Basket - NBA : formé à Cholet, Killian Hayes choisi en 7e position de la Draft, du jamais vu pour un joueur français

A 19 ans, le basketteur Killian Hayes a été choisi en 7e position de la Draft 2020 de la NBA. Une place inédite pour un basketteur français. En 20 ans, 28 basketteurs français ont eu la chance et l'honneur d'évoluer au sein de cette Ligue américaine. Presque un quart d'entre eux a été formé à Cholet

Killian Hayes sous les couleurs de Cholet Basket le 9 avril 2019
Killian Hayes sous les couleurs de Cholet Basket le 9 avril 2019 © maxPPP
Rodrigue Beaubois, 300 matches chez les Dallas Mavericks. Nando de Colo, 125 avec les San Antonio Spurs. Et ça ne s'arrête pas là : Kévin Séraphin, 435 rencontres sous le maillot des Washington Wizards. Le dernier en date, Rudy Gobert et ses 431 apparitions avec les Utah Jazz.

Si on ajoute Mickaël Gélébale et Antoine Rigaudeau, ces 6 joueurs made in Cholet ont tous connu le gratin de la NBA.

"Les joueurs formés vont, bien sûr, donner 1 an, 2  ans ou 3 ans à leur club formateur, explique Erman Kunter, entraineur de Cholet Basket depuis 10 saisons, après, ils vont partir et, en même temps, nous allons préparer les autres jeunes que l'on va lancer, c'est un cycle"

Alors pourquoi les jeunes basketteurs à fort potentiel choisissent-ils de venir à Cholet ? La beauté de la ville ? Le côté verdoyant des lieux ? Pas sûr.
En revanche ici, les jeunes ont l'assurance d'être choyés par une deuxième famille.
 
"On est quand même pas mal de personnes à encadrer les jeunes et tout le côté études, tout le côté humain, on le met énormément en avant, explique Xavier Berteleme, directeur de l'Académie Cholet basket, le centre de formation, je leur dit souvent : vous pouvez vous coucher à 4 heures du matin les gars,  si vous avez 15  de moyenne et que vous mettez 30 points tous les samedis, il n'y a aucun souci. Seulement, ils apprennent petit à petit qu'on ne peut pas faire n'importe quoi et devenir aussi un sportif de haut niveau".

"La rigueur, l'assiduité, le travail, surtout le travail, ils mettent tout en place pour que (l'on devienne) les plus grands joueurs possibles", reconnait Karlton Dimanche, arrière de Cholet Basket.
 

"Une superbe alchimie"

Créé en 1986, le centre de formation de Cholet Basket a toujours été un vivier exceptionnel pour l'équipe professionnelle. Invaincue pendant 49 matches consécutifs, l'équipe Espoirs prouve au basket mondial que l'Académie choletaise reste une référence en la matière.

"Ça fait plusieurs années qu'on joue tous ensemble et qu'on se connait tous, donc on a une superbe alchimie entre nous, estime Léopold Delaunay, capitaine des Espoirs de Cholet Basket, ça se retrouve aussi sur le terrain. C'est une chance de pouvoir jouer ici. On met tout en oeuvre pour essayer de devenir professionnel un jour".

"On a cette chance depuis quelques années d'allier les réussites individuelles et de faire en sorte qu'il y ait des garçons qui alimentent notre équipe professionnelle voire au delà, et en même temps, les résultats collectifs, reconnait Régis Boissié, l'entraineur des Espoirs.

Vous n'êtes pas encore convaincu du bien-fondé de la formation choletaise ? Alors écoutez le fils d'une légende de la NBA parler de la philosophie du club des Mauges....

"Je comprends pouquoi les jeunes basketteurs français veulent venir ici, c'est un tremplin énorme pour une grande carrière, ailleurs ou ici, à Cholet, explique Mickaël Stockton.

Killian Hayes est le dernier pur produit de la formation choletaise. Il est devenu, à 19 ans passés, le 7e joueur de Cholet à évoluer dans le plus grand championnat de basket au Monde : la NBA.
 

Killian Hayes, phénomène french touch à mentalité américaine

Killian Hayes, Français le plus haut drafté de l'histoire, en 7e position par les Detroit Pistons, va découvrir à 19 ans la NBA, où son immense potentiel et sa mentalité américaine peuvent lui permettre d'y devenir le digne héritier de Tony Parker.
    
