DOCUMENTAIRE. Des couturières sur le fil : l'histoire d'AD Confection vu par les deux réalisateurs

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Des couturières sur le fil, l’histoire d’une réussite en marche où comment, chaque jour, des femmes du Pays Choletais inventent leur travail ; une histoire locale qui montre que des réponses originales à la crise émergent sur nos territoires. A voir lundi 2 mai. 

Michaël DAMPERON et Jan SITTA, les deux réalisateurs racontent la rencontre, l'envie de faire le film et ce qu'ils ont voulu montrer et révéler à travers leur documentaire :

" En janvier 2013, nous avons pris la route et sillonné les régions de Bretagne et des Pays de la Loire avec le désir de réaliser un documentaire autour des initiatives locales : nous pistions une autre manière de consommer, de nous déplacer, de produire de l’énergie, d’entreprendre en temps de crise... Notre objectif était de croiser la parole et les actions de simples citoyens qui luttent, avec leurs armes, contre le défaitisme ambiant.

Nous avons fini notre « road-trip » à Nuaillé, à quelques kilomètres de Cholet. Il y avait là un petit atelier de confection dont l'histoire nous intriguait: AD Confection, créé par Danièle Simonneau et Annie Pillet. De retour à Paris, tout se bousculait dans nos têtes. Qu’allions nous faire ? Nous avions de nombreuses personnes porteuses d’initiatives fortes. Mais seules Danièle et Annie nous avaient transporté comme une envie forte de film peut le faire. Nous y sommes retournés, il fallait aller plus loin.

Annie, Danièle et leurs dix « mécaniciennes » nous ont chaleureusement alors ouvert leurs portes. Elles nous ont raconté leur aventure, et en particulier, celle de leur « chemise citoyenne » : une chemise labellisée made in France car confectionnée de A à Z dans leur atelier pour maintenir la structure à flot au plus fort de la crise économique de 2009/2010. Nous avons été tout de suite transportés par l’incroyable énergie de ce groupe de femmes et la singularité de leur parcours. Il fallait les voir, les écouter nous narrer leur lutte, leur obstination à se battre pour conserver des coûts de fabrication décents, tenir face à la pression des clients qui veulent du made in France au prix de la Chine ou de la Turquie, l'excitation mais aussi l'angoisse devant l'enchaînement des stages pour apprendre, à plus de 50 ans, de nouvelles techniques...

Car chez AD Confection, fini le travail à la chaîne ! Pour la première fois, ces anciennes ouvrières de New Man, ont assumé ensemble les responsabilités pour créer de toutes pièces leur premier vêtement original. Elles ont toutes été impliquées dans la conception des premiers patrons de couture jusqu'à la finition du produit. Le pari n'était pas gagné, mais ça a marché ! La chemise citoyenne a fait le ‘buzz’ sur internet, le téléphone a sonné et l'atelier a pu tenir le coup jusqu'aux nouvelles commandes des clients traditionnels de l'industrie textile.


Tout au long de leur récit, les larmes de nos hôtes n’étaient jamais loin, mais les sourires toujours présents et les visages épanouis. Comme le dit Danièle :

 On a plus de pression qu’avant, on ne gagne pas plus d’argent que chez New Man, mais on ne reviendrait en arrière pour rien au monde ! On est heureuses de nous retrouver tous les jours, de nous battre ensemble, de créer des emplois… ».


Notre projet de documentaire était là.

Documentaire inédit à voir le 2 mai 2016 sur France 3 Pays de la Loire ©France Télévisions

Il se situe précisément dans cette tension entre une émancipation professionnelle magnifique car inattendue, sur le tard, et un univers économique difficile. Notre récit devait reposer là-dessus : comment se ré-inventer en ces temps de crise ? La solidarité est-elle une solution lorsque, sous les coups de boutoir d’une économie mondialisée, l’emploi vient à disparaître dans certains secteurs ? Car cette équipe de mécaniciennes en confection, c'est quelque chose. Une sorte d'armée d'une dizaine de femmes, qui, toutes, ont connu plusieurs vagues de licenciements. Pour certaines, jusqu'à cinq fois licenciées !

C’est en les voyant, en les écoutant parler que notre désir de réaliser ce film est devenu évident. Nous avions là une aventure singulière, certes, mais nous étions surtout face à des personnages incroyables, rarement présents sur les écrans de télévision : des femmes qui, si on se fiait aux études actuelles, auraient dû être parmi ces anonymes sans travail, sans perspectives et que l’on retire des statistiques de l’emploi car elles n’ont plus l’âge d’en chercher... Mais non, Annie, Danièle, Laurence et les autres ont trouvé la force de déjouer les statistiques et les idées reçues ! Elles ont refusé la « voie de garage », et ont choisi de continuer à coudre, assises face à leurs machines, le dos courbé, les yeux rivés sur les pièces qui défilent, travaillant tantôt pour des grandes marques, tantôt pour leurs propres produits, mais toujours pour le même prix : un smic horaire de 1121,71 € net par mois.

Dans ce groupe de copines, il faut bien le dire, deux personnages sont emblématiques : Annie et Danièle, les créatrices de cette petite SARL. Même si elles refusent de se mettre en avant, elles ont ouvert une voie, montré un chemin... Devenir patronne, à plus de 50 ans, après 30 années d'usine... Il fallait oser, il fallait assumer ! La pression, les responsabilités... Nous avons voulu savoir où elles trouvent cette énergie pour se battre, avancer, construire, alors qu'elles ont vu leur monde s'effondrer ? Comment réussissent-elles à convaincre leurs clients au milieu du pessimisme ambiant ?

Malgré la fatigue, les amplitudes de travail sans cesse variables et souvent brutales, au sein de l'atelier, la vie est là : ça discute contrats à venir, organisation du temps de travail, salaires, bénéfices, et petit à petit, les ouvrières penchées sur leurs machines, se redressent à coup de sentiment d'utilité sociale, voire nationale, les mains accrochées à des tissus qui ne sont pas encore partis à l'étranger. Elles défendent un savoir-faire, un métier qu'elles pratiquent quasiment depuis le milieu de leur adolescence, et qui est en train de disparaître... Une fois la journée terminée, les machines coupées et les lumières éteintes, chacune regagne son monde, sa famille, histoire de souffler le temps d'une nuit ou d'un week-end... avant de repartir au combat, chercher un nouveau client, honorer une commande et lutter contre la fin annoncée de ce métier, devenu aux fils des années et des délocalisations, le symbole du déclin d'une partie de l'industrie française.

Avec Des Couturières sur le fil, c'est tout cela que nous avons voulu filmer, restituer la vie de ce groupe de femmes, cette effervescence, cette lutte permanente pour, seules, écrire leur présent !"

Michaël DAMPERON – Jan SITTA

Fiche technique
Un documentaire de Michael Damperon et Jan Sitta
Une production Aber Images – France Télévisions / France 3 Pays de la Loire
Avec la participation de la Région Pays de la Loire, de la DICOM (Ministère des Affaires Sociales), du Ministère de l’Economie et de l’Industrie, de la Procirep / Angoa et du CNC.
Durée 52 minutes
Diffusions
Diffusions

- le lundi 02 mai 2016 après le Grand Soir 3 sur France 3 Pays de la Loire.

- le mardi 31 mai 2016 à 8h50 sur sur France 3 Pays de la Loire, Bretagne, Normandie, Centre-Val de Loire et Paris Île-de-France.

- disponible durant 7 jours sur francetvpluzz et un mois sur notre site internet  - rubrique Documentaires.
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