Vendée : Yannick Jaulin, l’artiste aux légendes bien ancrées dans le présent

Yannick Jaulin / © Catherine Matausch
Yannick Jaulin / © Catherine Matausch

Nous avons rencontré Yannick Jaulin pour un tournage d'ArtOtech en Vendée. Pour évoquer sa langue, l'amour et la création, nous l'avons emmené dans son village d’Aubigny, sur la plage de la Guitière, lieu de rdv avec ses amis. ArtOtech a été diffusé le 23 avril dernier. 
 

Par Christophe Chastanet

Avec plus de 70 dates dont huit en Pays de la Loire et prévues jusqu’en juin 2021, Yannick Jaulin promène ses deux dernières créations « Causer d’amour » et « ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour »  dans toute la France ».
En août, sa tournée l'emmenera  de Capbreton à l'île de Vassivière en Limousin.  Pour nous faire aimer le génie des parlés régionaux comme son parlanjhe, nous faire rire et pleurer sur un échec amoureux, l’artiste a inventé le plaidoyer-spectacle comme nouvelle expression scénique.  Défendre le patois vendéen ou exposer sans rien cacher les états généraux de son cœur, de son âme lui demande la même énergie et le même accent de vérité et d’humour, qu’il soit seul en scène ou accompagné par des musiciens.

Construire un épisode du magazine ArtOtech autour de cet artiste exigeait une chose simple, le promener sur les lieux qu’il aime, le ramener aux sources et lui faire raconter son histoire.
On a donc amené Yannick Jaulin sur le port de la Guitière pour une promenade sur sable connu où il aime retrouver ses amis autour d’une bourriche d’huîtres et d'un p’tit coup de blanc.

Aubigny (85) son village natal, les germes de son œuvre à venir

Les lieux sont pour Yannick Jaulin, un témoignage d’identité et d’enracinement. C’est dans son village natal d’Aubigny que sa vocation d’artiste est née. Les personnages qui peuplent son enfance lui donnent d’abord envie d’être conteur ou raconteur d’histoires, celles qu’elle a vécues, entendues et auxquelles il adore mêler les grandes légendes du monde et de la Vendée profonde.  

Un pays qui n'a plus d'histoires dans son ciel est un pays qui n'est plus capable de rêver"  (Yannick Jaulin le lutin céleste d’Eric Fourreau, Éditions de l'attribut, 2005)

Repères biographiques

Naissance à Aubigny (Vendée) en juillet 1958 dans une une famille d’agriculteurs. A la maison, on  parle le parlanghe, un patois appelé le poitevin-saintongeais. Cette langue deviendra l’une de ses principales sources d’inspiration.
Adolescent, il passe avec gourmandise des  kermesses de la paroisse aux fêtes des œuvres laïques. Sans s’interroger sur ce qu’est un futur artistique, il se met à collecter des histoires de village, des contes pour les chanter façon rock and roll avec le groupe Jan Do Fao  puis sur scène dans des one man show.
Il fait ses vrais débuts professionnels en 1985 sur la scène du théâtre de la Roche sur Yon. En 1986, il découvre Pougne Herisson, un village du Poitou où dix ans plus tard il  installe sa compagnie. Il en fait le nombril du monde avec un festival multiculturel qui a lieu tous les deux ans. Ses créations - une trentaine depuis 1984 - prennent racine autant dans la tradition poitevine que dans  la culture rock mais s’inspirent aussi du cinéma et de la BD.
Au fil du temps, Yannick Jaulin est devenu un maitre du stand up ethnologique. Dans ses spectacles, l’actualité, les thèmes comme la mort dans "J’ai pas fermé l’œil de la nuit" 2000, les religions dans "Comment vider la mer avec une cuiller" 2015 ou l’échec amoureux dans "causer d’amour" 2018 "universalisent" le conteur qu’il ne cessera d’être jamais.
 

 
 

LE PARLANJHE POITEVIN-SAINTONGEAIS

Le parlanjhe est une langue régionale bien vivante. Même si le nombre de locuteurs est impossible à chiffrer, on reste très attaché à ce patois dans la Vendée rurale. L’association UPCP Métive, créée dans les années 70 à Parthenay, rassemble 40 associations dont 10 en Vendée. Leur rôle est de défendre la culture et en particulier la langue poitevine-saintongeaise. Elle a créé pour cela la maison « Gestes éditions » qui publie études, romans, témoignages d’une culture vivante et d’un centre de documentation. Le CERDO détient un fond propre et déposé, consultable en ligne. Enseigné du bout des doigts à l’université de Poitiers, le parlanjhe vit aussi à travers le festival « de bouche à oreille » qui se déroule fin juillet depuis 1987 à Parthenay. Au Nombril du Monde de Pougne-Hérisson, dans le jardin sonore, la langue se fait entendre de façon ludique et inventive. Pour apprendre un nouveau mot de parlanjhe chaque semaine, Yannick Jaulin propose son Mooc sur son site internet.

 

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