The Holy gift : quand le groupe de métal Tool inspire un documentaire sur la musique au Nantais Stéphane Kazadi

Stéphane Kazadi - Lieu Unique Nantes / © Eric Guillaud
Stéphane Kazadi - Lieu Unique Nantes / © Eric Guillaud

Lequel d'entre nous ne s'est jamais demandé pourquoi il aime la musique et parfois plus précisément telle musique ? Stéphane Kazadi s'est non seulement posé la question mais il en a fait un documentaire inspiré par la musique de Tool et notamment l'album Lateralus. Rencontre...

Par Eric Guillaud

Stéphane Kazadi n'a pas l'allure d'un métalleux, il est pourtant un inconditionnel de la musique en général et du métal en particulier, notamment fan de Tool, groupe américain de métal progressif qu'il a découvert avec l'album Lateralus sorti en 2001. Un choc!

C'est précisément à partir de ce moment-là, intrigué par le fait de toujours revenir vers la musique de ce groupe, une musique qu'il qualifie de différente sans jamais avoir pu mettre de mots sur cette différence, que Stéphane Kazadi s'est interrogé. Pourquoi éprouve-t-on le besoin d'écouter de la musique ? Pouvons-nous comprendre cette attirance ? Pourquoi cet art est-il si particulier ? Et finalement qu'est-ce qui nous fait aimer la musique ?

De toutes ces questions, Stéphane Kazadi en a fait un film, un documentaire. Son titre, The Holy gift, le Saint Cadeau en français, un titre énigmatique pour la plupart d'entre nous, un titre évocateur pour les amoureux du groupe. The Holy gift est le nom d'une théorie selon laquelle l'album Lateralus aurait été bâti en suivant la suite mathématique de Fibonacci. 

"Cette théorie ne tient pas la route...", explique Stéphane Kazadi, "elle est symptomatique de la façon dont certains fans de Tool cherchent à justifier l'émotion qu'ils ressentent à l'écoute des albums en tentant de trouver quelque chose d'analysable de façon "terre à terre". Cette émotion ne peut pas venir de nulle part en quelque sorte"The Holy gift n'est pas un documentaire sur Tool mais un documentaire inspiré par la musique de Tool. C'est en tout cas ce que précise l'affiche du film et confirment les premiers commentaires off du documentaire "Selon moi, un album marque la fin d'un processus émotionnel, celui de son auteur, et le début d'un autre, celui de son auditeur. Et c'est celui-là qui m'intéressait"

De fait, Stéphane Kazadi n'a jamais cherché à rencontrer les musiciens. "Ça n'a jamais été un but pour moi de les rencontrer et de les filmer, sachant que ce n'était pas eux qui allaient pouvoir répondre à mes questions. D'ailleurs, jusqu'en 2005 ou 2006, je ne m'intéressais pas à leur personne, ne connaissais pas leurs visages, ne savais même pas s'ils étaient américains ou anglais. L'important, c'était leur musique, ce qu'il s'en dégageait".
À travers ce documentaire, Stéphane Kazadi cherche donc à répondre à cette question essentielle qui est de savoir pourquoi il aime cette musique. "Et pourquoi je la trouvais différente. À un moment, j'écoutais beaucoup le deuxième album du groupe sorti en 1996 et j'ai finalement compris, en écoutant la batterie. Le batteur utilise très peu les rythmes en 4 temps. Je me suis dit qu'il y avait quelque chose là qui m'amenait à avoir une sensation différente".

"Tout a découlé de ça. Je me suis intéressé au rythme globalement, aux effets du rythme dans le corps, à l'histoire du rythme si on peut considérer qu'il y a une histoire du rythme, aux influences. Je suis parti du principe que la musique n'était pas juste quelque chose qu'on pouvait entendre mais quelque chose qu'on pouvait analyser, éventuellement conceptualiser. Et donc je suis allé chercher des références ethnologiques, mathématiques, musicologiques".

"Et pourquoi Tool m'interroge-t-on régulièrement ? Parce que, justement, c'est le seul groupe qui réunit pour moi toutes ces questions-là !"
Tourné en France mais aussi au Chili et aux États-Unis, The Holy gift réunit des fans, des musiciens, des photographes, Amélie Nothomb, fan de Tool, mais aussi des spécialistes comme Patrick Lang, un philosophe de la musique de l'université de Nantes. "Patrick Lang a une analyse structurelle et ethnologique de la musique classique. Lorsque je l'ai enregistré, il ne savait pas quel groupe était à l'origine du film, je voulais qu'il découvre que son discours issu des partitions de musique classique était adaptable au métal progressif et plus largement à d'autres styles. Et j'ai été le premier étonné du résultat. Patrick Lang a découvert le nom du groupe à la projection. Il ne connaissait pas". 
Stéphane Kazadi le concède, l'angle du documentaire est très pointu. "Il s'adresse aux fans de Tool bien sûr mais surtout aux gens qui aiment la musique et qui ont envie d'apprendre des choses sur la musique et plus largement sur l'art"

Aujourd'hui, Stéphane Kazadi cherche à distribuer son documentaire. En attendant, une projection ouverte au public sur réservation est programmée le samedi 8 février à 14h au cinéma Le Beaulieu à Bouguenais. 

Plus d'infos sur le documentaire ici, sur la projection là

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