une dizaine de tracteurs ont rejoint le cortège depuis le centre-ville.

Au moins, un manifestant aurait été blessé.

Des heurts à Nantes et Saint-Nazaire

Dans la cité des Ducs, un feu a été allumé devant la façade de l'agence BNP située près du commissariat du cours Olivier de Clisson. Les pompiers ont dû intervenir pour maîtriser les flammes.

Une voiture a été incendiée sur l'île Gloriette et une barricade dressée a été embrasée.

Des feux de poubelle ont été allumés devant les portes du tribunal administratif, déjà cible des casseurs le 23 mars.

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Un peu plus tôt, des black blocks ont taggué des caméras de surveillance de la ville.

Les premiers jets de lacrymo sont survenus peu avant 13h devant le CHU alors que la foule y était dense. Quelques heurts s'y sont déroulés, mais la majorité du cortège a poursuivi sa route en direction de l'île de Nantes.

Le maire de Saint-Nazaire soutient le mouvement, mais dénonce les casseurs

La manifestation de Saint-Nazaire a commencé à 10h et a rassemblé 8 500 personnes selon la police, et 15 000 selon la CGT. Dans l'après-midi, des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont eu lieu.

Des "tirs de mortier et jets de projectiles" ont visé "les forces de l'ordre", a indiqué sur Twitter la police de Loire-Atlantique. Le maire de la ville, David Samzun, a condamné ces agissements dans un communiqué, déplorant également des dégâts sur les bâtiments publics. 

"Ces dégâts auront un coup pour le contribuable local. Ils ont aussi un coût en termes de traumatisme des fonctionnaires municipaux qui travaillent au bien public derrière ces vitres caillassées", écrit l'édile, qui craint que ces actes ne fragilisent le mouvement.

Ces dégâts auront un coût pour le contribuable local.

David Samzun

Maire de Saint-Nazaire

"Je continue donc de condamner sans réserves tous ces agissements, ajoute le maire, et je rappelle, encore une fois, que le Gouvernement et le Président de la République doivent écouter sans délai le profond désaveu qui s’exprime depuis des mois sur le fond et la forme de cette réforme."

Des inquiétudes plus larges que la réforme des retraites

La foule était au rendez-vous à Nantes, a rapporté l'un de nos journalistes présents sur place. Parmi les manifestants qui se dirigeaient vers la préfecture, des jeunes comme Louis, 18 ans. Le lycéen est là en représailles à l'utilisation du 49.3 pour adopter la réforme.

Didier, 61 ans, est aussi dans les rangs. Le retraité solidaire a pu partir tôt et entend bien que d'autres le puissent aussi. 

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Les manifestants se rassemblent à Duchesse Anne. ©France Télévisions / Olivier Quentin

Dans le cortège, les pancartes témoignent d'inquiétudes plus larges que la réforme des retraites, liées à la crise sanitaire et environnementale.

L'académie de Nantes annonce que 8,8% des enseignants participent au mouvement de grève, dont 8,9% d'enseignants de premier degré et 8% d'enseignants du second degré. 

Premiers rassemblements à Challans et Saint-Nazaire

Dans le reste des Pays de la Loire, les premiers rassemblements se sont formés à Challans (Vendée) et à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).

L'affluence semble moins marquée que lors des manifestations précédentes, en particulier à Saint-Nazaire où la mobilisation avait rassemblé autant que participants qu'à Angers jeudi 23 mars. 

Des blocages en début de journée

À Nantes, plusieurs blocages ont perturbé la circulation tôt ce matin, notamment du côté du Cardo, au nord de Nantes.

La Tan a adapté son réseau de bus en conséquence. 

Du côté des stations essence, 43% sont à sec en Loire-Atlantique. C'est l'un des départements les plus touchés en France, après la Mayenne (50%) et le Maine-et-Loire (40%).

Les lignes de bus et tram seront coupées en centre-ville, de 10h à 14h30 (9h30 à 15h pour la ligne 1).

La circulation a pu reprendre en milieu de matinée sur le périphérique avec le départ des manifestants de la Janvraie, qui permet d'accéder au pont de Cheviré à l'ouest, et le pont de Bellevue, à l'est.

Du côté des stations essence, 43% sont à sec en Loire-Atlantique. C'est l'un des départements les plus touchés en France, après la Mayenne (50%) et le Maine-et-Loire (40%).

A LIRE AUSSI. CARTE ACTUALISÉE. Carburants, pénurie ou non ? Où faire le plein en Loire-Atlantique

Le blocage du dépôt de carburant de Donges, en Loire-Atlantique, a repris aux alentours de 9h30.

Des manifestations à Angers, au Mans, à La-Roche-sur-Yon et à Château-Gontier

Plusieurs rassemblements se sont déroulés dans d'autres villes des Pays de la Loire.

Dans la capitale du Maine-et-Loire, à Angers, les manifestants étaient au nombre de 5 000 (selon la police), et jusqu'à 9 000 selon les syndicats. Des tracteurs se sont joints au cortège angevin. 

Au Mans (Sarthe), les barrages routiers ont laissé place à un rassemblement de 6 400 (préfecture) à 8 500 (syndicats) personnes à partir de 13h30, place des Jacobins.

L'ambiance a été plutôt calme, avec un cortège moins fourni que jeudi 23 mars selon notre journaliste présent sur place. 

À La-Roche-sur-Yon (Vendée), les manifestants ont débuté leur traversée du centre-ville à 14h30. Ils étaient entre 3 700 et 7 000 selon les estimations respectives de la préfecture et des syndicats. 

En Mayenne, trois rassemblements étaient prévus à Laval, Mayenne et Château-Gontier. 

La manifestation lavaloise commençait à 11h. Elle a compté entre 2 500 (selon la police) et 5 000 personnes (selon les syndicats).

Les manifestants castrogontériens ont quant à eux pris le départ à 16h30. Une querelle a éclaté entre les membres de différents syndicats, sous l'œil médusé des gendarmes présents.

Certains syndicalistes ont souhaité bloquer un rond-point, quand d'autres ont voulu poursuivre le trajet initial.

Les manifestants ont finalement repris l'itinéraire prévu. Ils étaient entre 450 (selon la préfecture) et 600 (selon les organisateurs). Une mobilisation plutôt inhabituelle pour la commune.

Avec Christophe François, Stéphanie Pasgrimaud, Olivier Quentin, Nathan Vildy et Pierre-Érik Cally