Accusé d'avoir violé sept neveux et nièces et d'avoir capté des images pédopornographiques, Yoann V. est jugé à Angers à partir de ce 5 décembre

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Écrit par Valentin Pasquier, avec Jérémy Armand

Ce 5 décembre s'ouvre à Angers le procès d'une affaire de pédophilie d'une rare ampleur. Accusé de viols commis sur sept de ses neveux et nièces, un Angevin de 28 ans comparaît aussi pour une agression sexuelle et des captations d'images pédopornographiques, réalisées lors de stages dans des écoles maternelles du Maine-et-Loire.

Le procès de Yoann V. s'ouvre ce lundi 5 décembre à Angers. L'accusé, âgé de 28 ans, doit répondre des viols perpétrés sur sept de ses neveux et nièces, ainsi que d'une agression sexuelle sur une huitième enfant, entre 2012 et 2018.

Le jeune Angevin s'est aussi rendu coupable d'une agression sexuelle sur un garçon de 5 ans au sein d'une école maternelle près d'Angers ainsi que de la captation d'images à caractère pédopornographique au préjudice de huit enfants dans deux écoles maternelles. Il est aussi jugé pour ces faits devant la cour d'assises d'Angers.

Un signalement via Pharos

Né fin 1993, Yoann V. a été confondu au terme d'une longue enquête des gendarmes du Maine-et-Loire. En février 2018, la gendarmerie de Brain-sur-l'Authion (Loire-Authion), aux portes de l'agglomération angevine, reçoit deux alertes via Pharos. Cette plateforme est dédiée au signalement des comportements illicites sur internet.

Ces deux signalements font état d'un jeune homme qui commettrait des abus sexuels sur de très jeunes enfants dans des écoles maternelles. Un second signalement indiquait que ce jeune homme abuserait d'un ou de plusieurs de ses neveux.

Me Sandra Chirac-Kollaric

avocate de victimes (partie civile)

Lors de perquisition réalisée chez les parents de Yoann V., chez qui il résidait alors, les enquêteurs mettent la main sur des photos et vidéos dans lesquelles l'accusé s'est enregistré abusant sexuellement de ses huit neveux et nièces.

Il n'y a pas d'humanité dans les actes qu'il a commis. Il y a une volonté de déshumaniser ces enfants qui étaient tout petits, qui n'étaient pas en âge de se défendre et qui ont subi ces actes comme une véritable torture.

Me Laurence Couvreux

avocate de victimes (partie civile)

Une " confiance absolue"

Les enquêteurs ont surtout récupéré des milliers de fichiers pédopornographiques impliquant Yoann V. lors de la perquisition, en mars 2018, du matériel informatique de Pierre-Yoann Y, policier en Île-de-France et ami de Yoann V. Condamné à Versailles en mars 2021 à 18 années de réclusion criminelle, ce pédophile était en contact régulier avec Yoann V. sur le darknet, notamment pour échanger des contenus pédopornographiques.

.Ces contenus ne laissent que peu de doutes aux gendarmes : gardant régulièrement les enfants de sa famille, Yoann V. a commis des viols sur quatre nièces et trois neveux, et a sexuellement agressé une huitième enfant de sa famille, entre 2012 et 2018. Certains étaient âgés de quelques mois seulement.

Les parents et les enfants avaient une confiance absolue en l'accusé. Jusqu'à la révélation des faits, jusqu'à ce qu'on montre à ces parents les images de leur enfant abusé sexuellement, ils n'y croyaient pas. C'était tellement inimaginable qu'il a fallu la preuve par l'image pour les convaincre.

Me Pascal Rouiller

avocat de victimes (parties civiles)

"[Les enfants] le vénèrent à un tel point que, dès qu'il vont le voir, ils montent tout de suite dans sa chambre pour aller jouer avec lui, constate Me Couvreux. Ils vont spontanément et volontairement vers leur agresseur qui, pour autant, leur fait du mal. Pour les parents, c'est quelque chose de difficile à comprendre car ils n'ont jamais rien vu. Ils se disent qu'ils auraient dû voir. Ils ont un sentiment de culpabilité énorme."

Des victimes dans des écoles

Déjà gravissime, l'affaire prend une autre tournure lorsque les gendarmes identifient neuf nouvelles victimes de Yoann V. Celles-ci, toujours mineures, sont scolarisées dans des écoles maternelles d'Angers et du Plessis-Grammoire, établissements où Yoann V. a réalisé plusieurs stages entre 2013 et 2015.

Une partie de l'enquête a consisté à déterminer quels enfants avaient été agressés, quels étaient les enfants qui avaient pu être agressés, filmés ou pris en photo dénudés. On a abouti à plusieurs centaines d'enfants qui auraient pu être victimes. Je pense qu'on n'a pas identifié tous les enfants, ça c'est une certitude.

Me Laurence Couvreux

avocate de victimes (partie civile)

Pendant ces stages, l'accusé a pris des photos pédopornographiques de ces enfants, les a détenues puis diffusées. Il aurait aussi agressé sexuellement un garçon de 5 ans de l'établissement plessiais, agression corroborée par un cliché photographique versé au dossier d'instruction. La parole des jeunes victimes a pu être recueillie au sein d'une cellule spécialisée du CHU d'Angers, dédiée à mettre les enfants en confiance.

" Je resterai un pédophile"

Après trois ans d’enquête, Yoann V. est renvoyé devant la cour d’assises pour des viols sur sept neveux et nièces et des agressions sexuelles sur trois autres victimes.

Muré dans le silence, l'Angevin va néanmoins se livrer à quelques confidences. " Monsieur V. a pu se confier à l'aumônière pour lui expliquer qu'il avait toujours été pédophile, qu'il le sera toujours et qu'il recommencera quand il sortira de prison," révèle Me Laurence Couvreux . "L'accusé, je n'en attends rien, ajoute l'avocate. Je pense qu'il aura le même profil à l'audience que pendant l'instruction : il ne dira rien".

À défaut d'une collaboration de l'accusé, le procès aura au moins un mérite, selon les conseils des parties civiles : montrer aux enfants que leur "tonton" a été puni et qu'il ira longtemps en prison. " Depuis la révélation des faits, mes clients vivent un calvaire : les enfants sont agressifs, ont du mal à se concentrer, ne peuvent pas rester calme plus de 15 minutes," glisse Me Couvreux.

Pour certains, on retrouve aussi des gestes hypersexualisés, ils reproduisent sur eux-mêmes ce qu'il ont vécu. Et les parents sont sur le qui-vive depuis qu'ils ont appris ces atrocités, car ils ne savent pas comment ils vont devoir se comporter vis-à-vis d'eux.

Me Sandra Chirac-Kollaric

avocate de victimes (partie civile)

" Quel est l'avenir de cet homme qui refuse d'être examiné, d'être aidé, de soigner son mal ? Quel est son degré de dangerosité ? questionne Me Pascal Rouiller. L'angoisse des parents et des familles, c'est d'imaginer qu'un jour il puisse recommencer. (...) Quand on est victime - même si l'espoir est réduit - on s'en remet à la parole de l'accusé." Et l'avocat angevin d'espérer que les débats au tribunal permettront d'aider les victimes à comprendre un peu mieux ce qu'il s'est passé, " ce qui est insusceptible d'être compris, d'être rationalisé par vous et moi."

Contactée, l’avocate de Yoann V. n’a pas souhaité s’exprimer avant le procès. À l'issue des deux semaines de débat, l'accusé pourrait être condamné à 20 ans de prison.

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