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Loup Bureau enfin libre

Le journaliste Loup Bureau au Caire, collection personnelle Loïc Bureau / © DR
Le journaliste Loup Bureau au Caire, collection personnelle Loïc Bureau / © DR

Il est arrivée à 8h45 à l'Aéroport Charles de Gaulle et il est libre après 51 jours de détention. Histoire d'une libération.

Par Evelyne Jousset


Le secrétaire général de Reporters sans frontières Christophe Deloire avait twitté ce matin. "Loup Bureau est à bord du vol AF1391, qui a décollé  d'Istanbul à 6h13 locale. Arrivée à Paris à 8h40 selon Air France",  "Les autorités aéroportuaires turques ont fait embarquer Loup Bureau directement sur le tarmac, pour éviter tout contact avec les médias", précise-t-il. Le reporter a été accueilli par la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Le reporter indépendant de 27 ans, accusé par Ankara d'appartenance à "une organisation terroriste armée", est sous le coup d'une mesure d'expulsion.
Son avocat français Martin Pradel avait indiqué samedi que le journaliste, dont la libération a été annoncée vendredi, avait quitté Sirnak, ville du sud-est de la Turquie où il était resté détenu 51 jours, pour se rendre à Diyarbakir, et ensuite gagner Istanbul, puis Paris, très probablement dimanche matin. Le père du reporter, Loïc Bureau, installé près de Nantes, était à Paris dès samedi. Mais tant qu'il n'était ppas sur le sol français personne n'y croyait vriament.

Cette libération, intervenue dans la foulée d'une visite du chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian à Ankara, est "un grand soulagement", s'était "réjoui" Emmanuel Macron. Fin août le président français avait demandé sa "libération rapide" à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Interrogé sur une éventuelle contrepartie à cette libération, l'avocat avait déclaré: "Je n'ai aucune raison de le penser". "Simplement faire comprendre aux autorités turques tout le tort qu'elles se faisaient en persistant à emprisonner un journaliste français (...) a pu être suffisant", avait-il dit. Le journaliste avait été interpellé le 26 juillet à la frontière turco-irakienne, après la découverte en sa possession de photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG (mouvement considéré comme une émanation du PKK et donc comme "terroriste" par Ankara). Ces images datent, selon sa défense, d'un reportage sur les conditions de vie des populations syriennes réalisé en 2013 et diffusé sur TV5 Monde.

Risque de condamnation
 

"Tout a basculé au milieu de la semaine dernière avec l'acte d'accusation et la fixation d'une audience", a expliqué Me Pradel, le dossier étant alors transféré à un juge. "Le juge a immédiatement voulu recevoir Loup et a immédiatement statué sur la question de sa libération, alors que par ailleurs l'enquête se poursuit", a ajouté l'avocat. Loup Bureau "a toujours au-dessus de lui un risque de condamnation, une condamnation extrêmement grave puisque cela voudrait dire que Loup est un terroriste", a-t-il
rappelé. La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, une situation qui s'est particulièrement dégradée depuis le coup d'Etat raté de juillet 2016.

Quelque 170 journalistes sont détenus dans le pays, selon le site spécialisé P24. Les journalistes turcs sont de loin les plus touchés, mais leurs confrères étrangers ne sont pas épargnés. En mai, Mathias Depardon, un photojournaliste français, était lui aussi arrêté dans le sud-est de la Turquie, soupçonné de "propagande terroriste" pour le compte du PKK pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des photos prises lors d'un reportage. Il avait été expulsé après un mois de détention et une importante mobilisation.

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