Réchauffement climatique : un rapport angoissant du GIEC régional des Pays de la Loire

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Des tempêtes plus nombreuses et plus violentes, une ressource en eau affaiblie, des épisodes de grande chaleur plus réguliers, des risques d'inondation plus fréquents, le premier rapport du GIEC des Pays de la Loire est inquiétant.

Le GIEC a ses déclinaisons régionales. Ainsi, en Pays de la Loire, il existe un groupe d'experts chargés de réaliser des études pour mieux connaître l'impact du réchauffement climatique sur la vie et les activités de notre région.

Ce GIEC de Pays de la Loire a présenté ce vendredi 24 juin son tout premier rapport devant les élus de la région. 

"Pour aider les élus et dirigeants à accomplir leur mission en conciliant au mieux les enjeux de court, moyen et long terme, explique le rapport dans sa préface, il est indispensable qu’ils disposent de données scientifiques sur la contribution du territoire aux émissions de CO2, mais aussi sur sa vulnérabilité face au changement climatique et à ses impacts."

"Le temps n’est plus à l’hésitation"

Ce rapport est une synthèse d’un an et demi de travail sur le système alimentaire de la région, le développement industriel, l’aménagement du territoire, l'impact de ces activités sur le climat et l'impact qu'aura le changement sur la région. Un premier rapport d'une centaine de pages que tous les climatosceptiques devraient lire. Il sera suivi en octobre, nous promet-on, de préconisations.

"Puisse alors l’ensemble des acteurs du territoire s’en saisir pour réduire les risques croissants auxquels l’agriculture, la pêche, le tourisme littoral, l’habitat et l’industrie se trouvent exposés. Il n’est désormais plus d’autres options que la mise en œuvre de politiques ambitieuses" prévient Virginie Raisson-Victor, Présidente du GIEC Pays de la Loire, dans la préface. "Le temps n’est plus à l’hésitation" confirme Antoine Charlot, directeur du comité 21 pour l’ouest.

Le ton est ainsi donné dès l'introduction de ce document édifiant qui nous annonce ce qui nous attend. Et ce sera le pire des scénarios évoqués si nous ne faisons rien.

Un artificialisation excessive

Les thèmes sont déclinés les uns après les autres et l'élève Pays de la Loire n'est pas bien noté. Il serait même parmi les plus en "décrochage" de la classe France.

Ainsi, sur son incapacité à protéger ses espaces naturels. En Pays de la Loire, nous apprend le rapport du GIEC, l’artificialisation va bon train. D’ici 2050, 55 000 hectares supplémentaires vont être bétonnés. Or, nous dit l’étude, "avec le transport et le bâtiment, le changement d’utilisation des sols constitue un facteur important du bilan carbone de l’aménagement des Pays de la Loire."

La proportion de surfaces artificialisées dans les Pays de la Loire place la région au 4ème rang national. Conséquences : des ilots de chaleur dans les villes qui vont se multiplier, des inondations par manque de capacités d'absorption des sols, des submersions, de l'érosion côtière. Un exemple est donné, celui des Chantiers de l'Atlantique qui pourraient bien connaître des épisodes d'inondation.

Interview de Virginie Raisson-Victor Président GIEC Pays de la Loire

Les prochains choix d’aménagement sont essentiels selon le rapport pour contribuer à la réduction de l’effet de serre, lutter contre la surchauffe des villes qui accentue les vagues de chaleur.

Selon les prospectives établies par les contributeurs du rapport, avant 2100, la région comptera 95 jours de chaleur par an et une dizaine de jours par an à plus de 35° avec 30 à 40 nuit tropicales à plus de 20°. Des phénomènes qui étaient rare au siècle dernier.

Les vagues de froid disparaissent

On savait que le climat du sud de la France remontait peu à peu vers le nord. Ça se confirme. A Nantes et Angers on vivra avant la fin de ce siècle des températures annuelles comparables à celles de Biarritz à la fin du 20ème siècle.

Si les vagues de froid sont déjà en nette diminution depuis 20 ans, elles pourraient même disparaître à l'avenir.

Tension sur l'eau

Sur la ressource en eau, le rapport du GIEC annonce des tensions, que ce soit pour les nappes ou les cours d'eau.

"Tous les scénarios prévoient une baisse sensible des ressources en eau souterraines et une diminution du débit des rivières. C’est à la fin de l’été la situation sera le plus critique." On nous annonce donc clairement des sécheresses plus fréquentes, plus intenses et plus longues.

Effet moins connu des épisodes de chaleur qui se feront plus nombreux, la température de la Loire  qui pourrait atteindre ponctuellement 30°, ce qui nuira à la qualité de l’eau potable. De plus, si le débit de la Loire baisse, le débit dans le réseau d’eau potable baissera aussi, ce qui pourra impliquer, avec les phénomènes de stagnation, des problèmes de salubrité de l'eau.

L'océan plus chaud et plus acide

Le rapport évoque également les vagues de chaleur marine qui deviendront plus nombreuses. Le baigneur estival pourrait s'en réjouir sauf que l’élévation de la température de l’océan diminue sa capacité à absorber le CO² et augmente son acidité.

Cela aura évidemment un impact sur la faune marine mais pas seulement, on sait que cela pourra aussi accélérer la dégradation des ouvrages, éoliennes, ponts…

Inondations, feux de forêt

Le climat s’en trouvera changé avec, selon le travail des chercheurs, un risque accru d’inondations et de submersions. Les communes situées près du littoral ou des cours d’eau ont du souci à se faire. Mais pas seulement elles.

Car le ruissellement et la possible saturation des réseaux d’eau pluviale lors des épisodes orageux mettra également en danger d’autres communes. Les conséquences des tempêtes s’en trouveront aggravées.

Les feux de forêt pourraient progresser de 20 % à 30 %.

Le système alimentaire de la région malmené

Conséquences  de ce dérèglement climatique sur le secteur agricole, un décalage des périodes de récolte, des rendements aléatoires, une dépendance pour l’irrigation à des cours d’eau ou des nappes en tension.

"Les collectivités seront amenées à opérer des arbitrages de plus en plus délicats entre les différents usagers de l’eau, nous dit le GIEC des Pays de la Loire, et à mettre en place des mesures toujours plus draconiennes d’économie, voire à de restriction de prélèvement et d’utilisations."

Pour les élevages on doit s'attendre à une multiplication des épizooties mais aussi des maladies transmises par des insectes aux animaux aussi bien qu'aux humains…

C'est toute la vie animale qui subira les conséquences de cette évolution qu'on ne peut éviter mais que l'on peut réduire dans son ampleur si l'on prend rapidement des mesures fortes.

"40 % des poissons, 30 % des oiseaux et amphibiens, 24 %  de la flore, 21 % des reptiles et 10 % des mammifères se trouvent menacés."

Et à ceux qui viendraient à douter de la rigueur de ce rapport, qu'ils en lisent la liste des contributeurs : une quarantaine d'experts dans des domaines très variés, comme la direction régionale de l'environnement, la chambre régionale d'agriculture, l'ADEME, IFREMER, Météo France, Air Pays de la Loire, EDF...

Lire le rapport complet du GIEC en Pays de la Loire