Saint-Nazaire : le vaste projet d'aménagement du Petit Maroc présenté par les élus, reste à convaincre les habitants

Le Petit Maroc, quartier historique et berceau de Saint-Nazaire, va connaître un vaste aménagement dans les prochaines années. Verticalité architecturale, ambition maritime et littorale, les élus sont fiers de leur projet pour la ville. Les habitants, eux, apprécient peu d'avoir été tenus à l'écart.

"Le Petit Maroc est le berceau de la ville de Saint-Nazaire''. C'est avec cette phrase que David Samzun, maire de Saint-Nazaire et président de l'agglomération nazairienne introduit la présentation de son projet d'aménagement de ce quartier qui ne ressemble à aucun autre, ni dans sa géographie, ni dans son histoire.

Même s'il n'en reste rien puisque tout a été reconstruit après-guerre, mais lorsque Saint-Nazaire n'était constitué que de quelques maisons et une église, c'était ici.

Le Petit Maroc au cœur d'un vaste et ambitieux projet 

Ainsi est présenté le dossier par le maire et deux adjoints, Xavier Perrin (adjoint aux finances et président de l'office public d'habitat Silène) et Christophe Cotta (adjoint à l' Urbanisme, l' aménagement et transition écologique, Appel d'offres, Délégation de service public, Services publics locaux, Accessibilité). 

Suivant son cap défini sous l'appellation d'Ambition Maritime et Littoral, la majorité municipale entend donner au quartier du Petit Maroc l'opportunité d'exploiter un ''potentiel positivement monstrueux'' en développant l'habitat, les services au nautisme, les commerces.

Une tour de 12 étages, haute d'environ 40 mètres pour loger 70 étudiants

Le site est identifié, c'est celui de l'ancien hôtel du Pilotage, démoli voilà une dizaine d'années. Les futurs étudiants en année préparatoire des Beaux-Arts y seront logés par Silène, l'organisme d'habitat public de l'agglomération. 17 studios et 25 colocations de 2 à 3 lits constitueront l'espace logement de cette tour ovoïdale en béton clair, tandis que des espaces communs seront proposés pour la vie et le travail en communauté. L'emprise au sol est de 300 m2.

L'ESBAN (École des Beaux-Arts de Nantes) construit actuellement avec l'aide de la ville son antenne nazairienne sur le site de l'ancienne gare d'État devenue théâtre Simone Veil, juste à l'arrière de la base des sous-marins.

Le logement dans la tour située au Petit Maroc permettra d'offrir aux étudiants un lieu de vie à proximité de leur lieu d'études, ce qui devrait leur permettre de s'y rendre à pied ou à vélo.

L'idée d'origine était celle du directeur de l'école des Beaux-Arts, de pouvoir ouvrir les portes de son école à une population plus mixte grâce à des frais moins élevés, de par le logement par exemple.

La tour est également présentée par les élus comme un signal architectural fort à destination des étudiants et des habitants.

Un espace dédié au nautisme

Le vaste espace où se déroule le traditionnel festival des Escales a vu ces dernières années différents bâtiments disparaître. La vue sur l'estuaire s'est élargie et le potentiel est là, entre la Loire et le bassin du port de Saint-Nazaire.

Un potentiel d'installation pour des professionnels du nautisme, plusieurs entrepreneurs ont déjà manifesté leur intérêt, selon le maire, notamment à l'occasion de la Solitaire du Figaro, grande épreuve de voile ancrée à Saint-Nazaire pour plusieurs années, au départ et à l'arrivée.

Les élus disent aussi attacher une grande importance au maintien, voire au développement du Pôle National de Formation de la SNSM (Société Nationale de Sauverage en Mer), déjà installé au Petit Maroc, près du Vieux Môle, mais un peu à l'étroit dans ses locaux.

L'actuelle Coopé (coopérative des marins pêcheurs) seraient relogée et des pontons flottants installés le long du quai Demange, avec la promesse de l'édile de garder la petite pêche à Saint-Nazaire et de lui accorder 20 places sur les 80 prévues, les 60 restantes étant dédiées à la plaisance. Les réservoirs à carburant resteront et continueront de servir les bateaux de pêche, voire les plaisanciers à l'avenir.

Un projet pour révéler les rives de la Loire

L'ancien maire, Joël Batteux, aujourd'hui décédé, avait initié le réaménagement, en plusieurs tranches, du front de mer, avec un succès confirmé et même envié. David Samzun a poursuivi la démarche entamée et affiche désormais sa volonté d'étendre ce projet de Front de Mer à sa version 4, à savoir un parcours de déambulation allant de l'immeuble Beau Rivage (à l'ouest de la ville) à l'écluse fortifiée, sa terrasse panoramique et son sous-marin l'Espadon.

Un espace qui révèlera les rives de la Loire, comme le front de mer de la Grande Plage a révélé la mer et l'océan, à portée de marche à pied ou de vélo. 

La présentation du projet n'était toutefois pas complète car le maire de Saint-Nazaire ne veut pas empiéter sur la compétence du Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire qui devrait, lui aussi, annoncer des projets d'aménagement situés au Petit Maroc. 

Une seconde tour au Petit Maroc ?

