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Les malheurs d’une Nantaise à La Réunion : la justice lui interdit d’enseigner l’histoire

L'Université de la Réunion (illustration) / © RÉUNION 1ÈRE (ANNECY PANON)
L'Université de la Réunion (illustration) / © RÉUNION 1ÈRE (ANNECY PANON)

Virginie Chaillou-Atrous n’aura pas eu le droit d’exercer son travail d’enseignante à l’Université de la Réunion. À peine nommée, elle a été suspendue. Cette fois, sa nomination sur place est annulée. Mais la polémique n’est pas close car la chercheuse, docteur en histoire, a décidé de faire appel.

Par Thierry Bercault

Le 26 mai 2016,  le conseil d’administration de l’Université de la Réunion nomme Virginie Chaillou-Atrous, jusqu’alors professeur d’histoire à l’Université de Nantes, maître de conférence à l’Université de la Réunion en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies dans les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien au XVIIIe et XIXe siècles ». En juillet, le tribunal administratif de Saint-Denis de la Réunion suspend cette décision.

Un an plus tard, le 22 juin 2017, ce même tribunal annule la nomination de cette professeur. L’affaire n’est pas jugée sur le fond mais sur la forme. En fait, le tribunal ne se prononce pas sur la compétence de la chercheuse nantaise mais sur une irrégularité de procédure.

Pour le tribunal, le quorum n'est pas atteint car 2 des 4 personnes présentes à ce comité scientifique ne sont pas présentes physiquement. Elles sont en visio-conférence à Bordeaux. Une pratique habituelle mais non réglementaire.

« Une insulte à la mémoire  »

Tout débute en juillet 2014 lorsque le professeur Sudel Fuma disparaît tragiquement. Sa réputation est internationale. Il a notamment œuvré pour sortir de l’ombre le Monument de Lazaret, symbole des engagés africains.

Pour le remplacer, le Conseil représentatif des français d’Outre mer (le  CREFOM) demande à transformer sa chaire de professeur d’Université en maître de conférence. Objectif : donner la chance de succession à des candidats locaux.

Mais le comité d’experts va en décider autrement. Pour lui, la candidate nantaise a davantage de légitimité que le candidat réunionnais. La chaire ouverte correspond à l’objet de sa thèse. Un choix qui va embraser l’île.

Les associations régionales se déchaînent dans la presse. Un comité de soutien se crée pour défendre l’emploi local LAPPL. « Ce n’est pas de n’importe quelle ville, mais de Nantes, port négrier, que l’on veut réécrire l’histoire de l’esclavage, à La Réunion ! », écrit le journaliste Vincent Fontano.

Dans une tribune, un metteur en scène dénonce, « un outrage, un crachat à la figure » qui voudrait « priver un peuple du droit d’écrire sa propre histoire ». Pour le CREFOM, cette nomination est « une véritable insulte à la mémoire de l’historien disparu ».

« Une discrimination »

Pour la chercheuse nantaise, cette thèse de la préférence régionale n’est pas acceptable, voire dangereuse. « Dire qu’il n’y a que les Réunionnais qui peuvent travailler sur l’histoire de l’île, c'est une ineptie. Il y a bien des Américains qui ont travaillé sur l’histoire de la France », explique Virginie Chaillou.

« En terme de rigueur scientifique, il faut justement éviter à tout prix une seule version de l’histoire. La posture de l’historien est de prendre du recul, d’éviter les passions. Je ne veux pas céder sur le terrain scientifique, car c’est trop grave. Ni céder sur les lois de la République : c’est de la discrimination. »

Affaire à suivre donc.

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