Noël. Notre sélection de BD à glisser sous le sapin

"Mon beau sapin roi des forêts, que j'aime ta verdure...". Vous êtes fin prêt(e)s à pousser la chansonnette mais pas encore au point question cadeaux ? Nous avons pensé à vous, lu des centaines d'albums et en avons retenu dix, dans tous les styles, tous les formats, tous les prix. À vous de choisir.

Par Eric Guillaud

1. Penss et les plis du monde, un conte philosophique (Jérémie Moreau, Delcourt. 34,95€)

Jérémie Moreau. Si ce nom ne vous dit pas grand-chose, peut-être que celui de son ouvrage précédent, La Saga de Grimr, vous parlera un peu plus. En janvier 2018, l’auteur recevait avec cet album le Fauve d’or Prix du Meilleur album du festival d’Angoulême.

Une « exposition inattendue » et un « poids certains auprès des éditeurs », nous expliquera-t-il quelques mois après dans une interview toujours disponible ici, poursuivant : « cela m’a donné plus de liberté en quelque sorte. Surtout que j’ai un lien très particulier avec Angoulême : c’est parce que j’avais décidé de participer au concours junior à l’âge de huit ans que j’ai commencé à vraiment me mettre à dessiner sérieusement et cela ne m’a pas lâché. Donc le Fauve d’Or c’est un peu ma Palme d’Or à moi ! »

Pour ce nouvel album sorti en septembre, Penss et les Plis du monde, Jérémie Moreau reste en état de grâce même s’il est étrangement écarté de la sélection officielle pour la compétition du FIBD 2020.

Qu’importe, l’important est ailleurs, dans les 230 pages du livre, 230 pages qui nous embarquent dans les temps bien reculés de la préhistoire, à une époque où les faibles ne faisaient pas long feu.

Et justement, Penss, le héros de cette histoire, est considéré comme un faible. Il ne sait pas chasser, ne sait pas pécher, ne sait certainement pas combattre. Et pour cause, Penss passe son temps à observer la nature et les animaux tel un poète, un philosophe. C’est un faible donc, pire encore, c’est un poids. Pour son clan. Pour sa mère... Jusqu’au jour où Penss, à force d’observer cette nature sauvage, parvient à la dompter, à en faire une terre nourricière…

« Cet album est venu dans la suite logique de La Saga de Grimr… », explique Jérémie Moreau, « je voulais creuser un peu plus ce rapport charnel à la grande nature, à cette force qui traverse les montagnes, les arbres, les animaux (…) Certains appellent ça le vitalisme. Pour Spinoza (qui a été l’une de mes influences philosophiques principales avec Leibniz et Deleuze), c’est le « conatus » que l’on pourrait résumer comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort ».
Nul besoin cependant d’avoir un Bac + 12 en philo pour lire et apprécier cet album qui nous interroge aussi sur la différence, sur notre rapport à la nature, sur notre place dans la société, une aventure intime au coeur de la grande aventure de l’humanité.
2. Le château des animaux : une fable prévue en quatre actes (Félix Delep et Xavier Dorison, Casterman. 15,95€)
Attention, chef-d’oeuvre ! Xavier Dorison, auteur du cultissime Troisième testament, est de retour avec une fable en quatre actes mise en images par un jeune prodige du pinceau qui signe ici son premier album, Félix Delep…

Un prodige et le mot est faible tant chaque planche du Château des animaux est un bonheur en soi. On y oublie facilement le temps, on s’égare dans une vignette avant de rebondir sur la suivante, de repartir en arrière et de finalement tourner la page et recommencer.
Alors, bien sûr, Félix Deep vous dira que « les animaux sont quand même moins compliqués à dessiner que les humains », oui peut-être, mais ses animaux ont un supplément d’âme, une expressivité rarement observée dans les récits animaliers en bande dessinée. Et rien que pour ça…

L’histoire ? Elle est assez proche de La Ferme des animaux de George Orwell mais n’en est pas une adaptation en BD, ni une réécriture, précise Xavier Dorison, « Ce n’est ni le même endroit, ni les mêmes animaux, ni les mêmes personnages, ce roman est une source d’inspiration. Simplement, dans le genre du conte politique, La Ferme des animaux est probablement le récit majeur ».

