La Maison Radieuse de Rezé a bientôt 70 ans. "C'est la maison du bonheur" pour Marcel qui y habite depuis sa création

En 2025, la Maison Radieuse de Rezé, près de Nantes, œuvre de l'architecte avant-gardiste Le Corbusier, fêtera ses 70 ans. On y trouve toujours des habitants qui sont attachés à cet immeuble classé, riche de sa mixité sociale et de sa vie collective.

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Ici, on ne parle pas d'immeuble, mais "d'unité d'habitation". De même qu'on ne dit pas étage ou couloir mais "rue". 

La Maison Radieuse de Rezé, près de Nantes, se vit comme un village, disent ses habitants. Un village dont les façades sont classées au titre des monuments historiques et qui est présenté chaque année à des milliers de visiteurs.

Des appartements duplex

294 logements, dont beaucoup de T4, des duplex, soit descendants (un escalier descendant vers les pièces du bas), soit montants. Le tout desservi par de larges couloirs avec des blocs pour les boites aux lettres à chaque étage... pardon, à chaque rue. Puisque les rues donnent accès à des appartements descendants ou montants, donc à trois niveaux d'habitation. Vous suivez toujours ?

"C'est super ici !"

Petite promenade ce jeudi matin dans la 1ère rue (au niveau le plus bas des six rues). Le couloir est sombre, seules les portes d'entrée des appartements sont éclairées par de timides néons. Mais cela n'empêche pas deux enfants d'y jouer avec une voiture radiocommandée. La porte de l'appartement où vit l'un des deux enfants est largement ouverte et apporte un peu de lumière dans ce couloir/espace de jeu. Il nous y conduit et nous sommes accueillis par une maman, souriante, qui accepte de nous parler de sa vie au"Corbu", du nom de Le Corbusier, l'architecte  franco-suisse créateur de ces unités d'habitation qui sont au nombre de cinq (Marseille, Rezé, Berlin, Briey et Firminy).

"C'est super ici, nous dit-elle d'entrée de jeu. C'est un endroit très agréable à vivre, avec un équilibre entre le collectif et l'individuel."

L'individuel, c'est l'appartement qu'elle a acheté avec son compagnon pour y vivre avec leurs deux enfants. Un T4 traversant avec le soleil du matin à l'est et le couchant à l'ouest.

Une vie associative riche

Notre interlocutrice apprécie la vie associative très fournie au Corbu. Des clubs, une bibliothèque, une friperie, une ressourcerie...

"Et il y a de la mixité sociale, ajoute-t-elle, ce qui n'est pas forcément le cas dans celle de Marseille qui s'est gentrifiée. Et il y a la vie dans le parc, les enfants s'y retrouvent beaucoup."

Cette propriétaire note tout de même un point faible : pas de volets aux fenêtres. "L'été, ça chauffe fort" dit-elle.

Lorsqu'elle a quitté son adresse précédente, elle cherchait une maison. 

"Je n'avais pas envie de retourner en appartement, raconte-t-elle. Mais, venir ici ! là, OK !"

Pas de regret donc pour cette petite famille.

"On se dit tous bonjour"

Même point de vue pour cet autre habitant croisé dans la deuxième rue.

"L'ambiance est bonne, confirme-t-il. C'est très familial, on se croise tous plus ou moins. Le tutoiement vient assez vite, on se dit tous bonjour. C'est un petit village."

S'il fallait trouver un défaut, il évoquerait les planchers de béton qui transmettent trop les bruits. Sachant cela, chacun essaye de faire attention. Mais cela peut générer des conflits de voisinage. Comme dans d'autres d'immeubles.

Ici, j'ai été heureux, avec plein de copains, une vie très animée, joyeuse.

Marcel Janvier

Habitant de la Maison Radieuse depuis 1955

Retour au rez-de-chaussée où nous faisons la connaissance de Marcel qui rentre de ses courses, chariot et sac à la main. 

C'est une figure du Corbu. Il a écrit plusieurs livres sur cet immeuble dont il dit que c'est "la maison du bonheur".

"Je suis arrivé ici avec mes parents en mai 1955, se souvient-il. J'avais 8 ans. Nous avons d'abord habité un T4 au 443 (4ème rue). Et puis, il y a eu des naissances et on a pris un T5. J'ai grandi ici."

La famille de Marcel arrivait d'un logement très humide, non loin de là, dans le quartier de Haute-Ile. Marcel y était très malade.

"Le médecin a dit à mes parents : si vous restez là, le petit ne tiendra pas."

La petite famille a donc déménagé pour s'installer dans la Maison Radieuse, flambant neuve.

Et puis, en 1968, Marcel est parti pour Paris. Mais il est revenu au Corbu neuf ans plus tard "avec femme et enfant" précise-t-il.

Une ancienne coopérative 

"Au départ, l'immeuble avait un statut de coopérative, raconte Marcel. Et, en 1973, la loi a obligé les habitants à choisir entre le statut de locataire ou celui de propriétaire."

Tout comme notre première rencontre, Marcel apprécie la diversité des habitants.

"Ce qui rend cette maison agréable, confirme Marcel, c'est la mixité sociale. C'est la maison du bonheur." 

Certains appartements gagneraient à être mieux isolés thermiquement selon lui. Notamment ceux, comme le sien, qui sont dans la 6ème rue, sous la terrasse où se situe l'école maternelle, tout en haut de l'immeuble. Et ceux qui sont tout en bas, au dessus des pilotis, donc, du vide. Il y fait un peu trop froid l'hiver.

Un vaste programme de restauration des façades

Des travaux, il va y en avoir prochainement. La copropriété doit se prononcer sur un programme de rénovation. Et le projet a été complexe à mettre en place.

La Maison Radieuse de Rezé a plusieurs éléments classés depuis 2001 au titre des monuments historiques. Ses façades avec les loggias de couleur, la toiture et son école primaire, et les circulations intérieures (hall d’entrée, rues et cages d’escalier, la passerelle et les deux appartements témoins du 6ᵉ étage).

 

L'étude des travaux à réaliser et des matériaux à utiliser vient de se terminer. Il a fallu retrouver les couleurs exactes des loggias, jaunes, rouges et bleues.

"La fondation Le Corbusier possède toutes les esquisses, on a retrouvé tous les coloris d'origine" indique Anne-Marie Chepeau-Malhaire, ingénieure des services culturels à Conservation régionale des Monuments historiques des Pays de la Loire.

Des essais de matériaux

Même travail de recherche pour les bétons qui ont souffert.

"On a reformulé les bétons pour avoir les bétons les plus proches de ceux existants, en teinte et en densité", ajoute Anne-Marie Chepeau-Malhaire. On va faire pas mal de réparations. La construction s'est terminée en 1956 avec des bétons qui n'étaient pas de qualité et les fers n'étaient pas très enrobés. Ils sont très corrodés."

Un programme de restauration de la Maison Radieuse avait déjà eu lieu dans les années 90 mais, à l'époque, l'immeuble n'était pas classé et on avait changé des garde-corps. 

Aujourd'hui, l'approche est plus contrainte. On essaye de restaurer au maximum pour retrouver l'aspect d'origine plutôt que de remplacer.

Des essais ont été réalisés par l’entreprise Pierrenoël et ont été validés par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), l’inspection des monuments historiques et le laboratoire de recherche sur les monuments historiques. Le tout en collaboration également avec la fondation Le Corbusier.

Il reste aux copropriétaires à voter ces travaux dont le montant n'est pas encore précisé. On parle d'une enveloppe de 5 à 7 millions d'euros, subventionnées à 70 % par l'Etat, la Région et le Département.

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