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A La Roche-sur-Yon, les portes du pénitencier restent fermées et interdites d'accès aux bénévoles de Genepi

Les étudiants du Genepi ne peuvent plus accéder aux prisons (photo d'illustration) / © France 3 Pays de la Loire
Les étudiants du Genepi ne peuvent plus accéder aux prisons (photo d'illustration) / © France 3 Pays de la Loire

Les étudiants bénévoles de l'association Genepi, intervenant en milieu carcéral auprès des détenus, n'ont plus accès à la Maison d'arrêt et sont privés de subventions. La décision du Ministère de la Justice ferme les portes à ces bénévoles qui critiquent trop ouvertement la prison.

Par Christophe François

Les portes du pénitencier se sont refermées...


A La Roche-sur-Yon, à Nantes, les étudiants bénévoles de l'association Genepi n'ont plus accès à la Maison d'arrêt.

Le collectif de La Roche-sur-Yon a reçu un mail, le 5 novembre dernier, l'informant de l'arrêt de ses interventions auprès des détenus. Une décision jugée "catastrophique pour les personnes incarcérées à la Maison d'arrêt yonnaise qui figure parmi les trois établissements pénitentiaires les plus peuplés de France avec un taux d'incarcération dépassant les 200%", selon Amy Ly, la présidente du Genepi de La Roche-sur-Yon.
Au niveau national, la décision d'interdire l'accès aux bénévoles de Genepi auprès des détenus est accompagnée d'une suppression de la subvention accordée par le Ministère de la Justice, d'un montant de 50 000 euros.

Mais, toujours selon la présidente de Genepi La Roche-sur-Yon, d'autres ministères comme celui de l'Education Nationale, Jeunesse et Sports, accordaient également une subvention à l'association au regard du travail accompli. Au total, la perte se monterait à 120 000 euros.

Cette dotation permettait aux bénévoles de se former, à Paris ou en région, au travail en milieu carcéral et à une meilleure connaissance des détenus et de leurs conditions de vie et de réinsertion. 
 

Terminés les ateliers


Le travail des bénévoles à la Maison d'arrêt de La Roche-sur-Yon consistait à animer des ateliers auprès des détenus afin de décloisonner le milieu carcéral et favoriser leur réinsertion, à terme. Concrètement, ce sont des ateliers concertés avec les détenus portant sur : 

le théâtre, pour un apprentissage de la langue française pouvant déboucher sur un certificat de pratique de la langue pour des ressortissants étrangers, 
l'écriture, pour une meilleure maîtrise du langage, de l'expression et de la communication dans la société ou le monde du travail
le ciné-débat, un dialogue et un débat amorcés suite au visionnage d'un film ou d'une série
les jeux de société, pour le côté ludique et divertissant mais aussi pour travailler le rapport à l'autre

Selon le protocole liant l'association et l'administration pénitentiaire, "l'action du Genepi dans les domaines de l'enseignement, des activités éducatives et culturelles tire son originalité de la diversité des compétences et des sensibilités de ses membres, de leur statut de bénévoles, mais aussi de leur non-appartenance à l'institution."

A La Roche-sur-Yon, la présidente  de Genepi décrit les relations avec l'administration pénitentiaire locale comme bonnes et constructives. Elles sont désormais inexistantes. C'est également le cas avec les détenus.
 

Alors pourquoi ?


Le 20 septembre dernier, la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP) a mis fin à son partenariat avec le Genepi. Cette décision nationale a déjà des répercutions sur les groupes locaux.

Genepi est une association d'étudiants bénévoles qui aide les détenus, c'est aussi un collectif engagé politiquement qui dénonce depuis longtemps les conditions de vie des personnes incarcérées. Sur ce sujet, il s'appuie sur les condamnations de la France par les autorités européennes, en matière de Droits de l'Homme.

Des campagnes de sensibilisation "choc" ( en 2018, le slogan était "la prison assassine" pour dénoncer les nombreux suicides) , ajoutées au messages de sensibilisation dispensés dans les lycées dénonçant la saturation des prisons et les conditions de vie et des détenus, ont sans doute touché au vif l'administration pénitentiaire et le Ministère de la Justice qui ont décidé d'interdire à Genepi l'accès aux prisons de France tout en supprimant les subventions de fonctionnement et de formation.
 

Genepi : kezako ?


L'association Genepi est une association d'étudiants bénévoles qui oeuvre au décloisonnement carcéral en animant des ateliers réguliers auprès des détenus et mène également des actions de sensibilisation dans les lycées.

Ce travail bénévole a commencé en 1976 et fait l'objet d'un protocole avec l'administration pénitentiaire sous l'autorité du Ministère de la Justice. GENEPI était alors un sigle signifiant Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées. En 2014, les membres ont décidé que le sigle disparaissait au profit du nom Genepi.

Selon la loi du 22 juin 1987, "l'administration pénitentiaire participe à l’exécution des décisions et sentences pénales et au maintien de la sécurité publique. Le service public pénitentiaire favorise la réinsertion sociale des personnes qui lui sont confiées par l’autorité judiciaire. Il est organisé de manière à assurer l’individualisation des peines" .

L’association Genepi "a pour objet de collaborer à l'effort public en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants de l’enseignement supérieur et le monde pénitentiaire" ( article 3 des statuts déposés le 26 mai 1976 ). 

Les actions engagées par le Genepi sont complémentaires du dispositif institutionnel d'insertion. Etudiants, les bénévoles du Genepi sont indépendants de l’institution judiciaire.
 
La maison d'arrêt de Fontenay-le-Comte / © maps
La maison d'arrêt de Fontenay-le-Comte / © maps
 

Du déjà vu...


En 2016, sous la présidence de François Hollande, la campagne de communication du Genepi, autour du slogan "La prison nuit gravement à la société", avait également déplu.

Pourtant, le Genepi ne disait rien d’autre, à sa manière, que ce que des institutions officielles, comme le Contrôleur général des lieux privatifs de liberté, disent aussi. En France le taux de récidive après une peine de prison ferme est l’un des plus forts d’Europe.

Après un premier avertissement, le Genepi reçoit, le 10 mars,  un courrier de l'administration pénitentiaire lui annonçant que sa subvention – dès 2017 - sera réduite « à hauteur de 30 000 euros » compte tenu de « l’opposition trop marquée » et des prises de position « en contradiction avec un partenariat loyal, transparent et de confiance ». 

En l’espace d’un mois, le Genepi a réussi à  rédiger un courrier argumenté au ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, à alerter des médias, à mobiliser des soutiens, anciens du Genepi ou organisations proches (Observatoire international des prisons …).

Sous la pression, le ministre de la Justice a, selon Le Monde daté du 20 avril, annulé la décision de réduction de la subvention. 
 

Quelques chiffres...


Les chiffres clés de l’administration pénitentiaire ( source Ministère de la Justice)
  • 250 000 personnes prises en charge par l'administration pénitentiaire
  • Près de 80 000 personnes sous écrou et 170 000  personnes suivies en milieu ouvert
  •  
  • 188 établissements pénitentiaires
  • 103 services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP)
  •  
  • Plus de 39 000 agents dont près de 28 000 personnels de surveillance et 5 000 personnels des SPIP
  • 2,79 milliards d'euros de budget annuel (hors pensions).

 
© franceinfo:
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