Tandis que La Ferme des animaux met en scène des animaux se soulevant contre le fermier, Mr Jones, prenant le pouvoir, instaurant sept commandements pour le bien-être de la communauté et plaçant un cochon nommé Napoléon à leur tête, Le Château des animaux raconte la résistance pacifique des animaux d’un château, déserté par les humains, contre la loi du plus fort instaurée par le taureau Silvio et sa milice de chiens épouvantablement cruels. Je vous l’ai dit, l’histoire est assez proche mais…

« Utiliser vos crocs ou vos griffes pour obtenir votre liberté revient à dire que vous espérez récolter une rose en plantant des orties », dit l’un des personnages de l’album.
C’est là toute la subtilité du récit de Xavier Dorison qui distille dans ces pages ce sentiment profond que la violence ne résout rien.

« Nos sociétés ont encore largement tendance à considérer la colère comme un signe de force et de virilité!… », explique Xavier Dorison, « Nos modèles narratifs les plus répandus valorisent des héros « super », tout en muscles, et qui sauvent le monde à grands coups de poing ».

« Je me retrouve vraiment dans cette histoire de lutte non-violente… », poursuit Félix Delep, « Parce qu’elle n’est pas naïve, il ne s’agit pas d’un sitting et puis tout va bien. La lutte est non-violente mais elle doit faire face à la violence qu’elle génère ».
Pas de violence donc pour mener la révolution et mettre le despote à terre, pas de violence, pas de combats à mort, non rien de tout ça, juste de l’humour utilisé comme une arme.

Le Château des animaux est une comédie tragique ou l’inverse, Xavier Dorison y explore une belle variété de tons qui s’accommode ô combien de la majestueuse mise en images de Félix Delep à la fois drôle et effrayante. L’album fait partie des albums sélectionnés pour la compétition officielle du prochain Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême.
3. 13 Jours, la nouvelle aventure de Michel Vaillant (Graton, Lapière, Benèteau et Dutreuil, Dupuis, 15,95€)
Il est assurément l’un des plus grands coureurs automobile au monde, un héros comme nul autre, Michel Vaillant est de retour pour une nouvelle aventure, la huitième de la nouvelle saison. Et c’est toujours le même bonheur, un scénario aux petits oignons, un graphisme dynamique de toute beauté et un héros au top qui, après avoir remporté les 24H du Mans, se retrouve par un concours de circonstances au volant d’une F1 Renault sur le Grand prix de France. Treize jours, c’est le temps qu’il lui reste pour se refaire une condition physique, oublier ses réflexes acquis dans les courses d’endurance et dompter la bête. Magnifique !
4. Les Indes Fourbes : un récit picaresque qui frise l’excellence (Guarnido et Ayroles, Delcourt, 34,90€)
Encore un chef-d’oeuvre. Un grand chef-d’oeuvre ! De ceux qui restent quand les années passent et les héros de pacotille trépassent. Un récit picaresque mettant en scène un as de la fourberie, un Don Quichotte rendu aux Amériques avec des rêves d’Eldorado…

Quand un scénariste de grand talent s’associe à un dessinateur de renom, logiquement, ça ne peut guère aboutir à un navet. À contrario, rien ne dit que le chef-d’oeuvre est au rendez-vous.

Alors ? Alors aucun doute, Les Indes Fourbes est bien un chef-d’oeuvre. Tel un mille-feuille, Alain Ayroles et Juanjo Guarnido qui se sont fait respectivement connaître avec les séries De Cape et de crocs et Blacksad, ont empilé les couches du bonheur pour nous accompagner vers l’extase.

Scénario, narration, écriture, dialogues, découpage, graphisme, personnages, couleurs, décors, format de l’album… Tout, je dis bien tout, a été finement pensé et élaboré, même si, comme le reconnaît Juanjo Guarnido, tout cela a été « un travail colossal », colossal mais « jouissif ».

Jouissif ! C’est aussi l’adjectif que j’emploierais volontiers pour exprimer mon ressenti à la lecture des quelque 160 pages de l’album au très beau format XXL de 25,3 sur 34 cm. Jouissif comme a pu l’être pour un grand nombre d’entre nous la lecture de L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche de Cervantes qui, forcément a influencé ce récit, ou encore, pour les férus de littérature espagnole, de El Buscón, la Vie de l’Aventurier Don Pablos de Ségovie de Francisco Quevedo, auquel Les Indes fourbes apporte une suite.

L’histoire ? Picaresque à souhait avec un personnage qui a un petit quelque chose de Don Quichotte. C’est d’ailleurs ce personnage qui a donné l’idée de cette histoire à Alain Ayroles, une idée qui lui est venue alors qu’il était en vacances en Equateur. « Je logeais chez l’habitant… », explique l’auteur dans une interview accordée à Sonia Déchamps, « et dans cet intérieur sud-américain, il y avait un tableau de Don Quichotte. L’image m’a percuté. Pourquoi ne pas faire un Don Quichotte en Amérique du sud ? Mais cela paraissait un peu bateau à Juanjo ».

