Pollens, acariens, moisissures, aliments, médicaments : pourquoi sommes-nous allergiques, ou pas ?

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Il y a trois saisons pour les allergies, celle des acariens, celle des pollens et celle des moisissures. Auxquelles s'ajoutent d'une manière continue les allergies alimentaires et médicamenteuses. Une personne sur quatre en France est allergique, quand d'autres ne le seront jamais.

Le printemps est la saison des pollens, l'une des trois saisons qui conduisent les patients en masse vers les cabinets des médecins allergologues. Être affligé d'une légère rhinite est désagréable, souffrir de complications asthmatiques peut devenir dangereux pour les personnes.

Nous avons demandé au docteur François Durand-Perdriel, médecin allergologue à Nantes, de nous expliquer pourquoi nous éternuons à minima, ou pire, faisons des crises d'asthme. Ou pas, car nous ne sommes pas tous égaux avec les allergies.

Les grandes familles d'allergies

"Le printemps c'est la saison du rhume des foins !", résume François Durand-Perdriel. "Les pollens d'arbres, nous avons dans notre région beaucoup d'allergies au pollen de bouleau en février-mars, ensuite les pollens de graminées de fin avril jusqu'à juillet, les herbacées comme le plantin en juillet aout".

Puis viennent les allergies aux acariens en automne , "ils ne supportent pas le soleil et la chaleur. Ils meurent dès qu'on aère les maisons".

Ensuite on trouve les moisissures en septembre-octobre, "nous vivons dans un environnement très dégradé, ce sont les moisissures atmosphériques par la décomposition des végétaux à l'extérieur en fin d'été".

Et tout au long de l'année, on consulte le médecin allergologue pour les plus classiques allergies aux animaux, aux hyménoptères, que sont les guêpes et les abeilles. Et de plus en plus pour des allergies aux médicaments et aux aliments.

Sommes-nous tous allergiques ?

Francois Durand-Perdriel explique pourquoi nous ne sommes pas tous égaux devant ces allergènes : "L'allergie est sous tendue par un processus antigène anticorps avec des anticorps très particuliers qu'on appelle nous des IGE spécifiques, de l'ordre du nanogramme et nous ne sommes pas tous capables de produire ce type d'anticorps pour déclencher des allergies. On estime en France qu'un quart de la population est susceptible de déclencher des manifestations allergiques".

Rhino-conjonctivites, asthme, manifestations cutanées sont les plus courantes. Les lois de l'hérédité ajoutent à la probabilité d'être soi-même allergique. "Heureusement la majorité des personnes peut tondre sa pelouse, embrasser son chat ou faire le ménage sans être gêné".

Peut-on savoir si, et à quoi, nous sommes allergiques ?

Les médecins allergologues sont tout à fait qualifiés pour effectuer les tests qui permettront de savoir où nous en sommes avec les allergies. "On les appelle des Pricks, ce sont des petits tests indolores, qui se pratiquent sur l'avant-bras, on a une réponse en vingt minutes". En fonction des résultats, l'allergologue demandera un dosage des anticorps pour avoir une quantification de l'allergie.

Dans les cas d'allergie de contact pour de l'eczéma, comme pour une coiffeuse chez qui on suspecte une allergie professionnelle, on utilisera des patch-tests collés dans le dos avec une lecture retardée. "On cherche a provoquer un eczéma sous nos petites plaques, avec des produits utilisés par les professionnels. On appelle ça des tests réalistes", puisque réalisés avec leurs propres produits.

Pour les allergies aux médicaments, le CHU de Nantes dispose d'une plate-forme d'allergologie. Si un médecin a une suspicion d'allergie à un médicament, il faudra refaire des tests en milieu hospitalier.

Graves les allergies ?

Les allergies sont gênantes quand elles sont de l'ordre de la rhino-conjonctivite, mais peuvent devenir graves quand elle se transforment en asthme, qui peut être gravissime. "Les allergologues sont tous équipés d'une cabine de plèthysmographie, qui permet de faire les bilans d'asthme et valider l'impact sur les bronches et les poumons".

Les allergies aux médicaments ou alimentaires deviennent graves quand on fait un choc anaphylactique, notamment chez les enfants. Pour eux l'allergologue prescrit une trousse d'urgence pour l'école. "Les enseignants connaissent bien le Projet d'Accueil Individualisé, qui donne l'autorisation d'amener une trousse d'urgence à l'école avec les documents qui donnent aux enseignants la conduite à tenir".

Les allergies, un mal occidental ?

C'est un constat fait par les scientifiques, nous vivons de plus en plus dans une bulle, notre organisme surréagit avec une production d'IGE. La pollution, nos comportements alimentaires, par les additifs et les conservateurs sont des facteurs aggravants. Les médecins constatent une augmentation des allergie alimentaires croisées avec des allergies environnementales. Et surtout de plus en plus d'allergies médicamenteuses. En matière d'allergies, les effets cocktails là aussi décuplent les risques.

C'est une question prenante en occident, c'est une pathologie beaucoup moins présente en Afrique par exemple. "Il y a toujours une balance entre les pathologies infectieuses et allergiques. Un environnement dénué de germes et de virus, la prise répétée d'antibiotiques favorise les allergies", déplore le médecin.

Plus d'allergies et plus de personnes sont allergiques précocement. "Tous mes confrères vous le diront, ces PAI, nous en rédigeons de plus en plus, pour les enfants, pour les personnes présentant des réactions sévères aux hyménoptères ou aux médicaments", conclut François Durand-Perdriel.

Qui nous donne ce conseil : "Pour bien se soigner, surtout ne pas écouter tout le monde". Autrement dit, passer par son médecin généraliste qui adressera son patient à un allergologue s'il le faut, est la bonne solution. Pour rester en bonne santé !