Vendée : Bénéteau, toujours pas sorti du mauvais temps, se prépare à s'adapter à un carnet de commande réduit

Après avoir repris progressivement l'activité, le constructeur vendéen de bateaux de plaisance se prépare à réduire à nouveau sa production. Le marché mondial est à la peine. Le personnel est inquiet.
La division bateaux du groupe Bénéteau va négocier des mesures de chômage et de mobilité avec le personnel pour faire face à la chute des commandes.
La division bateaux du groupe Bénéteau va négocier des mesures de chômage et de mobilité avec le personnel pour faire face à la chute des commandes. © SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP
Quand on parle du géant de l'industrie de la plaisance, il est de coutume d'employer des termes liés à la météo ou à la voile. Et là, c'est un sacré grain qui s'annonce. Bénéteau-SPBI se prépare à affaler (descendre rapidement les voiles).

Mais ce n'est pas vraiment une surprise, ni une révélation. Comme bien des industries, Bénéteau est bousculé par la crise sanitaire. Le groupe affichait début juillet un chiffre d’affaire en baisse de 42,6 % sur le 3ème trimestre par rapport à la même période de l'exercice précédent. Sa bonne santé financière, 600 millions d'euros de fonds propres et aucun endettement, reste un affichage rassurant pour envisager un avenir qui s'annonce pourtant compliqué.

Pendant le confinement, le constructeur de voiliers et de bateaux de plaisance à moteurs avait mis en sommeil sa dizaine de sites de production en Pays de la Loire. Seules les expéditions avaient continué de tourner.
 

A l'automne, ne sortiront que les bateaux déjà vendus

Et puis, progressivement, l'activité avait repris mais à vitesse réduite. Là où on sortait un bateau et demi par jour, on n'en sort plus qu'un.

La période des congés va à nouveau mettre la production à l'arrêt. Ne sortiront que les bateaux déjà vendus pour être expédiés. 

Et puis arrivera septembre, et l'incertitude plane sur cette rentrée 2020. C'est pourtant d'ordinaire la période des salons qui commence et qui donne le cap pour la saison à venir.

"On a commencé à discuter de tout ça avec l'entreprise, témoigne Emmanuel Landreau représentant syndical CFDT au CSE. Et à se préparer à une mauvaise saison. En septembre, il y aura des négociations sur l'ensemble des mesures destinées à limiter la casse, mobilité professionnelle ou géographique, dispositif  APLD (Activité Partielle de Longue Durée). Un accord doit être signé avant octobre."

La direction n'évoque pas, pour le moment, de licenciements mais ne les exclut pas non plus. "On s'attend à des mesures d'adaptation de la masse salariale, donc à des licenciements" s'inquiète Emmanuel Landreau. Traditionnellement, l'entreprise produit du stock en septembre mais la visiblité étant quasi nulle, on ne fera pas de stock. Enfin, les reports de commandes font que la production sera d'autant plus réduite.
 

"Ils sont dans le flou"

"On sait qu'on va repartir avec une forte baisse des volumes, confirme Christophe Perrin, représentant Sud au CSE. La période de chômage ira même peut-être au delà de décembre. La direction travaille sur des estimations, ils sont dans le flou. Tout va dépendre de la tenue des salons, de l'évolution de la pandémie."

Pour lui, les mesures d'adaptation et l'arrêt du recours à l'intérim devraient permettre d'éviter les licenciements. "Le plan social n'est pas totalement exclu, dit-il, mais il ne fait pas partie du scénario actuel."

Dans son plan stratégique communiqué début juillet, le groupe Bénéteau annonçait quelques mesures destinées à lui permettre de passer la crise sanitaire. Tout en s'attendant à un "fort recul de l'activité mondiale qui affectera le marché de la plaisance", il envisageait de manière très optimiste "une nette reprise dont l’ampleur dépendra de la vitesse à laquelle se résoudra la crise sanitaire." Un discours que peuvent tenir tous les industriels.

Contactée, la Direction n'a pas souhaité s'exprimer sur la situation actuelle au delà de ce qui est publié sur son site:  "le Groupe n’a aucune autre information à partager à ce jour concernant son activité. La direction est en cours de négociation avec les partenaires sociaux pour un accord de méthodes" nous a-t-on répondu.

Quant au personnel qui, après les crises précédentes, commençait à avoir un peu d'intéressement aux résultats, il se prépare à partir en vacances en espérant qu'il conservera son salaire... et son emploi. Le changement récent de l'équipe de direction, plus tournée vers la rentabilité, ne rassure pas dans cette entreprise à l'histoire familiale.

 
Le groupe Bénéteau
Toutes productions confondues, le groupe Bénéteau emploie 8361 personnes dans le monde (4000 en Pays de la Lore) et compte 27 sites de production dont 21 en France (18 en Pays de la Loire).
Concernant la division bateaux, Bénéteau est propriétaire de 12 marques. Le Plan Stratégique "Let’s Go Beyond" prévoit de réduire à 8 marques.
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