Finalement, les deux hommes s’arrêteront sur le personnage de Don Pablos de Quevedo, un immense auteur espagnol peu connu en France. Dans le roman El Buscòn, ou la vie de l’aventurier Don Pablos de Ségovie publié en 1626, Francisco Quevedo nous embarque dans les pas d’un vaurien qui ne cherche à avancer que dans la filouterie, le vol, le brigandage, un bandit des grands chemins, un antihéros parfait, un picaro de derrière les fagots qui ne parviendra jamais à effacer malgré tous ses efforts sa condition sociale.

À la fin de ce roman qui se déroule en Espagne, Don Pablos embarque pour l’Amérique, les Indes comme on disait alors. Francisco Quevedo annonce une suite qui ne sera jamais écrite. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido l’imaginent. Ainsi naissent Les Indes Fourbes et les aventures de notre héros. Un récit captivant et drôle de la première à la toute dernière page où les auteurs parviennent encore à nous surprendre avec un final extraordinaire !
5. Tokyo Ghoul:re, Zakki, un artbook sur un manga culte (Sui Ishida, Glénat, 32€)
Même les mangas peuvent prendre des couleurs et du poids en cette période de fêtes. Tokyo Ghoul:re par exemple, suite de la série culte Tokyo Ghoul, vient d'accoucher d'un beau bébé, un art book de 288 pages grand format en couleurs réunissant illustrations, parfois inédites, frise chronologique, poster calendrier... le tout accompagnés des commentaires de l'auteur lui-même, Sui Ishida. Un magnifique bouquin pour tous les fans du manga en général, de la série bien évidemment, mais aussi pour tous ceux qui douteraient encore de l'immense talent graphique de certains mangakas.
6. Clyde Fans, un véritable bijou d’écriture, de graphisme et de conception (Seth, Delcourt, 49,90€)
Vingt ans, oui vingt ans auront été nécessaires à Seth pour venir à bout de ce projet. Et même un peu plus si l’on remonte au moment précis où l’auteur colle son nez sur la vitrine du magasin Clyde Fans quelque part dans une rue de Toronto, aperçoit malgré l’obscurité deux portraits accrochés sur le mur du fond, et commence à imaginer l’histoire de ce lieu, fermé depuis belle lurette, et de ses habitants.

Clyde Fans a donc existé. Pour le reste, Seth a tout imaginé faisant de ce magasin le siège d’une entreprise de ventilateurs électriques créée par un certain Mr Matchcard, reprise et emmenée à la faillite par ses deux fils, Abe et Simon, qui n’ont pas anticipé l’arrivée de l’air conditionné. Un peu comme un réalisateur de films muets qui n’aurait pas cru au cinéma parlant.

« Je disais peut-être à l’époque que j’avais choisi cette devanture par goût du passé… », explique l’auteur, « ou parce qu’elle m’évoquait le progrès et l’échec. A posteriori, il me paraît évident que c’était plus simple que cela. J’ai été séduit par l’univers clôt de ce commerce disparu ».

Dans cet « univers clôt », Seth élabore un monde figé, un monde qui aurait pris la patine du temps, à l’image de la devanture du magasin, un monde en noir et bleu, désuet et triste.
« Ce que j’y ai vu, et a nourri mon intérêt durant ce long projet, c’est un monde autonome. Un petit monde tranquille, sombre et isolé, meublé des reliquats de l’après-guerre morne de mes parents. Un monde de solitude peut-être, mais qui attirait parce qu’il existait distinctement de notre monde agité »

Seth déroule une histoire familiale sans réelle intrigue, sans faits marquants, mais qui pourtant nous absorbe du début à la fin, sur près de 500 pages. Et c’est là tout le talent d’écriture et de narration de l’auteur associé à un sacré coup de crayon. Chaque planche est une petite merveille de précision et d’élégance, on pense bien évidement par la méticulosité du dessin et par l’attention portée à la conception même du livre au Jimmy Corrigan du multi-primé Chris Ware (Une référence !), lequel a d’ailleurs écrit :

 « Seth est l’un des meilleurs auteurs de bande dessinée qui ait jamais vu le jour et Clyde Fans est l’un des meilleurs romans graphiques jamais écrits. Que vous faut-il d’autre ? »


Rien. Il ne nous faut rien d’autre, juste un peu de temps pour le lire et le savourer, et juste un peu d’argent pour l’acheter, plus qu’un peu d’ailleurs, c’est le seul hic de l’histoire, Clyde Fans est affiché à 50€. En période de fêtes, ça peut faire mal au porte-monnaie…
7. Borb, de l'humour noir  très noir (Jason Little, Glénat. 12,75€)
De l’humour noir, très noir. Voilà ce que nous offre l’auteur américain Jason Little avec cet album au format carré paru aux éditions Glénat. La couverture à elle-seule suffit à nous renseigner sur la teneur du récit. On y suit le quotidien d’un laissé pour compte de l’Amérique, Borb, on rit volontiers de certaines situations comiques mais on en prend surtout pour notre grade. Si Jason Little n’épargne rien à son personnage, il n’épargne rien non plus à notre regard, nous montrant sans filtre ce qu’on refuse habituellement de voir.

