Handicap : une conférence nationale très attendue par les associations qui réclament des actes forts

Une vingtaine de personnes étaient mobilisées ce mardi matin 11 février devant la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Tous attendent des actes forts du gouvernements. / © France Télévisions Thierry Poirier
Une vingtaine de personnes étaient mobilisées ce mardi matin 11 février devant la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Tous attendent des actes forts du gouvernements. / © France Télévisions Thierry Poirier

Emmanuel Macron préside, ce mardi 11 février à l'Elysée, une "conférence nationale du handicap" très attendue par les associations, qui réclament des"avancées". Lucie Michel, mère d'un enfant autiste, manifeste ce mardi devant la Maison Départementale des Personnes Handicapées d'Orvault.
 

Par Céline Dupeyrat

C'était en 2018, fatiguée de se battre, Lucie Michel, artiste nantaise, avait sorti un clip pour interpeller Emmanuel Macron. Son fils Malone, atteint d'autisme et d'épilepsie sévère n'avait , comme beaucoup, d'autre choix que celui de rester à la maison. Pour lui, aucune solution, pas de place. A l'époque la chanson avait fait le tour des réseaux sociaux. "Ça a été un vrai buzz. Du coup cinq mois après la mise en ligne, j'ai obtenu une place en IME, un établissement spécialisé ABA à Nantes. Il a fallu quatre ans et une chanson pour obtenir ce que je demandais", raconte Lucile.

Une bataille gagnée, après de longues années de silence et de refus. Gagné mais pas acquis. Lorsqu'elle obtient la notification de la MDPH, précieux sésame qui ouvre les portes de l'institut, tout n'est que provisoire. Malone sera accueilli, pour un an, de février 2019 à février 2020. Alors Lucie a remis le couvert et écrit un autre titre. Sa nouvelle chanson s'appelle "Handicapés". Elle vient d'obtenir un renouvellement.
Dans son manteau jaune, Lucie Michel ne désarme pas. Si Malone a trouvé une place en institut, elle continue à se battre aux côtés des autres familles, touchées, comme elle, par le handicap. / © France Télévisions Thierry Poirier
Dans son manteau jaune, Lucie Michel ne désarme pas. Si Malone a trouvé une place en institut, elle continue à se battre aux côtés des autres familles, touchées, comme elle, par le handicap. / © France Télévisions Thierry Poirier

Je ne me suis pas mise en danger en montant au sommet d'une grue, j'ai écrit une chanson. Aujourd'hui Malone est heureux. Il est scolarisé à temps plein. Il adore ça. Il aura fallu attendre 4 ans et une chanson. Aujourd'hui, je peux mourir en paix d'avoir rendu ma vie util. , Je me réincarnerai sûrement en papillon - Lucie Michel

Aujourd'hui Lucie a aussi obtenu le statut d'aidant familial. Son histoire, ne l'empêche pas de se battre pour les autres. Ce mardi 11 fevrier elle est aux côtés d'une vingtaine de personne devant la MDPH de Loire-Atlantique à Orvault. A 14h30, une délégation a rendez-vous avec le directeur pour déposer un cahier de doléances . "Il faut que nous soyons entendu sur toutes nos revendications nationales," explique Lucie Michel. Aujourd'hui c'est une maman apaisée mais toujours aussi combative : "Malone est heureux. la musique m'a sauvé la vie". Son dernier album, s'appelle "Guerrière".


 

"Un Point d'étape à mi-mandat"

Un numéro d'appel unique pour répondre à l'angoisse des familles, des places supplémentaires dans les établissements spécialisés, un effort sur la scolarisation: Emmanuel Macron doit annoncer mardi de nouvelles mesures pour améliorer de manière "tangible" la vie des personnes handicapées.

Cette "Conférence nationale du handicap" sera "un acte fort", a promis la secrétaire d'Etat chargée du dossier, Sophie Cluzel, car il s'agira de faire "un point d'étape à mi-mandat" sur les avancées en matière de handicap et "de s'engager sur des mesures pour la fin du quinquennat".
    
Symboliquement, l'événement a été programmé exactement 15 ans après l'adoption d'une loi majeure pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Il s'agira notamment de tirer un "bilan" de cette loi, via des tables rondes thématiques.


"La France maltraite-t-elle ses concitoyens en situation de handicap?"

C'est le triste constat des familles qui se rassemblent aujourd'hui dans un événement national pour alerter, encore, les pouvoirs publics sur la situation.

Aujourd'hui et pour la première fois un appel à manifester est organisé sur tout le territoire français, pour dire stop.

"Un droit ce n'est pas une faveur", rappellent les organisateurs de l'appel à manifester devant les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH). "Il est temps de faire entendre nos voix sur les défaillances d'un système dont les rouages ont sauté au détriment des usagers".

"Nos vies sont pourtant particulièrement malmenées par des refus et/ou revues de droits non motivés, des législations de dépôt et des procédures bafouées par les MDPH elles-mêmes, des mutualisations en masse des accompagnants scolaires lors des renouvellements de dossiers, des dépassements de délai ayant pour conséquence des ruptures de droits dramatiques pour les familles pour la continuité des prises en charge et/ou les soins de leurs proches, ou d’eux même."

