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Documentaire. Au cœur du Logis : une famille au service d'enfants fragiles et abîmés par la vie

"Sur leurs ailes", c'est un documentaire émouvant de Franck Seuret qui met en avant l'engagement au sein de ce lieu de vie et d'accueil appelé Le Logis, niché près de la Loire. Les structures habituelles et les familles d’accueil peinent à proposer des solutions adaptées pour ces 300 000 enfants protégés par l’Aide Sociale à l’Enfance. Marie-José et Sylvie guident ces enfants vulnérables vers la guérison et l'épanouissement, remettant en question nos réponses institutionnelles et offrant une leçon d'humanité.

Comment ne pas ressortir bouleversé, mais aussi étrangement heureux après avoir regardé "Sur leurs ailes", le documentaire que Franck Seuret a patiemment tourné au Logis ? Une démonstration de ce que peut apporter une famille à celles et ceux qui en ont besoin. Comment ne pas saluer l’engagement hors normes de leurs deux fondatrices  ?

Le Logis, Lieu de Vie et d'Accueil (LVA), c'est une grande maison nichée non loin des bords de Loire, à 30 kilomètres d'Angers. Une large pièce à vivre, des chambres nombreuses, un vaste jardin arboré et tout ce qu'il faut de jeux et de jouets pour les enfants de tous âges : une maison accueillante, chaleureuse, un foyer. Des murs épais, un toit solide et rassurant sous lequel Marie-José et Sylvie éduquent et accompagnent les enfants, les aident à grandir, réparent leurs jeunes vies précocement abîmées.

Ils sont six, et à l'issue d'une séquence inaugurale où il est question d'anniversaire, le documentaire nous les présente toutes et tous autour de la grande table du repas où chaque soir fusent les discussions. Paul et Baptiste sont les plus âgés, la question de leur prise en charge future se pose, car l’ASE cessera son aide financière à leur 21e anniversaire, qui arrive à grand pas.

Plus jeunes, Théo, Kenza et Hélène sont préados. Et puis il y a Julyano le petit dernier, arrivé il y a quelques mois au moment du tournage.

Rendus vulnérables par leurs déficiences, parfois abîmés par un contexte familial maltraitant, ils ont vécu des histoires douloureuses avant d’arriver au Logis. Marie-José et Sylvie s’emploient avant tout à apaiser ces enfants perdus et en manque total de confiance envers eux et les adultes. Cela peut prendre des années. Mais au Logis, on prend le temps, tout le temps.

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Au Logis, on prend le temps, tout le temps avec les enfants ©Cicada productions
La méthode ? Être disponibles pour des activités, prendre soin, jouer, toujours dans l'écoute active des besoins des enfants. Donner un cadre et donner de l'amour, dispenser des savoirs au détour d'une conversation anodine : comme le montre le film de Franck Seuret, cet accompagnement de tous les instants est le fondement même de l'esprit du Logis. Un artisanat revendiqué dans la pratique médico-sociale, du sur-mesure adapté à la personnalité de chaque petit ou grand.

Le résultat : Théo, Hélène et Kenza qui étaient mutiques à leur arrivée au Logis sont désormais de toutes les conversations, participent à la vie collective. Marie-José et Sylvie peuvent dorénavant construire avec eux leur parcours de vie, comme elles l’ont fait auparavant avec Baptiste, 20 ans qui apprend aujourd'hui pas à pas l’indépendance.

Quand il arrive au logis à l’âge de 7 ans, il était passé par cinq structures d’accueil, toutes avaient baissé les bras à cause de son comportement. Jeune adulte aujourd’hui calme et posé, Baptiste fait figure de grand frère. Il joue de la musique, entre dans la vie active. Il vit à présent dans son propre appartement, mais reste suivi par Marie-José et Sylvie. Comment pourrait-il en être autrement ? Les deux femmes en ont fait un principe, aucun des enfants ne quitte Le Logis sans avoir une solution adaptée. La vie de Baptiste reste intimement liée au Logis, au point qu'il a demandé à Sylvie de l’adopter, ce qu’elle a accepté. 

Paul qui fête ses 21 ans au début du film est autiste, il promène un sourire de tous les instants, même quand il se montre inquiet de son avenir après Le Logis. Marie-José et Sylvie veillent à lui trouver une solution satisfaisante, adaptée à son handicap et pas trop éloignée du Logis où il a grandi depuis l'âge de 6 ans. L’enjeu ? Que le sentiment de sécurité que Paul a acquis au Logis perdure, faute de quoi, le travail patient réalisé autour de lui et les progrès accomplis n'auront servi à rien. Sa santé et son équilibre sont en jeu.

Julyano, 5 ans, n’en est pas encore là. Dans le film de Franck Seuret, c’est lui qui nous fait mesurer l’incroyable travail accompli par les deux fondatrices du Logis. Gueule d’ange, écorché vif par la vie qui d’entrée ne lui pas fait de cadeau, Julyano souffre de troubles du comportement. En proie à des crises de colère impressionnantes, a du mal depuis son arrivée à s'adapter aux règles de vie du Logis.

Jour après jour, activité après activité, repas après repas, la disponibilité de Marie-José et Sylvie et la dynamique du groupe vont montrer à l’enfant que ce dont il a été privé existe : sa place dans une famille enveloppante, en sécurité.

Quand elles ont fondé Le Logis il y a bientôt 20 ans à Montjean-sur-Loire, Marie-José éducatrice et ancienne coordinatrice d’un service de soins, et Sylvie psychologue, ont fait le choix d’un engagement total. La journée, deux éducatrices salariées viennent les épauler, il y a aussi le soutien des bénévoles de l'association qui gère Le Logis, et puis les tuteurs et tutrices de certains des enfants. Mais les nuits, les week-ends, et durant les vacances, ce sont elles seules qui assurent, sans oublier la gestion financière du Logis, les démarches administratives pour les enfants, leur scolarisation, les rendez-vous médicaux où il faut les emmener.

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Franck Seuret nous sensibilise en creux au sort des dizaines de milliers d’enfants qui n’ont pas la chance des 6 du Logis. ©Cicada productions

Prenant appui sur la chronique d’une année passée au Logis, Franck Seuret nous sensibilise en creux au sort des dizaines de milliers d’enfants qui n’ont pas la chance de ces six-là. Le modèle des Lieux de Vie et d'Accueil comme Logis est peu répandu en Maine-et-Loire, un peu plus en Loire-Atlantique. D'évidence, il mériterait d'être développé partout.

Faute d'être reproductible à grande échelle, la réussite apparente de ces petites structures met en lumière l’inadaptation des réponses de masse de l’Aide Sociale à l’Enfance aux besoins spécifiques des nombreux mineurs handicapés qu’elle doit protéger, et questionne la société entière sur la qualité de vie qui leur est réservée une fois parvenus à l'âge adulte. 

Riche de scènes du quotidien parfaitement ordinaires pour la plupart d’entre nous, et qui deviennent extraordinaires au Logis quand tout le monde prépare le repas, bricole dans le jardin, profite d’une piscine dans une location de vacances, "Sur leurs ailes" vient troubler notre regard sur le handicap, en agissant comme une bulle d’humanité qui vous éclate délicatement au visage, et vous laisse un peu d’humidité aux yeux.

"Sur leurs ailes" un film de Franck Seuret

Une coproduction France 3 Pays de la Loire – Cicada Productions

Diffusion jeudi 31 août à 22h45

► À voir en replay sur france.tv dans notre collection La France en Vrai 

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