Procès du "Madoff du Maine-et-Loire" : "L'idée n'a jamais été de voler qui que ce soit"

Le procès de Guillain Méjane s'est ouvert lundi à Paris. Celui que l'on surnomme le "Madoff du Maine-et-Loire" est soupçonné d'escroquerie".

"Notre projet était au départ une très belle entreprise. On s'est fait déborder et c'est une perte totale". À la barre, Guillain Méjane s'explique sur des faits pour lesquels il comparait depuis lundi dernier.

Celui que l'on surnomme le "Madoff du Maine-et-Loire", est soupçonné d'avoir escroqué avec un ami d'enfance des dizaines d'investisseurs aisés de l'Anjou en les convainquant d'investir un total de 15 millions d'euros dans un fonds d'investissement qui a accumulé les pertes entre 2012 et 2014.

Les deux hommes auraient collecté 15,3 millions d'euros, dont 10,6 millions investis sur les marchés financiers via des sociétés de courtage. Près de 2 millions auraient servi au remboursement de certains investisseurs, 1 million à rémunérer un salarié à Londres.

Guillain Méjane est soupçonné d'avoir détourné 1,6 million pour son train de vie personnel, bateau, voiture de luxe, mais aussi un mariage somptueux en Italie.

L'ex trader affirme n'avoir "jamais" voulu "voler qui que ce soit", mais avoir été "instantanément dépassé". 

Le "paradis fiscal pour tous"

À l'heure de son interrogatoire, la présidente du tribunal retrace d'abord son parcours singulier : enfance à Paris, BTS informatique, école de commerce à Grenoble.

En 2007, il participe à une émission filmant l'ascension du Kilimandjaro par des personnes en situation de handicap - il est né privé de jambes et d'un bras.

Deux ans plus tard, il intègre Microsoft, d'abord à un poste de "stratégie" puis de "commercial" mais en mars 2011, il est licencié pour faute grave - on lui reproche d'avoir falsifié des comptes, ce qu'il conteste.

En septembre de la même année, il fonde la société d'investissement Now For Tomorrow (NFT) avec Gaëtan O., un ami d'enfance qui vit alors au Brésil. Une société sans agrément créée à Hong Kong avec l'aide du cabinet France Offshore, qui promettait à l'époque le "paradis fiscal pour tous".

"Il n'était absolument pas question d'évasion fiscale", affirme au contraire Guillain Méjane. "On n'y connaissait rien", "on a répondu à un prospectus dans un magazine", soutient-il. "L'idée n'était pas volontairement de contourner les règles, on pensait que c'était une autre voie".

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"Pluie de fonds"

Les promesses de NFT étaient alléchantes : hauts rendements grâce au trading algorithmique, risques de pertes limités, capital garanti, 10% du chiffre d'affaires reversé à des associations caritatives.

Sans mise de départ, sans expérience de trading professionnel ni dans l'entrepreneuriat,"le projet n'est pas présomptueux ?" demande la présidente. "On est quand même à la limite de l'escroquerie dès le départ..." "Ça ne me paraissait pas fou, j'avais une volonté de faire plus forte que tout et je pense que c'est l'histoire de ma vie de manière globale", déclare Guillain Méjane.

"Comme gravir le Kilimandjaro, c'était le dernier endroit au monde où l'on m'attendait, c'était d'une certaine façon la même chose".

Guillain Méjane

Soupçonné d'escroquerie

Au fil des questions, il affirme : "Instantanément j'ai été dépassé". Alors que le "business plan" prévoyait "un million d'euros sur cinq ans", il y a eu "au début"une "pluie de fonds qui est tombée sans rien demander".

Une soixantaine d'anciens clients, recrutés dans l'entourage des deux associés ou via le bouche-à-oreille, sont parties civiles. Chaque semaine, ils recevaient des bulletins vantant des rendements exceptionnels.

"J'ai l'impression que c'est un jeune homme qui voulait réussir à tout prix, faire une démonstration auprès de ses proches qu'il était capable de réussir malgré son handicap de naissance, anous expliaquait il y a quelques jours Catherine Dedieu Lugat, une ex-cliente de Guillan Méjane.. Ça reste une escroquerie quoi qu'il en soit. J'espère en être indemnisé, mais à mon avis, il a eu tout le temps d'organiser son insolvabilité."

"L'idée n'a jamais été de voler qui que ce soit", assure le prévenu. La présidente s'étonne encore : "pendant trois ans, toutes les semaines sur "le trade", vous perdez de l'argent. Comment vous pensez encore que vous allez vous refaire ?" "En venant de là où je venais (...) je pensais que c'était faisable de s'en sortir, de compenser les pertes", répond-il. "Je pense que j'ai franchement perdu pied. C'est de la bêtise pure d'y avoir cru".

Le procès de Guillan Méjane se poursuit au tribunal de Paris jusqu'au 25 janvier.  

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