"En parallèle de cette conférence nationale du handicap, nous voulons montrer que nous ne sommes pas dupes : les recours administratifs deviennent de plus en plus complexes à enclencher de par la réforme « justice », les familles sont acculées, les personnes concernées se sentent abandonnées des politiques qui ne travaillent en fait apparemment qu’à soigner le descriptif de leur futur plan d’action sans jamais chercher à faire respecter les législations déjà pourtant en vigueur".

La question de la scolarisation des enfants handicapés au coeur des débats

La conférence, que conclura le chef de l'Etat, devrait évoquer la scolarisation des enfants en situation de handicap, sujet auquel le président accorde "beaucoup d'importance", selon son entourage,  mais aussi la manière de favoriser l'emploi et l'apprentissage, alors que 15.000 personnes handicapées, jeunes ou adultes, restent sans accompagnement.

    
Le collectif Handicaps, qui regroupe 47 associations nationales de personnes en situation de handicap et  leurs familles, "n'attend pas uniquement des déclarations de solidarité mais des preuves et des avancées", a-t-il souligné dans un communiqué.
  
Quinze ans après la loi de 2005, les personnes handicapées "restent confrontées à des difficultés récurrentes d'accès aux droits et à des délais longs et hétérogènes selon les territoires", notamment en termes de scolarité, d'emploi ou de déplacements quotidiens, fait valoir le collectif.
    
"Si des avancées ont été réalisées, telles que l'obtention de droits à vie, il reste maintenant à transformer les droits formels en droits réels", poursuivent les associations, qui attendent notamment une réévaluation des dispositifs de"compensation", c'est-à-dire les aides humaines, matérielles et financières visant à "améliorer les activités de la vie courante et de la vie sociale".


"Il ne faudra plus aucun enfant handicapé sans solution de scolarisation à la rentrée de septembre", a déclaré mardi Emmanuel Macron, en annonçant l'embauche de 11 500 accompagnants d'ici 2022.
    
"Nous ne devons jamais nous habituer à ce que des enfants en situation de handicap soient privés de la chance d'aller à l'école, de la joie d'apprendre et du bonheur de tisser des liens", a dit le chef de l'Etat en concluant la Conférence nationale
sur le handicap à l'Elysée, en présence de 500 acteurs du secteur.

Emmanuel Macron promet 11 500 postes d'accompagnants pour les enfants

    
Il a pour cela fixé l'objectif "qu'aucun enfant sans solution de scolarisation ne puisse encore exister au mois de septembre prochain".
    
Selon lui, "le nombre d'enfants qui étaient en attente d'un accompagnant a été divisé par près de deux entre 2018 et 2019", de 15.000 à 8.000 mais on doit réussir à tomber à zéro".
    
"Le vrai sujet est qu'on manque d'accompagnants" pour aider ces enfants à l'école, a-t-il regretté. Leur nombre a pourtant progressé de 55.000 en 2017 à 66.000 à la fin de l'année 2020, mais un trop grand nombre d'entre eux travaillent à "temps
partiel"
. Il a indiqué que 11.500 postes d'accompagnants supplémentaires seraient créés d'ici la fin du quinquennat en 2022

 

50 millions d'euros pour les MDPH


Parmi les mesures qui doivent être annoncées mardi, la création d'ici à l'an prochain d'un numéro d'appel unique, le 360, qui permettra aux familles de sortir de "l'errance de guichet en guichet" et d'être accompagnées dans leur recherche d'une prise en
charge pour leur proche en situation de handicap. Les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) recevront 50 millions d'euros supplémentaires, sur les deux ans qui viennent, pour pouvoir répondre plus rapidement aux demandes des familles.
    
Le gouvernement entend également lutter contre les départs contraints vers des établissements spécialisés en Belgique - quelque 500 adultes, chaque année, quittent ainsi la France faute de solutions près de chez eux. Pour contribuer à y remédier, un millier de nouvelles places doivent être créées, plus 2.500 solutions en établissements ou dans des services médico-sociaux. Soit 6.000 places supplémentaires, en comptant celles déjà annoncées pour 2021-2022.
    
Sur le front de l'emploi des handicapés, le gouvernement entend mettre l'accent sur le développement de l'apprentissage.

 

L'accessibilité numérique

La CNH devrait également aborder la question de l'accessibilité des démarches administratives en ligne, ce qui suppose notamment des portails web compatibles avec les logiciels de synthèse vocale, pour les aveugles et malvoyants. Cette accessibilité "demeure l'exception et non la norme", a déploré le Conseil national du numérique (CNNum), une instance consultative, dans un rapport remis mercredi au gouvernement.

La conférence sera par ailleurs l'occasion de présenter les résultats d'une consultation en ligne, menée entre mai et septembre dernier. L'opération a permis de récolter plus de 7.000 propositions afin que la société "garantisse une vraie place aux personnes handicapées".

 

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