Vacances : 10 BD à lire sous le soleil exactement

Polar, fantastique, autobiographie... voici rien que pour vous une petite sélection de bandes dessinées à glisser dans la valise la plus proche et à lire les doigts de pied en éventail sur votre plage ou au sommet de votre montagne préférées...

Freiner, respirer, se détendre et lire, c'est l'été, bientôt l'heure des grandes migrations, le moment largement venu de préparer sa pile de livres à emporter. On vous y aide avec ces dix bandes dessinées dans des styles très variés...

Ami(e)s pour la vie... ?

Vous avez peut-être dévoré la bédénovela Les Autres Gens diffusée sur internet au début des années 2010 et publiée dans la foulée en albums aux éditions Dupuis, alors vous adorerez ce récit complet récemment sorti aux éditions Delcourt et signé par les mêmes scénaristes, Thomas Cadène et Joseph Safieddine, et le dessinateur Clément C. Fabre. BFF, abréviation de Best Friends Forever, nous plonge dans la vie d'un groupe d'amis comme beaucoup d'autres avec ses amours, ses emmerdes, ses mariages, ses secrets, ses tromperies. Et à ce jeu-là, Olivier, Gro pour les intimes, est peut-être le plus fort. Tout le monde le prend pour un musicien raté qui galère pour payer son loyer, multiplie les petits concerts sans cachet et vit finalement au crochet de la société. La réalité est toute autre. Gro est un pianiste classique à succès qui joue dans les plus belles salles de concert à travers la planète. Alors, pourquoi le cacher ? Pourquoi ne rien dire à ses amis ? Peur que la vérité change quelque chose dans l'équilibre du groupe ? Peur qu'on le regarde autrement ? Qu'on le jalouse ? Qu'on le rejette ? Un magnifique chassé-croisé de sentiments autour de l'amitié dans un style graphique frais et coloré. Idéal pour l'été !

BFF, de Cadène, Safieddine et Fabre. Delcourt. 22,95€

Plongée dans l'imaginaire lovecraftien

C'est un jardin extraordinaire dont Providence est le gardien. Un jardin qu'il aime parcourir de bon matin, seul en compagnie de son chat, Maldoror. Il peut y croiser la directrice partie ouvrir les grilles, toujours prompte à lui faire des reproches et à mettre en application de nouvelles méthodes de management, il peut surtout y croiser des créatures que lui seul peut voir et entendre. Rien de bien méchant, juste de l'étrange, de l'occulte, auxquels il s'est habitué, comme une petite musique, une petite routine. Jusqu'au jour où Providence remonte un livre du fond du lac et libère ainsi tout un bestiaire de sombres créatures. La nuit venue, elles viennent hanter le parc tandis que le reflet d'une étrange maison plantée sur un immense rocher et noyé dans la brume du lac hypnotise notre gardien. Plus qu'un hommage à Lovecraft, Daria Schmitt offre ici une véritable immersion dans l'univers du maître du récit fantastique avec une histoire étonnante, non dénuée d'humour et magnifiquement mise en images grâce à ce trait qui porte l'influence d'un François Schuiten ou d'un Gustave Doré. 

Le Bestiaire du crépuscule, de Daria Schmitt. Dupuis. 23€

Dernier avis avant expulsion...

Il y a comme de la résistance dans l'air, de la résistance à un monde qui cherche toujours à rejeter au loin les indésirables, les exclus, les précaires, les différents. Et cette résistance naît ici à l'Onpi, un immeuble planté quelque part dans la banlieue d'une ville du sud de l'Italie. Un immeuble voué à la destruction depuis des lustres. Mais cette fois, les forces de l'ordre ont encerclé le lieu et donné 24 heures aux derniers occupants pour faire leurs bagages et aller voir ailleurs. Dans ce décor de théâtre se jouent les dernières heures d'une comédie humaine pas toujours glorieuse avec un beau casting de dingues et de paumés, de cœurs et d'âmes brisées. Un scénario profondément noir, des ambiances pesantes, un trait qui fait mouche, une belle découverte.

