Nantes : il y a 78 ans, 50 otages étaient fusillés après la mort de Karl Hotz

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Ce lundi 20 octobre 1941, à 7h45, le lieutenant-colonel Karl Hotz est abattu rue du Roi-Albert par un commando venu de Paris. C'est le chef de la Kommandantur de Nantes. En guise de représailles, 50 otages, en fait 48, seront fusillés.   

 

Par Evelyne Jousset

Le commando est composé de trois résistants communistes : Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco. 

Pas de cible précise

Les trois hommes n'avaient pas de cible précise. Ils devaient tuer un officier allemand. Ce 20 octobre 1941, au petit matin, ils se trouvent place Saint-Pierre, devant la cathédrale de Nantes lorsque Karl Hotz passe sur le chemin de la Kommandantur, qui se trouve place Louis-XVI. Il est accompagné de son aide de camp, le capitaine Sieger. Spartaco Guisco, vise l'aide de camp mais son arme s'enraye. Brustlein tire deux balles dans le dos de Karl Hotz. Les résistants réussissent à prendre la fuite.

L'officier allemand était connu à Nantes. Cadre important de Brandt, une entreprise de travaux publics de Düsseldorf, en 1929 il est affecté aux travaux de comblements de la Loire et de l'Erdre réalisés à Nantes à cette époque. Brandt intervenait dans ces travaux dans le cadre du plan, mis en place en 1924, pour le règlement de la dette de guerre allemande.

Représailles des allemands et des français 

La nouvelle de l'attentat arrive jusqu'à Hitler par von Stülpnagel. Hitler envisage l'exécution immédiate de 100 à 150 otages. Von Stülpnagel ramène le chiffre, le 21 octobre, à 100, divisés en deux groupes : 50 dans l'immédiat, puis 50 autres, si les coupables n'ont pas été pris le 23 octobre. Ces exécutions provoquent une immense émotion à travers tout le pays. C’est la première exécution de masse en France occupée.

Exécutions des 48 otages

Ils devaient être 50 sur la liste. Parmi eux  l'avocat Fernand Ridel et un certain Dauguet, vont être retirés de cette liste sans être remplacés. Fernand Ridel a bénéficié de l'intervention de personnalités de la haute société nantaise, relations de Karl Hotz, notamment la marquise de Sesmaisons, qui ont signalé que Fernand Ridel était lui-même un ami de Hotz.

Le 22 octobre 1941, 48 personnes sont exécutées à Châteaubriant, Nantes et Paris. Parmi eux le jeune Guy Mocquet, un militant communiste. Il avait 17 ans. 
  • 27 d’entre eux furent fusillés à Châteaubriant,
  • 16 à Nantes
  • 5 autres à Paris vers 16h au Mont Valérien à Suresnes

Qu'est devenu le commando ? 

Après une traque sévère qui verra l'arrestation et la mort en déportation de sa mère, Gilbert Brustlein, gagne la zone libre et parvient à passer la frontière espagnole en novembre 1941. Arrêté et incarcéré sous une fausse identité au camp de concentration de Miranda, il sera pris en charge par les Britanniques et transféré en Angleterre via Gibraltar. Il s'engage dans l’armée de la France libre. Il rentrera en France à la fin de 1944 et décèdera le 25 février 2009. 

Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco seront arrêtés entre le 5 janvier 1942 et le 10 février 1942. Et cela, indépendamment de l’affaire de Nantes. Torturés, puis condamnés à mort lors du procès de la Maison de la Chimie (25 condamnés à mort) ils seront fusillés le 17 avril 1942 au Mont-Valérien.

Retrouvez le beau travail de mémoire réalisé par la ville de Nantes. 
 
Le drame des 50 Otages

 

La lettre émouvante que Guy Môquet à écrit à ses parents et à son frère. 

Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé,

Je vais mourir! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.

Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas!
J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour.

A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels.

Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon coeur d’enfant. Courage! 

Votre Guy qui vous aime

 
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En 2003, le musée de la résistance a réuni 120 lettres de résistants et otages fusillés pendant la deuxième guerre mondiale dans un livre: " la vie à en mourir ". Parmi ces lettres, celle de Léon Jost. Un héros de la  Grande Guerre, fusillé avec les 50 otages. 
 


 

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