Coronavirus : ambiance tendue à Noirmoutier après l'arrivée de Parisiens confinés

Egoïstes, irresponsables, inconscients, sur les réseaux sociaux, les Noirmoutrins n’y vont pas de main morte contre les Parisiens venus s’installer sur l’île dans le contexte du coronavirus. Une situation tendue alors que la population aurait au moins doublé en un week-end.

L’île de Noirmoutier en Vendée, été 2019
L’île de Noirmoutier en Vendée, été 2019 © France Télévisions-Damien Raveleau
Ce week-end, Laurence a ouvert une dizaine de maisons à Noirmoutier. Elle est concierge privée.

Ses clients sont pour la plupart des Parisiens propriétaires d’une résidence secondaire sur l'Île. "Le souci, c’est qu’ils sont tous allés faire leurs courses en même temps, donc on a eu un sentiment d’invasion mais ça va se réguler", explique-t-elle.

Sur les groupes privés Facebook, les gens sont plus virulents :  "On est envahi depuis hier après-midi. Les gens gueulent. Ils débarquent chez nous avec leur merde, dévalisent les commerces. Un vrai bordel. Et dès qu'ils arrivent ils font le plein d'essence. Ils nous pourrissent la vie."
Capture d'écran sur un groupe privé Facebook.
Capture d'écran sur un groupe privé Facebook. © DR
Le maire actuel de la commune, Noël Faucher, battu au premier tour des élections municipales dimanche dernier, va dans le même sens. "Les gens se baladent sur la plage, prennent des selfies qu'ils partagent sur les réseaux sociaux, c'est un comportement irresponsable."

Le principal problème selon lui, c'est que si l'épidémie venait à se déclarer sur l'Île, le système de santé ne pourrait absolument pas y faire face. Noirmoutier est située en zone blanche, c'est-à-dire à plus de 30 minutes des Urgences hospitalières. Les plus proches sont à Challans, à plus de 40 kilomètres. 

"C’est malheureux que le gouvernement n’ait pas anticipé ces déplacements. On se demande même si ce n’est pas fait exprès pour désengorger les services d’urgence des grandes villes, et particulièrement de la région parisienne".
 

"Les gens ne comprennent rien à ce qu'il se passe"

Le week-end dernier, on a vu des dizaines de Parisiens se presser à la gare Montparnasse. La plupart ne portaient pas de masque, et se pressaient de monter dans les trains sans se soucier de respecter la distance d'un mètre de sécurité.

"La fuite est un réflexe classique en période d'épidémie, explique Patrick Zylberman, professeur émérite d’histoire de la santé à l’Ecole des hautes études en santé publique. Ce qu’on a vu à Montparnasse, c'est la preuve que les gens ne comprennent rien à ce qu'il se passe. Ils disent "je prends le risque", mais ils se trompent, ils font prendre le risque aux autres."

Selon lui, la situation est inédite. "En 1720, lors de la dernière épidémie de peste à Marseille, les gens fuyaient, mais les malades gisaient sur leur lit avec un écriteau sur la porte "pestiféré"… c’est pas comparable. Aujourd'hui, le grand critère pour savoir si ça va marcher c’est la durée, les gens pourront-ils tenir le coup de l’isolement chez eux ?"
 

Le confinement, même à la plage 

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, l'a rappelé mardi soir sur France Inter : "Même s'il y des mouettes dehors, même s'il fait beau, les Français doivent rester chez eux. C'est pas parce qu'on est plus proche de la nature qu'on n'est pas moins proche du virus". 

Une discipline que respectent Thibaud et sa famille. Lui est arrivé de Bordeaux lundi matin avec sa femme et ses deux enfants, et sa petite soeur Philippine les a rejoints de Paris en voiture. "On a fait un gros plein à Bordeaux donc on n’est même pas allé faire les courses ici. On est arrivés en voiture, et on s’est confinés chez nous. Je comprends ce que disent les Noirmoutrins mais si on reste chez nous et qu’on respecte les règles de sécurité, je ne vois pas le problème". 

Pour Fabien Gaborit, nouvellement élu sur la liste de Yan Balat, les propriétaires de résidences secondaires ont le droit de choisir de se confiner sur l'ïle. "Il ne faut pas oublier que les résidences secondaires et le tourisme, c'est ce qui nous fait vivre", explique-t-il.

Sur l'île d'Yeu, la décision a été radicale. Par arrêté préfectoral, l'accès à l'île est interdit à toute personne n'y résidant pas de façon permanente.
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