Réchauffement climatique : le rapport du GIEC en Pays de la Loire alerte sur "un système alimentaire fortement carboné"

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Les Pays de la Loire sont une région très nourricière. Dans le système alimentaire français, à elle seule, la région représente notamment près d’un quart de la production nationale de volaille. Le rapport du GIEC régional paru ce vendredi 24 juin revient sur notre système alimentaire. Avec ce constat : notre alimentation est "fortement carbonée"

Avec 44% du volume de la production agricole, 69% du chiffre d’affaires et 80% des exploitations, l’élevage domine largement le secteur agricole de la région où la filière occupe près de 70 % des terres, notamment pour y produire les fourrages et céréales destinés à l’alimentation animale.

Le secteur agricole des Pays de la Loire est aussi marqué par la diversité de ses filières végétales, puisque la région produit ensemble des céréales et oléoprotéagineux, du vin, une grande quantité de légumes, des pommes de table, une gamme abondante de plants horticoles, de nombreuses semences, que complètent aussi des plantes à parfum, aromatiques ou médicinales.

Si elles rapportent moins que les filières animales en termes de valeur, les filières végétales sont en revanche les plus intenses en main-d’œuvre, notamment dans la viticulture, le maraîchage, l’arboriculture, l’horticulture et les pépinières.

Des villes comme Nantes testent l'autosuffisance

L’agriculture biologique occupait déjà plus de 10% de la surface utile agricole ligérienne en 2019.

On sait aussi qu’à la faveur du confinement et, plus globalement, de la forte croissance des jardins communautaires et associatifs, la production potagère destinée à l’autoconsommation a fortement augmenté dans la région.

"S’il est difficile de donner une mesure à cette tendance et à la place marginale qu’elle occupe dans le système alimentaire ligérien, on sait déjà que les 1 200 parcelles potagères mises à la disposition des habitants dans les jardins familiaux de Nantes représentent 24 ha de cultures", précise le rapport régional du GIEC.

Selon l'étude menée dans trois villes de l’ouest, la part de légumes autoproduits peut atteindre jusqu’à 18 % de la consommation annuelle des foyers.

Un système alimentaire fortement carboné

Changement d’affectation des sols, usages d’intrants, fermentation, fret, conservation, déplacements, gaspillage,  toutes ces actions contribuent à l’émission de gaz à effets de serre, directe ou indirecte.

Comme elle amplifie ces échanges, la gestion agricole des sols constitue donc un levier  pour lutter contre le réchauffement climatique, qu’il s’agisse de réduire les émissions de GES ou d’en améliorer le bilan.

"En stockant plus de carbone dans les sols, en agissant sur les stocks de GES séquestrés dans le sol par exemple, le changement d’affectation des terres modifie directement le bilan carbone d’un territoire", explique le rapport.

Et ce "que ce soit par le déstockage de CO2 lorsqu’une prairie ou une forêt est remplacée par une culture ou, au contraire, par l’afforestation d’une parcelle qui permet d’y améliorer la captation du CO2 jusqu’à offrir un nouveau puits de carbone sur plus d’un siècle" , ajoutent les experts.

L'empreinte de l'élevage et de la pêche

Le secteur agricole des Pays de la Loire émet à lui seul un tiers des émissions régionales totales.

"73% reviennent aux activités d’élevage, qu’il s’agisse du protoxyde d’azote, généré par l’usage d’engrais pour la production de fourrage ou bien du méthane issu de la fermentation des bovins et des déjections d’élevage dans les sols".

Globalement, les engrais minéraux (azote, phosphate ou potassium) sont responsables de 9,3% des émissions du secteur agricole des Pays de la Loire. Comme leur plus grande part est importée, il faut également ajouter à l’impact de leur utilisation le CO2 émis pour leur acheminement.

La fabrication des quelques 170 000 tonnes d’engrais minéraux et organo-minéraux dans les Pays de la Loire représente 2,5% des émissions régionales.

La prédominance de la production animale place aussi la région en situation de forte dépendance vis-à-vis des importations d’aliments pour le bétail dont la région capte un quart des importations nationales.

Chaque année, plus d’un million de tonnes de tourteaux de soja en provenance du Brésil transitent ainsi par le port de Montoir–Saint-Nazaire

Rapport du GIEC Pays de la Loire

L’estimation de la consommation annuelle des 350 navires de pêche ligériens laisse penser que la seule activité de la pêche maritime contribue peu à l’effet de serre, puisqu’avec quelque 17 millions de litres par an, elle consomme moins de 1 % du carburant utilisé à l’échelle régionale.

L'impact du changement climatique

Les producteurs régionaux de pommes ont pu identifier plusieurs types d’impacts sur leurs récoltes : altération de la coloration des fruits et de leurs  odeur, goût, texture et consistance, dégâts accrus des ravageurs, décalage des périodes de récolte et besoins énergétiques accrus pour la conservation des fruits.

À leur tour, les cultures de plein champ et les fourrages sont fortement affectés par les changements climatiques. Quand elles se combinent, par exemple, l’intensification des pluies en hiver et l’élévation des températures moyennes ont pour effet d’aggraver la sensibilité des sols et donc d’y rendre le travail plus difficile.

"Pour y remédier, il est possible de réaliser des semis et mises à l’herbe plus tôt dans l’année, en avançant ainsi aussi la maturité des prairies", conseille le rapport du GIEC.

Un rapport de l’Ademe indique par ailleurs que l’alimentation des ménages en France génère un trafic de 201 milliards de tonnes-kilomètres. Si la plus grande part du fret alimentaire est réalisée par voie maritime, c’est la part routière qui contribue le plus aux émissions de GES du transport de produits alimentaires, 83%. tandis que l’avion en émet 5% pour 0,5% de marchandises transportées.

Le transport des denrées produites en France représente près du quart du trafic routier mais près de la moitié des émissions de CO2, 47%. 

Plébiscités par les exploitants de l’agriculture biologique, les circuits courts connaissent aujourd’hui un véritable essor dont la grande distribution s’empare de plus en plus, en associant alors volontiers la proximité du producteur à une empreinte GES réduite. Déjà 18% des exploitations de la région commercialisent leur production en vente directe.

"Si l’on sait que les circuits courts permettent de réduire à la fois le temps de conservation réfrigérée, l’usage d’emballages, la production de déchets de conditionnements, mais aussi la consommation de fluides frigorigènes et d’énergie, il demeure difficile, faute de données disponibles, de rapporter précisément l’empreinte des circuits courts à celle des modes de vente traditionnels", avouent les experts.

Et le consommateur ? 

Le régime alimentaire, le lieu d’approvisionnement, le transport utilisé pour s’y rendre, le mode de préparation et le niveau de gaspillage, la part du consommateur est importante.

Un Français parcourt en moyenne 1 360  km par an pour son alimentation — dont 80  % pour ses achats et 20  % pour se restaurer hors de son domicile

Rapport du GIEC Pays de la Loire

L'avenir du territoire est l'affaire de tous et il n'a rien de rassurant. Sachez tout de même qu' une baisse de 10g de viande par jour conduit à une baisse de 5,2% des émissions totales de GES de la production agricole. La balle est aussi dans le camp des consommateurs.

Lire le rapport complet du GIEC en Pays de la Loire