Les informations ne sont pas confirmées, mais le Grand Port aurait des projets de recentrer ses services, voire d'accueillir d'autres services maritimes en un seul lieu. Ce lieu pourrait être une tour à l'entrée de la jetée Est qui embrasserait l'estuaire et l'océan. Il est question de Capitainerie, de Gendarmerie Maritime. Ces projets sont également attendus avec impatience car le vaste aménagement du Petit Maroc a été présenté comme un projet global. 

Pour ce qui est du présent, le projet de brasserie situé à l'intérieur de l'Usine Élévatoire suspendu depuis plusieurs mois par des recours et la pandémie, pourrait connaitre une issue favorable très prochainement avec la possible purge des recours le 28 octobre prochain. Si tel était le cas, les premiers travaux pourraient commencer à la fin de cette année.

Quant aux Bâtiment de Santé des Gens de Mer, il est propriété de l'État, toujours inoccupé, et le maire ne désespère pas qu'un jour les collectivités locales et l'État puissent trouver un terrain d'entente pour imaginer un débouché valorisant à ce bâtiment idéalement situé.

Les habitants du Petit Maroc inquiets

Les rumeurs circulent depuis des semaines voire des mois, mais personne n'avait une idée exacte des projets concernant le Petit Maroc. La publication récente de l'image de la tour des étudiants a fait frémir. Dans ce quartier populaire et en partie insulaire, on se méfie des projets de la Ville. ''Normal'', disent les habitants, ''on n'y est pas associés''. Le secret et le silence autour du projet ont eu le temps d'échauffer les esprits et plusieurs habitants ont envoyé un communiqué faisant part de leur inquiétude et leur colère.

Découvrir par hasard la verticalité de cette tour à venir en a choqué plus d'un. Sur l'ancien site de l'hôtel du Pilotage, l'herbe avait repris ses droits, des bancs avaient même été installés et tout le monde appréciait cet endroit vide et vert, surplombé de deux fresques devenues emblématiques, souvenir des Escales et d'artistes d'Amérique du Sud.

Samedi 16 octobre prochain, ces habitants ont prévu de se rassembler et s'organiser pour échanger sur les projets présentés par la mairie, à la presse, mais pas directement aux habitants.

A cette question posée, Christophe Cotta a répondu : ''la décision de construire n'est pas mise en concertation avec la population, en revanche, il va nous falloir imaginer la place de la Rampe avec les habitants, il va nous falloir prendre grand soin des habitants et des commerces''.

Les élus évoquent un besoin réel de communication car le passage à l'action est prévu pour bientôt. Un appel d'offres aux professionnels du nautisme est prévu prochainement, tout comme la consultation d'un urbaniste-paysagiste pour imaginer l'espace et les perspectives et l'arrivée dans le quartier d'un atelier mobile pour dialoguer avec les habitants, une commission extra-municipale sera consultée et les conseils de quartiers sont en cours de création jusqu'à la mi-novembre.

Le Petit Maroc : autant une île qu'un quartier

Le Petit Maroc est situé entre des écluses et des ponts. Priorité aux bateaux qui entrent ou qui sortent. C'est ainsi. Mais parfois les ponts ne fonctionnent pas de la journée. Le pont tournant a même été bloqué plusieurs mois suite à un accident portuaire.

Les contraintes qui en découlent ne facilitent pas le quotidien et la population n'a pas vu grand monde de la mairie venir lui proposer de l'aide durant cet isolement de plusieurs mois. Depuis des années, la mairie refuse de venir entretenir et tailler les chênes verts de la place de la Rampe, renvoyant la tâche au Grand Port alors qu'elle s'en occupait auparavant. 

La qualité de vie et la vue sont appréciables au Petit Maroc, mais elles ont un prix. Les habitants paient ce prix à l'année et n'accueillent pas ce projet de ''vaste aménagement'' avec candeur et naïveté. Il va falloir à David Samzun foi et persévérance pour convaincre, la population du Petit Maroc et surtout la faire participer. La méthode de communication choisie a autant généré de réticence que les projets eux-mêmes, car les habitants du quartier ne sont pas opposés à tout par principe.

Un des questionnements des habitants a reçu une réponse des élus : le stationnement sera privilégié sur la partie ''ville'' et non une fois les ponts franchis. Y compris pour les clients de la future brasserie (capacaité 300 personnes donc a minima 150 voitures). Un axe de transport en commun va être renforcé (ligne à haut niveau de service) et devrait s'arrêter au pied du pont basculant. Les visiteurs du Petit Maroc (hors professionnels) seront invités (incités?) à faire le reste du chemin à pied ou en mode doux de mobilité (vélo, trottinette).

Le Petit Maroc, site majeur de l'ambition maritime et littorale de la Ville

Le vaste aménagement du Petit Maroc devrait commencer très prochainement mais aussi s'étaler sur plusieurs années, sans doute même au-delà du mandat actuel de David Samzun et de son équipe. Le projet est déjà mûr pour certains aménagements, pour d'autres des enquêtes restent à mener, techniques mais aussi publiques.

Avec ses annonces prochaines, le Port complètera la perception du quartier qu'en auront les habitants du Petit Maroc ainsi que ceux qui viennent y travailler (commerces, avocats, marins, pilotes, agents portuaires, Écomusée), mais une balade sur le front de mer actuel et la place du Commando permettent d'imaginer les futures couleurs de ce quartier historique dont les habitants veulent avant tout garder l'âme.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
architecture et urbanisme culture architecture