"Je veux inspirer les prochaines générations, surtout en France. Je sais que le basket prend de l'ampleur, mais il n'y est pas aussi important que le football. Je veux faire prendre conscience aux jeunes Français qu'ils peuvent aller en NBA, que leurs rêves peuvent se réaliser",
disait Hayes ces derniers jours.
    
Aux Pistons, qui avaient sa préférence quitte à choisir, il va vite apprendre le métier NBA aux côtés des stars Derrick Rose et Blake Griffin. Dans ce club chargé d'histoire, champion en 1989, 1990 et 2004, où jouer dur est la première des vertus, le jeune homme sait "qu'il faudra tout donner, être à 100% sur le parquet, devant des fans qui aiment ceux qui travaillent dur".
    
Or ni la pression, ni le vertige, ni même l'excitation ne semblent atteindre Hayes, que certes tout préparait à connaître pareil destin. Pourtant, à la mesure de sa réputation et de sa cote, validées par la Draft de mercredi, les attentes autour de lui sont énormes, certainement plus que pour Parker, choisi en 28e position du 1er tour, par San Antonio en 2001.


"C'est normal"

"Le truc qui me choquait un peu lorsque je le regardais en jeunes, c'est qu'il paraissait tout le temps froid. Il y avait quelque chose de l'ordre de "c'est normal", de "pourquoi vous vous étonnez que je sois champion d'Europe en U16, de France en U18 et Espoirs ? C'est facile. Je ne suis pas là pour ça, je suis là pour faire plus", a témoigné le recruteur Nicolas Mathieu qui travaille pour l'Asvel et quelques clubs NBA, à Ouest-France. 

"C'est une mentalité très rare chez les Français. Ça s'explique parce que le papa est Américain et qu'il y a cette confiance, cette aura. Ce qui me semblait être un point négatif en jeune est une très grande force maintenant qu'il est adulte", a-t-il ajouté.
    
Comme Parker, Hayes a un père, DeRon, qui fut basketteur, notamment passé par Cholet, lui aussi.

Et sa trajectoire a été météorique. En un peu plus de deux ans, il est passé de cadet (15-16 ans) à Espoirs puis professionnel, avant d'aller s'endurcir en élite allemande, l'an passé, au sein du Ratiopharm Ulm.
    
"C'est vraiment difficile d'arriver à 15, 16 ans, à jouer contre des adultes, mais j'ai beaucoup appris de cela. Puis même
(en Allemagne) quand j'ai commencé la saison lentement, on m'a vraiment fait confiance et c'est allé de mieux en mieux. Maintenant, je comprends comment il faut jouer au basket et faire les bonnes actions", a dit Killian Hayes mercredi soir.
 

"Un phénomène"

Son entraîneur au Ratiopharm, Jaka Lakovic n'a d'ailleurs pas tari d'éloge à son endroit. "Quand je rentrais chez moi, je me disais que je mettais une grosse pression et beaucoup de responsabilités sur les épaules d'un gamin qui ne sait même pas se faire une omelette... Et il a géré tout ça extrêmement bien. Il a beaucoup travaillé, il est devenu un meilleur joueur et il a gagné en maturité en dehors du terrain."
    
"Killian est un phénomène. Il n'a pas beaucoup de défauts. Il est capable d'être clutch (de faire gagner son équipe dans les fins de matches serrés). Il est complet, très grand, très athlétique. C'est un joueur comme on n'en voit que tous les dix ans ou vingt ans"
, a avancé, à Ouest-France, Sylvain Delorme qui l'a entraîné chez les Espoirs et les pros, à Cholet.
    
Un talent générationnel à qui on ne peut rien souhaiter de mieux qu'un destin à la Tony Parker, meilleur Français de l'histoire de la NBA, qui a remporté quatre bagues de champion avec San Antonio. 
    
L'avenir le dira. En attendant l'intéressé a déjà prévenu : "je suis excité à l'idée de me mesurer à tout le monde, particulièrement les meilleurs arrières Stephen Curry, James Harden, Damian Lillard".
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
cholet basket basket-ball sport