TEMOIGNAGE. Coronavirus : "Si j'étais Américain, j'aurais sans doute changé de métier", un interne en médecine raconte

Hugo* est interne en médecine. Lorsque le premier cas de covid-19 a été diagnostiqué en Chine, le 17 novembre 2019, il était en stage dans un cabinet. Ses maîtres de stage n'ayant pas assez de matériel pour se protéger eux-mêmes, il décide de se rendre utile au CHU de Nantes. Voici son témoignage.

Les internes sont nombreux à s'être portés volontaires pour prêter main forte aux personnels hospitaliers.
Les internes sont nombreux à s'être portés volontaires pour prêter main forte aux personnels hospitaliers. © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP
Début décembre, alors que les autorités n'ont pas encore pris la mesure de la crise du coronavirus, Hugo, lui, prend déjà en charge des personnes présentant des symptômes infectieux de type Covid-19, sans aucune protection. "Selon les autorités, les masques étaient inutiles et le virus n'était pas dangereux", nous écrit-il. Le 17 mars 2020, le confinement est mis en place en France. Au cabinet où Hugo est en stage, les médecins décident de continuer "en connaissance de cause mais toujours sans aucune directive". Une situation "scandaleuse" pour Hugo : 

Les médecins libéraux ont été oubliés lorsque cette crise sanitaire a éclaté. J’ai de mes yeux pu voir le nombre de masques attribués à chaque médecin : 8 masques chirurgicaux par semaine au début de la crise… C’est scandaleux.

Rapidement, Hugo se rend compte que ses maitres de stage n’ont pas suffisamment de masques pour se protéger eux-mêmes. Il prend alors l’initiative, avec leur accord, de se porter volontaire au CHU de Nantes.

J'ai fait partie de la cellule de dépistage ambulatoire Covid-19 durant une journée complète : les consignes étaient floues, nous avons accueilli des patients positifs, des patients suspects… Mais au moins, j’étais protégé (masque FFP2 et surblouse).

Hugo reprend ensuite deux gardes par semaine afin de soulager l'équipe des urgences. Ses nuits sont "blanches et fatigantes, mais gratifiantes". Hugo ne se considère pas comme une victime mais ressent une certaine amertume, notamment suite à la polémique à propos de la prime exceptionnelle versée aux professionnels hospitaliers. Le 15 avril dernier, le ministre de la santé, Olivier Véran, annonce le versement de cette prime. Les syndicats s'inquiètent alors de son système d'attribution et craignent que certains internes en soient privés. Le 24 avril, Olivier Véran clarifie la situation.
 
"Même en ces temps de crise, nous avons dû faire appel à nos syndicats pour nous défendre, regrette Hugo. Cette récompense n'est qu'un cache-misère, et ne sera même pas attribuée uniformément. Certaines spécialités ont d'abord été mises de côté... alors que tous ont participé à aider le système de soin. Il est temps d'honorer tous les métiers de la santé : aide-soignant, infirmier, kiné. Travailler face à la mort et à la maladie est rude. Il faut que personne ne soit oublié."

"Nous verrons si les applaudissements des Français à 20h étaient passagers ou s'il y a eu une réelle prise de conscience"

Ce qu'il espère, c'est que la prise de conscience sera durable. "Cette crise a rappelé à beaucoup d'entre nous que la santé ne doit pas être négligée. Ces derniers temps, l'économie est passée au second plan. Je ne sais pas si cela durera, mais je constate que beaucoup ont ouvert les yeux quant aux conditions de travail dans certains services, quant au matériel mis à notre disposition."

Hugo rend hommage au système de santé français. " Notre système de soin est, selon moi, le plus équitable qui existe. Constater tous les décès aux USA et faire le rapport avec les classes sociales les plus touchées est abominable. Ici, chacun a les mêmes chances indépendamment de son compte en banque. Si j'étais Américain, je crois que j'aurais sans doute changé de métier après avoir été témoin de cela."

Ce qui est sûr, c'est que la crise a renforcé l'attrait d'Hugo pour ce métier.

Le sentiment d'être utile est une force. En tant qu'interne de première année, nous sommes encore très encadrés, mais à notre niveau, nous avons pu nous épanouir en informant, soignant, rassurant les patients. Pour des jeunes de 25 ans qui découvre leur autonomie au fur et à mesure des stages, ce sera sûrement une période inoubliable et déterminante de notre carrière. 

*Le prénom a été modifié
 
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