C’est drôle mais en même temps tragique, un livre qui dénonce l’indifférence de notre société. L’album est dédié à un type qui vivait avec son caddie sous un viaduc de Brooklyn. De quoi nous amener à réfléchir et peut-être à tirer vers le haut notre niveau de compassion. 
8. Vertiges : un somptueux artbook (Jean-Marc Rochette, Daniel Maghen. 39€)
On avait adoré l’artbook consacré à Jean-Pierre Gibrat paru en avril dernier. On reste aujourd’hui pantois d’admiration devant celui-ci, consacré au plus montagnard des auteurs de bande dessinée, Jean-Marc Rochette.

Construit sur le même canevas, autour d’un entretien avec la journaliste Rebecca Manzoni qui semble avoir désormais son rond de serviette à la table des éditions Daniel Maghen, Vertiges nous offre une belle et vivifiante balade à travers l’oeuvre de Jean-Marc Rochette, une oeuvre qui lui ressemble, qui ressemble à son horizon, le Massif de l’Oisans, belle et éternelle.

Oui oui, n’ayons pas peur des mots, l’oeuvre de Jean-Marc Rochette est belle et éternelle. Et j’ai d’autant moins de mal à le dire, ou plus exactement à l’écrire, que j’imagine l’homme empreint d’une humilité certaine.
Regardez Tranceperceneige, ce chef d’oeuvre de la science-fiction post-apocalyptique paru dans les années 80 avec, déjà, pour décor, la montagne. Presque 40 ans après, Transperceneige est toujours une référence, portée au cinéma en 2013 par le Coréen Bong Joon-ho, prochainement adaptée en série sur Netflix et prolongée en bande dessinée par un préquel co-scénarisé avec Matz.

Bien sûr, depuis Transperceneige, de l’eau, beaucoup d’eau a coulé dans les vallées du massif de l’Oisans où Jean-Marc Rochette habite une partie de l’année. Il a fait de beaux albums avec au scénario ici Martin Veyron, là René Pétillon ou Benjamin Legrand.

Et puis, en 2018, il réalise Ailefroide : altitude 3954. La montagne est une nouvelle fois le décor de cette histoire, elle en est même l’un des personnages principaux. Dans ce récit autobiographique, co-scénarisé par Olivier Bocquet, Jean-Marc Rochette raconte sa passion pour la montagne et l’accident qui lui a valut d’arrêter l’alpinisme, une autre de ses passions. Un tournant dans sa carrière. Un très beau succès aussi.

« Est-ce qu’aujourd’hui, le succès est important pour toi ? »

lui demande Rebecca Manzoni dans cette belle et longue interview. « Oui, c’est important, oui… », répond Jean-Marc Rochette, « C’est important parce que je trouve que c’est un succès qui existe pour un livre qui le mérite. Parfois, tu fais une bouse et tu as du succès, ce qui te donne l’impression d’être un imposteur. Mais Aliefroide, ce n’est pas ça. C’est mon vécu, raconté et dessiné avec la volonté d’être au plus juste. Quand tu dis les choses qui te tiennent le plus à coeur et que les gens adhèrent, c’est fabuleux. La vraie question, c’est pourquoi je ne l’ai pas fait avant, pourquoi ça m’a pris autant de temps ».

La montagne, encore et toujours, dans son dernier album en date Le Loup publié en mai 2019 aux éditions Casterman. Le Loup raconte l’affrontement entre un loup et un berger dans la vallée du Vénéon du massif des Écrins, un affrontement qui tournera finalement à la cohabitation.
9. Le Dernier Atlas : le projet fleuve de quatre auteurs nantais. (Dupuis, 24,95€)

Ils sont quatre, quatre Nantais, des auteurs confirmés dans le milieu de la bande dessinée. Ils ont décidé de s'associer autour d'un projet à grande échelle. Trois volumes, six cents pages, un polar tendance SF, ou l'inverse, avec des vrais morceaux de robots géants à l'intérieur. 

Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard. Si vous vous intéressez un minimum à la bande dessinée, alors ces quatre noms vous parlent forcément. Le premier est le scénariste actuel des aventures de Spirou et Fantasio, mais aussi de la série Seuls adaptée au cinéma en 2017. Le deuxième a signé Adam et Elle ou plus récemment Polaris ou la nuit de Circé. Le troisième a réalisé le dessin et écrit le scénario de Groenland Vertigo, le dessin de Professeur Bell ou de La Communauté. Enfin le dernier, directeur du label Série B des éditions Delcourt, est aussi designer pour la BD et le cinéma, associé à une multitude de projets parmi lesquels Renaissance. 

Et il fallait bien des auteurs de poids pour porter ce nouveau projet. Le Dernier Atlas, c'est d'abord plusieurs centaines de tonnes d'acier, un robot géant comme vous n'en avez jamais vu, élaboré aux chantiers de Saint-Nazaire pour la reconstruction de la France et peut-être pour d'autres missions moins avouables.

Mais c'est aussi un scénario exigeant, un mélange savamment dosé de polar et d'uchronie qui nous emmène des rues de Nantes au parc de Tassili en Algérie, en passant par la ville de Darukhana en Inde, une bande dessinée de divertissement enrichie par une volonté affichée de poser un regard lucide sur notre monde, notre histoire et notamment sur la guerre d'Algérie. 

L'album vient de recevoir le prestigieux prix René Gosciny 2020 et figure dans la sélection officielle du prochain Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. Nous avions rencontré les auteurs en mars dernier au moment de la sortie de l'album, l'interview est toujours disponible ici
10. Le rapport W, l’histoire vraie d’une infiltration au coeur du camp d’Auschwitz (Gaétan Nocq, Daniel Maghen. 29€)

Il suffit parfois d’un album un seul pour révéler un auteur. Ce fût le cas avec Soleil brûlant en Algérie publié en 2016. Gaétan Nocq y abordait avec talent et singularité la guerre d’un bidasse nommé Alexandre Tikhomiroff. Il nous revient aujourd’hui avec Le Rapport W, l’histoire incroyable d’un officier de l’armée secrète polonaise qui se laisse volontairement interner à Auschwitz…

Avec le recul, on pourrait le prendre pour un fou mais il ne l’était pas, Witold Pilecki était un officier de cavalerie, membre de l’armée secrète polonaise et c’est à ce titre qu’il s’est laissé interner à Auschwitz avec l’objectif d’y organiser un réseau de résistance.

Avec tous les dangers que cela impliquait, Witold Pilecki est parvenu à construire un réseau et même à faire sortir des rapports sur la situation dans le camp. Entre les tortures, les chambres à gaz, les atrocités de toutes sortes, celui qui ne s’est jamais considéré comme un prisonnier mais bien comme un soldat en mission témoignait ainsi du quotidien d’Auschwitz. En avril 1943, il s’évadait du camp. Il fit partie des premières personnes à informer les alliés sur les atrocités commises à Auschwitz.

A l’instar de ses albums précédents, Soleil brûlant en Algérie et Capitaine TikhomiroffLe rapport W est basé sur une histoire vraie, il s’agit en fait de l’adaptation du Rapport Pilecki rédigé en 1945 et publié en France en 2014 aux éditions Champ-Vallon.
« J’ai été absorbé par ce récit… », explique Gaétan Nocq, « cette véritable histoire d’espionnage avec un évasion à la clé. La mission de cet officier de l’armée secrète polonaise qui infiltre le camp d’Auschwitz pour y construire un réseau de résistance en vue d’un soulèvement était plus qu’intrigante. J’avais entre les mains une aventure humaine dans un lieu inhumain ».

Et une histoire d’hommes au coeur de la grande histoire, c’est ce que l’auteur aime par dessus tout raconter en bande dessinée. Soleil brûlant en Algérie, son premier album racontait l’histoire du soldat Alexandre Tikhomiroff pendant la guerre d’Algérie. Capitaine Tikhomiroff, le deuxième, relatait la révolution d’octobre d’Alexandre Tikhomiroff père. Deux histoires où l’humain et l’inhumain cohabitent.

« C’est un témoignage très fort, qui correspond à ce que je veux développer en bande dessinée : ce tissage entre petite histoire et grande histoire. Et ce récit est d’autant plus fort qu’il est factuel. Mais tout était à faire pour en sortir une bande dessinée. L’action se déroule dans le camp d’Auschwitz, dont le nom à lui tout seul évoque l’effroi et l’inhumanité »

Un an et demi de travail a été nécessaire pour mettre cette histoire en images. Mais le résultat est là, un magnifique album de 250 pages, au graphisme, aux couleurs, aux ambiances qui racontent tout autant que le scénario.
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