Pays de la Loire : kiwi, cacahuète, quinoa, chia, la production locale de produits "exotiques" trace son sillon

Les fruits et légumes exotiques ont-ils trouvé une nouvelle terre d’accueil en Pays de la Loire ? Le kiwi et le quinoa semblent durablement installés. Et certains agriculteurs n’hésitent pas à tenter l’aventure de nouvelles productions comme la cacahuète ou la graine de chia.

Récolte de kiwis dans le sud-ouest de la France
Récolte de kiwis dans le sud-ouest de la France © PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP

Juteux, légèrement acidulé et riche en vitamines, le kiwi est devenu au fil du temps le 9ème fruit préféré des Français. Originaire de Chine, de son nom scientifique Actinidia, le kiwi est produit dans le sud-ouest de la France depuis les années 70.

C’est d’ailleurs lors d’un séjour dans cette région que le grand-père de Sylvie Jannot, producteur de pommes en Loire-Atlantique, décide de tenter l’aventure dans les années 80. "Il était très curieux de tout, il aimait les choses nouvelles", explique sa petite fille, gérante de l’exploitation "Verger du littoral" en presqu’île Guérandaise.

Le kiwi est désormais produit sur 3 500 m2, une petite production bio qui "permet d’offrir de la variété à nos clients", confirme Sylvie Jannot, dont l’activité principale reste la production de pommes, vendue en direct à Herbignac.

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Car la culture du kiwi est sensible aux aléas climatiques. "C’est une plante qui gèle très facilement, pas seulement quand elle est grande et qu’elle est en fleurs comme au printemps, mais aussi lorsque les plants sont plus jeunes : le pied peut geler dans l’hiver quand les températures sont basses", déclare Sylvie Jannot.

Pour bien se développer, les kiwis, qui poussent sur des lianes, ont besoin d’ensoleillement et d’un sol fertile et humide. Les volumes récoltés à la fin de l’automne, avant les premières gelées de novembre, restent cependant très variables d’une année à l’autre.

"La production met longtemps à se mettre en place, il faut à peu près dix ans pour faire des récoltes correctes"

Sylvie Jannot

Pour Sylvie Jannot, l’objectif n’est pas de produire en grande quantité. Il s’agit de proposer à ses clients un produit de saison, produit localement, dont la culture contribue à maintenir des emplois sur l’exploitation.

Des cacahuètes en Mayenne

Thibaud Gigan est lui aussi convaincu par la nécessité de produire au plus près des consommateurs. A Houssay en Mayenne, il est connu pour son dynamisme et son appétence pour l’innovation. Depuis qu’il s’est associé avec son père il y a cinq ans, la ferme Le Petit Nuillé s’est convertie au bio et s’est lancée dans l’expérimentation de cultures atypiques, le houblon, la graine de courge, le quinoa.

"Faire ce que tout le monde fait ne m’intéresse pas. On essaie d’innover, de diversifier, ne pas mettre nos œufs dans le même panier pour s’assurer un revenu", explique le jeune agriculteur de 32 ans installé en GAEC avec son père.

Il est aussi très au fait des tendances alimentaires des Français. "On essaie de suivre la demande du consommateur. Il veut de plus en plus de bio, de local, des produits sans gluten et aussi des produits atypiques".

Alors pourquoi pas l’arachide, une plante endémique d’Amérique Latine, cultivée majoritairement en Chine, en Inde, au Nigéria et aux Etats-Unis.

"Depuis cinq, six ans, la demande ne fait qu’augmenter et encore plus cette dernière année en raison de l’épidémie de Covid et du confinement"

Thibaud Gigan

Thibaud Gigan et son père vont produire des cacahuètes en Mayenne
Thibaud Gigan et son père vont produire des cacahuètes en Mayenne © Thibaud Gigan

Après un test réussi en 2020 sur 1500 m2, il va cette fois semer un hectare à la mi-mai. "C’est une tubercule qui se cultive comme la pomme de terre, mais la récolte est plus compliquée. Il faut des machines spécifiques que l’on trouve peu en France". L’agriculteur s’est donc rapproché d’André Blin, mécanicien agricole, pour créer un prototype dont la base est une récolteuse de pommes de terre. Il table sur une production d’une tonne, une tonne et demie de cacahuètes en septembre.

L’exotique est possible, pas le tropical

Quant à l’adaptation de la plante en Mayenne, Thibaud Gigan n’est pas vraiment inquiet, même si cette expérimentation à grande échelle fait figure de test. Egalement producteur de quinoa, plante originaire du Pérou, le jeune agriculteur constate que ces plantes dites "exotiques" s’adaptent bien au terroir ligérien.

"Des plantes qui poussent dans des montagnes avec un climat rigoureux dans d’autres contrées du monde, c’est possible de les cultiver en Mayenne", confirme Frédéric Jouin, animateur technique au Groupement d'Agriculture Biologique de la Sarthe (GAB 72). Malgré les changements climatiques et les hausses de température l’été, "il faut pouvoir faire pousser des légumes sur un intervalle de cinq mois sans gel, entre mai et octobre".

Il y a un certain nombre de productions qu’on ne pourra pas faire à court terme, parce qu’on sera bloqué par le gel, toujours présent jusqu’à début mai, notamment en Sarthe.

Frédéric Jouin, animateur technique GAB 72

L’heure n’est donc pas à la production de plantes tropicales en Pays de la Loire. Reste que la diversification des cultures permet aux agriculteurs de gérer durablement leur exploitation en s’orientant vers des cultures à forte valeur ajoutée.

C’est ce qui motive Thibaud à semer cette année trois hectares de graines de chia, un super aliment très prisé pour sa richesse en protéines et en Oméga 3. Originaire des Andes, consommée par les Aztèques, cette petite graine noire se cultive comme de la moutarde ou du colza. Moins gourmande en eau que le maïs ou le soja, elle ne nécessite pas de traitements fongicide ou insecticide et est particulièrement adaptée à l’agriculture biologique. 

Tout comme la pomme de terre ou la tomate, toutes deux originaires d'Amérique Latine, ou encore la patate douce, il est probable que ces aliments dits "exotiques" et produits en France, deviennent familiers de nos assiettes dans les prochaines décennies. 

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