Les Assiégés, de Nardella et Bizzarri. Sarbacane. 24€

Question d'identité

Elle aurait aimé s'appeler Sacha, Camille ou Alex, un prénom mixte, mais elle s'appelle Maia.  Et d'aussi loin qu'elle se rappelle, Maia n'a jamais accepté son identité. Les vêtements girly ? Pas son genre. Avoir ses règles ? Un cauchemar. Des seins ? Envie de les comprimer, de les faire disparaître. Et les poils ? "Pourquoi les filles sont censées se raser les jambes et pas les garçons ?", se dit-elle. Peu à peu, les années passent, Maia s'interroge puis c'est l'heure du lycée, des premiers crushs, trois garçons puis des filles, de la découverte de son homosexualité, de l'amour, de la vie en couple, des chagrins. Doute, confusion... Maia passe par tous les sentiments avant de faire son coming out auprès de ses parents, de quoi la libérer pleinement. Avec un trait simple et des couleurs vives, l'autrice californienne raconte sa jeunesse, sa recherche d'identité dans une famille certes compréhensive mais au coeur d'une société qui ne l'est toujours pas. Une autobiographie passionnante, sensible, et sans tabou qui a reçu plusieurs prix dont l'Alex Award 2020 pour lecteurs ados et adultes.

Genre Queer, de Maia Kobabe. Casterman. 19€

Passage au monde adulte

Il est diplômé en architecture mais travaille depuis 5 ans dans une station-service aux alentours de Bruxelles, à mettre les produits en rayon et nettoyer les sanitaires. Rien de bien passionnant, rien de valorisant, mais Léo, c'est son prénom, semble s'en contenter. Et puis, il y a à proximité une famille rom et notamment ce petit garçon qui lui rappelle peut-être sa jeunesse bancale, entre le foyer, où il était placé suite au décès de sa mère, et les rares visites de son père. Un monde rassurant jusqu'au jour où sa petite amie lui annonce sa promotion dans le sud de la France. Doit-il la suivre ? Une décision difficile à prendre de peur peut-être de devoir grandir et quitter le monde de l'enfance définitivement. Premier roman graphique du jeune Victor Pellet et premier succès, La Promotion a reçu le Prix Raymond Blanc qui encourage la jeune création. Un trait au crayon tout en finesse, de très belles atmosphères, une histoire pleine d'humanité. Renversant !

La Promotion, de Pellet. Futuropolis. 20€

Partie de chasse

Légalement trop jeune mais assez âgé d'après les lois familiales, le gamin est enfin autorisé à tirer et tuer son premier animal. C'est son baptême du feu, sa première véritable partie de chasse avec son père, son grand-père et un ami de la famille sur leurs terres de Goat Mountain, loin de tout, proche du bonheur. Mais le bonheur vire au cauchemar quand le gamin flingue un braconnier. Froidement. Naturellement. Comme s'il avait tiré un cerf. Commence alors pour le petit groupe une belle descente aux enfers. Adapté du roman de l'écrivain américain David Vann qui s'oppose au libre commerce des armes, Goat Mountain est un récit noir, profondément noir, qui nous interroge sur cet amour immodéré des Américains pour les armes à feu, ce sentiment de surpuissance qui permet n'importe quoi, des parfois de faire un carton dans les forêts ou dans les écoles. 

Goat Mountain, de Carol et Van Linthout. Philéas. 19,90€

À sec !

