Crash de l'A320 : ce que peut révêler la seconde boite noire retrouvée jeudi

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Écrit par Olivia Malongo avec AFP

Il a fallu 9 jours pour retrouver la seconde boite noire. Une boite noircie par le feu mais qui devrait être exploitable, selon le procureur de la République de Marseille. Cette pièce contient 500 paramètres comme la vitesse et l'altitude. Des éléments indispensables à la manifestation de la vérité.

La deuxième boîte noire de l'A320 de Germanwings, qui s'est écrasé le 24 mars dans les Alpes-de-Haute-Provence, a été découverte jeudi. Neuf jours après le crash de l'avion de la compagnie allemande Germanwings, filiale low cost de Lufthansa, qui a provoqué la mort de 150 personnes, la seconde boîte
noire a été retrouvée jeudi en début d'après-midi, a annoncé à l'AFP le procureur de la République de Brice Robin. Elle a été "noircie" par le feu, mais son état "laisse raisonnablement espérer la possibilité d'une exploitation", a précisé ensuite M. Robin, lors d'une conférence de presse jeudi soir.

Retrouvée par une femme gendarme 

Cette pièce essentielle à l'enquête, a-t-il ajouté, contient "500 paramètres" - la vitesse, l'altitude ou le régime moteur de l'avion notamment - du vol depuis Barcelone (Espagne). Elle a été retrouvée par une femme gendarme du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix, enfouie à environ 20 cm sous terre, dans une zone qui avait déjà été fouillée par des enquêteurs, sur la gauche d'une ravine, a poursuivi le magistrat.

  • Quels sont les éléments contenus dans la seconde boîte noire découverte ce jeudi ?

Le Flight Data Recorder (FDR) enregistre seconde par seconde tous les paramètres du vol sur une durée de 25 heures de vol (vitesse, altitude, régime
moteur, action des pilotes sur les commandes, différents modes de pilotage, trajectoire, etc.) Il contient des centaines de paramètres de vol. Dans le cas de l'A320 de la Germanwings, le FDR contient environ 500 paramètres de vol, selon Brice Robin, le procureur de la République de Marseille en charge de l'enquête judiciaire. 

Il est complété par le Cockpit Voice Recorder (CVR) qui enregistre les conversations à l'intérieur de la cabine de pilotage, mais aussi les sons et annonces entendus dans le cockpit. C'est sur la base de l'analyse de cette première boîte noire, découverte quelques heures après le crash, que les enquêteurs se sont aperçus que le commandant de bord était resté bloqué à l'extérieur du cockpit sans pouvoir reprendre son poste.

  • Cette boite noire pourra-t-elle être exploitée ?

Selon le procureur de Marseille, le FDR a "vraisemblablement été soumis au feu" lors du crash car il est "totalement noirci", mais "son état général laisse raisonnablement espérer une possibilité d'exploitation". Les données des boites noires sont en effet protégées par une enceinte blindée qui les préserve d'expositions à de très fortes températures (1 heure à 1.100°C).

  • Que peut apporter l'analyse de cette seconde boite noire ?

Selon Brice Robin, les éléments qu'elle contient "seront indispensables à la manifestation de la vérité".

C'est un complément pour nous indispensable à la compréhension de ce qui s'est passé notamment dans les dernières minutes de ce vol"


a-t-il dit. Cette deuxième boite noire "donnera tous les éléments concernant le vol par lui-même depuis le départ de Barcelone jusqu'au crash, notamment l'action des pilotes", selon le procureur. Elle permettra de "constater qu'à partir d'un certain moment, il n'y a plus qu'un seul pilote qui agit au sein de la cabine de pilotage".

Pour François Grangier, pilote de ligne et expert enquêtes accidents agréé par la cour de Cassation, son analyse "va permettre de connaître les actions du pilote jusqu'au dernier moment et comparer avec l'enregistreur des voix dans le cockpit." Dans le cas de la Germanwings, elle va permettre de "déterminer s'il y a action du copilote avant le crash, ce qui validera la thèse de la précipitation volontaire de l'appareil contre le sol", selon lui.

S'il n'y avait aucune action enregistrée de la part du copilote sur cette seconde boîte noire, et même si l'on entend sa respiration sur celle contenant les enregistrements dans le cockpit, cela pourrait vouloir dire qu'il était inconscient"


note-t-il.

  • Son décryptage peut-il apporter des éléments nouveaux ?

L'analyse de cette seconde boîte noire permettra de savoir précisément à quel moment l'avion a entamé sa descente, si celle-ci a été le résultat d'une action
volontaire ou s'il y a eu un incident technique, poursuit François Grangier. Ainsi, "l'étude des paramètres durant la totalité du vol permettra d'écarter l'hypothèse ou l'existence d'une panne ou d'un dysfonctionnement de l'appareil". Dans le cas contraire, "il faudrait alors déterminer ce qui a mis l'avion en descente, s'il y avait une panne secondaire qui nécessitait la mise de l'avion en descente etc...", estime-t-il. Car "en aéronautique, on ne valide pas une thèse contre une autre mais on élimine tout autre thèse jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une", explique l'expert.

Nous pourrons donc, avec l'analyse de cette seconde boîte noire, éliminer de manière définitive la thèse de la perte de conscience du copilote".


  • Combien faut-il de temps pour décrypter cette boîte noire ?

Cette opération est assez rapide, quelques heures. Elle est effectuée par le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), en charge de l'enquête technique. Selon Brice Robin, le FDR sera envoyé dès ce jeudi soir à Roissy pour analyse par les experts du BEA.