Affaire Guittard : une "scène sanglante" encore entourée de mystère

Au troisième jour du procès du meurtre de Frédéric Guittard à la cour d’assises d’Angers, les auditions se sont concentrées sur la matinée du 29 juin 2015. Ce jour-là, la fille de Frédéric Guittard découvrait le corps mort de son père, posé contre un radiateur. 

Troisième jour du procès en appel à Angers, concernant le meurtre de Frédéric Guittard.
Troisième jour du procès en appel à Angers, concernant le meurtre de Frédéric Guittard. © France Televisions

Ce 29 juin 2015, un album d’Alain Bashung résonne à deux reprises dans le domicile de Frédéric Guittard. Jusqu’à 10h07 d’abord. Puis à nouveau à partir de 10h49.  C’est l’un des nombreux détails qui, bout à bout, permettent de visualiser à quoi ressemblait la matinée du meurtre de ce père de famille.

Le déroulé précis de cette matinée où l’homme de 51 ans a été retrouvé mort dans son salon a été développé pendant cette troisième journée de procès à Angers. De l’évolution de la position du corps à l’analyse de la téléphonie des accusés, les experts ont livré des éléments essentiels à la compréhension du dossier.
 

Les approximations de l’ex-femme de Frédéric Guittard

Quand la parole lui est donnée, Touria Rafjaoui se perd dans les détails, comme si l’accusée essayait de noyer le poisson. La présidente reprend rapidement la main et recentre les débats autour d’une question essentielle : celle du badge donnant accès au domicile de Frédéric Guittard. "Avez-vous donné ce badge au couple corse, oui ou non ?" Touria Rafjaoui confie que ce badge a été subtilisé. Elle leur a montré à quoi il ressemblait, oui. Mais à aucun moment elle dit ne leur avoir donné. 

L’ex-femme de la victime confie que le couple corse a évoqué "une raclée" à Frédéric Guittard lors d’une discussion. "À aucun moment vous ne vous opposez à ce projet ?", lui demande la présidente. L’accusée reste évasive. Touria Rafjaoui confirme pourtant qu’elle a bien montré l’appartement de son ex-mari la veille de l’assassinat. 

Touria Rafjaoui confirme également qu’elle savait que le couple possédait le badge d’accès à l’appartement le matin du meurtre. "Je voulais récupérer le badge mais ils m’ont dit qu’ils allaient rendre visite à Frédéric et qu’on se retrouvait ensuite sur le parking du Super U."

Ce matin du 29 juin 2015, les probabilités que Frédéric Guittard soit réveillé au moment de la visite du couple corse étaient grandes. L’homme de 51 ans avait pour habitude de se lever tôt pour s’adonner à la bourse. Son ex-femme, très au courant de cette activité, affirme pourtant qu’elle n’imaginait pas qu’il puisse être présent ce matin-là.
 

Pourquoi l’ex-femme de la victime a-t-elle caché la présence du couple corse ?

La présidente ne manque pas de rappeler à l’accusée ses contradictions dans ce dossier. Pendant six mois, cette dernière a gardé le silence quant à la présence, au Mans, du couple corse. "Du 29 juin 2015 au 13 janvier 2016, date de votre mise en garde à vue, vous ne dites rien aux enquêteurs." Touria Rafjaoui, décontenancée, se cache derrière l’incertitude. "Je ne sais pas", "je ne pouvais pas imaginer ça". La présidente insiste longuement.  Pourquoi Touria Rafjaoui a-t-elle préféré protéger le couple corse plutôt que ses deux filles, affectées par la mort de Frédéric Guittard ? 

"Non seulement, le père de vos enfants a été tué. Mais votre fille, Mélissa, a découvert le corps et a été exposée à sa mort."  Dès les premières heures, l’enquête révélait qu’il s’agissait d’un assassinat. "Très vite, vous apprenez que votre mari a été tué de trois balles dans la tête, s’emporte la présidente. Quand faites-vous la connexion que le couple corse a peut-être commis quelque chose de grave ?" 

En larmes, Touria Rafjaoui confie qu’elle avait effectivement des doutes quant au couple corse. Mais pas au point d’aider les enquêteurs à démêler le mystère de la mort de son ex-mari. "J’étais bouleversée. […] Je ne pouvais pas les accuser sans en être certaine."
 

Un meurtre d’une rare violence

En seize années d’expérience, l’officier de police judiciaire à la barre aujourd’hui confiait avoir rarement vu une scène de crime aussi violente. "C’est la scène la plus sanglante que j’ai pu voir jusqu’à présent." En arrivant sur place, les enquêteurs découvrent de nombreuses traces de sang sur les murs, des meubles renversés. Et une victime, le pantalon baissé, posée contre un radiateur.

La question du déplacement était centrale lors de cette journée d’auditions. Frédéric Guittard était un homme massif : plus d’1m80 pour quasiment 100 kilos. Les expertises scientifiques semblent dire qu’après sa mort, son corps a été déplacé vers le radiateur. 

"Est-ce qu’éventuellement, 2 personnes auraient pu le transporter ?",  demande l’avocat général au médecin légiste. La réponse est ferme : "Oui". Cela signifierait que Jean-François Ornano aurait assisté son ex-compagne afin de déplacer le corps. Son avocat embrayera rapidement avec une question au médecin légiste permettant de nuancer cette hypothèse. "Avez-vous un seul élément qui permette de dire avec certitude qu’il y avait plus qu’un agresseur ? " La réponse de l’expert est "non"

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