Nantes et son histoire : l'Abîme, nouvelle exposition sur le passé négrier et colonial de la ville

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Écrit par Fabienne Even
Cette aquarelle produite au 18ème siècle dévoile l'entassement des esclaves dans les bateaux négriers
Cette aquarelle produite au 18ème siècle dévoile l'entassement des esclaves dans les bateaux négriers © France Télévisions

30 ans après Les Anneaux de la mémoire, première exposition en Europe sur le thème de la traite négrière, le musée d’histoire de Nantes présente une nouvelle exposition : L’abîme, Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830. A découvrir à partir du samedi 16 octobre 2021.

En 1992, l’exposition, "Les anneaux de la mémoire" sortait de l’oubli ou du déni l’histoire négrière de Nantes, premier port esclavagiste français. Elle avait accueilli à l'époque plus de 400 000 visiteurs.

Trente ans plus tard, cette nouvelle exposition "l'Abîme, Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830" ouvre au public ce 16 octobre. 

"Le titre de l’exposition, l’abîme, vient d’une référence à Edouard Glissant, qui dans un texte très important parle du gouffre atlantique, c’est-à-dire de cet océan qui va être traversé par des captifs déportés entre le continent africain et le continent américain", explique Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d'histoire de Nantes et commissaire de l'exposition L'abîme.

"Le choix de ce titre nous permet aussi de parler d’un autre abîme, le nôtre, cet abîme que nous portons aujourd’hui. D’accepter cette histoire, de la regarder en face et de comprendre que c’est notre humanité à toutes et tous qui s’est abimée dans ce trafic d’êtres humains", poursuit-elle. "Elle continue de nous abimer aujourd’hui, parce que la traite des êtres humains dans le monde n’a pas complètement cessé."

L'exposition fait le bilan des recherches historiques menées sur les thèmes de la traite atlantique et l’esclavage colonial. Elle est basée presque exclusivement sur les objets de collections du musée d’histoire de Nantes.

Une salle de l’exposition est consacrée à la traversée de l’atlantique, aux personnes en captivité, à bord du navire. Y sont notamment exposées deux aquarelles représentant la Marie Séraphique, un navire négrier nantais. 

"Lors de la campagne de 1769, au large d'Ouango, sur la côte africaine, un homme de bord, René Lermite, va montrer comment sont organisés les cales, l’entrepont et le pont du navire. Cet image de l’entrepont où l’on voit le parc hommes et le parc femmes, l’entassement des captifs est le seul document produit au 18e siècle par des acteurs de la traite des êtres humains, explique Krystel Gualdé. Ce document est bien pire que ceux produits par les abolitionnistes".

Le musée d’histoire de Nantes propose d’interroger ses collections sous un nouvel angle, afin de révéler les traces invisibles des victimes du système colonial. Au-delà de la vision économique et commerciale habituelle, l’exposition lève le voile sur la complexité d’une ville qui fut négrière et esclavagiste. 

D'après le mémorial de l'abolition de l'esclavage de Nantes, la France a organisé au moins 4220 expéditions négrières sur cette période sombre de l'histoire, dont 1714 au départ de Nantes.

"Ce qui est nouveau dans cette exposition, c’est qu’on présente des personnes qui ont été détenues dans les plantations et qui sont venues à Nantes. On ne sait pas qu’il y a eu des esclaves à Nantes. C’est une facette nouvelle que le public va découvrir," souligne Jean-Marc Ayrault, initiateur du Mémorial de l'abolition de l'esclavage à Nantes.

L'abîme est une exposition sensible, immersive, qui se fait aussi l'écho des grands débats qui font l'actualité, comme les migrations contemporaines, l'esclavage moderne, les nouvelles formes de racisme. Elle est à découvrir jusqu'au 19 juin 2022.

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