Les troubles musculo-squelettiques, un enjeu de santé publique

Les troubles musculo-squelettiques sont la première cause de maladies professionnelles en France. Du fait de leurs activités agro-alimentaires et manufacturières, les Pays de la Loire et la Bretagne sont particulièrement concernées. Les entreprises tentent d'inverser la tendance.

Bras zéro gravité expérimenté dans une usine d'Airbus à Nantes
Bras zéro gravité expérimenté dans une usine d'Airbus à Nantes © France Télévisions
Tendinites de l'épaule, lombalgies ou encore syndrome du canal carpien, la liste est longue. Ces troubles musculo-squelettiques communément appelés TMS, affectent particulièrement les muscles, les tendons, les nerfs et les articulations. Ils sont en lien direct avec les conditions de travail et sont donc reconnus comme maladies professionnelles.

Depuis les années 80, le nombre de salariés touchés par les TMS n'a cessé de grossir dans les pays industrialisés, un phénomène qui tend à se stabiliser sans pour autant décroitre véritablement.

Les Pays de la Loire et la Bretagne sont les premières régions concernées en France avec des taux respectifs de 94,3% et 91,7% alors qu'en moyenne nationale, les TMS représentent 87% des maladies professionnelles.
 


L'agro-alimentaire, premier secteur concerné par les TMS


Face à cet enjeu de santé publique, les entreprises tentent de prévenir ces pathologies en améliorant les conditions de travail.

C'est le cas de l'entreprise Aubret, une charcuterie industrielle, installée à Saint-Mars-la-Jaille en Loire-Atlantique. La direction a ainsi décidé de modifier les horaires de travail pour "favoriser la récupération et un meilleur sommeil", instaurer une activité de réveil musculaire pour tous et surtout mis en place la rotation de poste toutes les 30 minutes, "pour éviter la répétition des gestes", explique Marcel Robin, responsable de production. 

Ces mesures ont permis de faire passer en 4 ans le taux d'absentéisme de 8 % à 2%, et pour réduire encore la pénibilité,  l'entreprise s'est équipée d'un outil de levage, développé par la société Manut-LM. Ce dispositif permet de transférer des charges d'une vingtaine de kilos sans aucun effort pour les opérateurs. 

Outre le secteur de l'agro-alimentaire, celui du service à la personne est également très touché par les TMS. A Saint-Nazaire, l'Ehpad Jean Macé a investi dans des lève-personne dernière génération. "C'est révolutionnaire" s'enthousiasme Joëlle Noury, aide-soignante, alors qu'elle déplace sans difficulté une résidente âgée dépendante.
 

La prise en compte des facteurs psycho-sociaux


Outre la prévention des risques physiques, l'enjeu pour les entreprises est aussi de repenser ses modes d'organisation. "Une partie de la prévention des TMS passe par une approche participative, un management plus démocratique plus horizontal, moins vertical. Il y a des entreprises pour lesquelles c’est naturel, d’autres pour lesquelles c’est plus complexe", explique le Professeur Yves Roquelaure, chef de service Pathologie Professionnelle et Santé au Travail au CHU d'Angers.

L'entreprise industrielle Airbus à Nantes développe ainsi des outils en collaboration avec les salariés, comme des exo-squelettes ou des bras zéro gravité. "Leurs gestes techniques ne sont pas mécanisables, il faut donc les aider sans les gêner. C'est assez invasif, la seule validation, c'est l'acceptation par le salarié", explique Xavier-Pierre Valentin, ergonome. 

Près de la moitié des troubles musculo squelettiques entraînent des séquelles lourdes et par voie de conséquence peuvent éloigner durablement de l'emploi.

Le coût pour l'assurance maladie avoisine les deux milliards d'euros en 2017; il serait deux à trois fois plus élevé pour les entreprises.

Avec l'allongement de la durée du travail et le vieillissement de la population, la prévention de ces pathologies est plus que jamais un enjeu de société et de santé publique.

 
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