Imaginez que notre Lune disparaisse. Comme ça, d'un coup d'un seul, sans véritables explications. C'est ce qui arrive à Goëm comme partout en baie de Sprague. La deuxième lune, ici il y en a deux, s'est volatilisée. Et plus grave encore : la mer s'est progressivement retirée, rendant la côte aussi sèche qu'un désert. Au point que la population envisage de quitter le village. Mais les frères Niels et Vivian ne sont pas de cet avis. Bien décidés à ramener l'eau chez eux, ils montent une expédition avec le Capitaine O'Greg et son bateau... à roues bien sûr. Direction l'horizon pour une bonne dose d'aventure. Un bon récit de science-fiction au scénario classique mais bien ficelé, au dessin et aux couleurs de toute beauté, et entre les cases une réflexion sur les conséquences des actions humaines sur l'équilibre de notre planète. 

Sprague, de Rodolphe et Roman. Daniel Maghen. 19€

Une enfance chinoise

Dans sa petite ville industrielle du nord-ouest de la Chine, He Liu a bien du mal à imaginer son avenir. Il faut dire qu'entre le divorce de ses parents, les usines à perte de vue, son renvoi de l'école pour suspicion de vol et pour finir ce serial killer qui sévit depuis quelques temps dans les parages, le jeune garçon cumule les raisons d'être ailleurs. C'est une rencontre qui lui permettra finalement de s'accrocher, de ne pas tomber dans la drogue, et de finalement rejoindre Pékin pour ses études et entreprendre sa vie d'adulte. Un dernier soir à Pékin raconte cette jeunesse à travers quatre flash-back en référence aux quatre saisons. Le destin d'un jeune homme ordinaire dans la Chine contemporaine, une histoire prenante, des personnages attachants, un trait de toute beauté... Golo Zhao dont on a déjà pu admirer le travail dans Le monde de Zhou Zhou ou Au Gré du vent est un auteur complet et hyper talentueux.

Un dernier soir à Pékin, de Golo Zhao. Glénat. 22,50€

Au coeur de la création littéraire 

Elle s'appelle Céleste Albaret, un nom qui ne vous évoquera certainement pas grand-chose. Elle n'a de fait rien d'un personnage célèbre, tout plutôt de la femme de l'ombre, celle qui travaille dans les coulisses pour permettre aux autres de briller en société sans se soucier du quotidien. Pourtant Céleste Albaret sera largement courtisée par les médias dans la seconde partie de sa vie. Pourquoi ? Parce qu'elle fût la servante de Marcel Proust et, dit-on, sa seule confidente pendant les huit dernières années de son existence pendant lesquelles il vivait relativement reclus. C'est son histoire, l'histoire d'une relation singulière, faite d'admiration, presque d'amour, que raconte l'album de Chloé Chruchaudet paru au éditions Soleil à l'occasion de l'année Proust. Avec son style très personnel, son trait élégant, ses planches aux divines atmosphères, ses couleurs délicates, le tout réalisé ici directement sur tablette, l'Autrice nous invite à pénétrer dans l'univers de la création littéraire par la porte de service. Pour tous les amoureux de la littérature !

Céleste tome 1/2, de Cruchaudet. Soleil. 18,95€

Vie d'expat...

Elle déménage souvent. Très souvent. Trop pour pouvoir se réclamer de tel ou tel endroit. Bien sûr, elle est née aux États-Unis, elle est citoyenne américaine, mais ses parents ne cessent de parcourir le monde pour le travail, un jour ici, un jour là. Une vie qui se résume malgré son jeune âge à neuf appartements, huit écoles, six pays. Au début de ce récit, Sophia, c'est le prénom de notre jeune héroïne, habite en Amérique centrale et commence à se poser de sérieuses questions sur ses parents peu diserts sur leur métier. De là à penser qu'ils sont agents secrets... Dans ce récit au dessin sobre et efficace, Sophia Glock nous raconte une vie sans attaches, sans racines, faisant d'elle d'une certaine manière une apatride, soucieuse malgré tout de vivre son adolescence, entre amitiés nouvelles et premier amour. Une autobiographie romancée d'une très grande subtilité qui ne peut laisser indifférent !

Passeport, de Sophia Glock. Casterman. 24€

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