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Procès en appel Xynthia : “KO debout“, René Marratier admet ”des failles”

René Marratier assure avoir "tout fait" pour "sécuriser" la population, le tribunal des Sables-d'Olonne l'a condamné à 4 ans de prison en décembre 2014 / © Franck Dubray - MaxPPP
René Marratier assure avoir "tout fait" pour "sécuriser" la population, le tribunal des Sables-d'Olonne l'a condamné à 4 ans de prison en décembre 2014 / © Franck Dubray - MaxPPP

"Il aurait fallu faire mieux": "KO debout" depuis la tempête Xynthia en 2010, René Marratier, ancien maire de La Faute-sur-Mer (Vendée) où 29 personnes ont péri noyées, a admis lundi devant la cour d'appel de Poitiers "des failles", mais rejeté sa seule responsabilité

Par Christophe Turgis

"On ne peut avoir que des regrets", "si j'avais su" : sur la défensive dès le début de son interrogatoire, les traits tirés et semblant tendu sous son costume sombre, M. Marratier a cependant soutenu tout l'après-midi, comme lors de son premier procès, n'avoir "jamais pu imaginer une telle catastrophe".
Condamné en première instance, le 12 décembre 2014, à quatre ans de prison ferme, il est rejugé au côté de son ancienne adjointe à l'urbanisme, Françoise Babin, et de son fils, Philippe Babin, pour "homicides involontaires".  

"Aujourd'hui, je me rends compte manifestement qu'il aurait fallu faire mieux", "on est obligé de reconnaître qu'on a une part de responsabilité", "j'ai certainement eu des failles, je ne peux que m'en excuser", glisse dans chacune de ses réponses l'ancien maire, certifiant avoir depuis toujours voulu "servir l'intérêt général" et "oeuvrer pour le bien public".

Résident de La Faute-sur-Mer depuis 40 ans, élu au conseil municipal une première fois en 1983, maire depuis 21 ans quand la tempête Xynthia survient, René Marratier pouvait-il ignorer les risques d'inondation dans cette commune située sur une presqu'île sablonneuse, où les lotissements avaient poussé sur d'anciennes terres agricoles dans une zone qui aurait du être classée inconstructible ?
"On savait pertinemment que le territoire était inondable à 80%", indique l'ancien maire, mais "les digues" étaient là "pour protéger" les maisons, notamment dans la cuvette située en contrebas de l'estuaire du Lay, où ont péri noyées la majorité des 29 victimes, dans la nuit du 27 au 28 février 2010.


Cicatrice humaine

Pourquoi n'avoir pas informé la population de ces risques, fait une réunion, le questionne la présidente de la cour d'appel, Michèle Martinez. "Il n'y en a certainement pas eu assez, mais il y a eu de l'affichage, pas mal de supports", répond le prévenu.
Pourquoi avoir délivré des permis de construire qui violaient les règles de sécurité, demande encore la présidente. "Je faisais confiance aux services instructeurs de l'État", rétorque René Marratier.

Alors que les parties civiles auditionnées jeudi et lundi matin lui ont reproché son manque de compassion après le drame, en n'organisant notamment pas de minute de silence en hommage aux victimes, l'ancien maire a répété n'avoir "que de la douleur et de la compassion" pour les victimes.
"Je suis moi-même sinistré, j'habite à 100 m de la digue. Dans les victimes, je connaissais beaucoup de gens, certains étaient mes amis. J'ai dû aller reconnaître à la morgue certaines victimes qu'on n'arrivait pas à identifier", raconte M. Marratier, la voix soudainement étranglée par l'émotion.
"Il m'arrive de pleurer tout seul chez moi. Quand j'ai vu les inondations de Nice, j'ai fermé ma télé", ajoute-t-il, évoquant une "cicatrice humaine", sous l'oeil ahuri et les cris étouffés de près d'une centaine de parties civiles - sur 146 - présentes dans la salle.

Pressé par l'avocat général, Thierry Phelippeau, de dire s'il a "songé à démissionner", après le drame ou après sa mise en examen en 2011, René Marratier répond par la négative: "Non, je n'ai pas... Vous savez, après une telle catastrophe, vous êtes KO debout". "Si j'avais su être confronté à une telle situation, je ne me serais jamais présenté pour servir l'intérêt général", lance l'ancien maire, qui encourt cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

Et s'il s'est représenté en 2014, plus de quatre ans après la catastrophe, échouant de peu à garder la mairie, c'est parce qu'il s'est senti "poussé" par "le soutien de la population", assure le conseiller municipal.

avec AFP

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