Parce qu'il a des seins comme une femme, on lui refuse son allocation d'handicapé à Digne-les-Bains

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Naturellement doté d'une poitrine depuis l'adolescence, Michaël Roux souffre d'un handicap. Lorsqu'il demande une allocation pour personne handicapée à Digne-les-Bains, on lui refuse, car il a une "présentation très féminisée". Et c'est parti pour une série de procès.

"On n'appelle pas ça une pathologie mais une déformation", dit Michaël Roux, "les seins apparaissent à l'adolescence, j'ai décidé de ne pas me faire opérer." Il est tout mince, avec une poitrine de la taille d'un 90 B.  Cette caractéristique s'appelle la gynécomastie, elle est bénigne. 

Cet homme souffre d'une maladie bien plus douloureuse depuis sa naissance, la spondylarthrite ankylosante. A terme, cette maladie rhumatismale devrait le paralyser. En 2018, il prend donc rendez-vous à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) à Digne-les-Bains. Il fait une demande l'allocation pour handicapé qui s'élève à 800 euros par mois.

La visite se déroule normalement, selon lui, mais la réponse est négative. Le motif : Michaël Roux a "une présentation très féminisée".

Nous retrouvons effectivement ce terme dans un document rédigé par la MDPH :

Très choqué, Mickaël Roux fait appel à la MDPH par lettre recommandée, son allocation est à nouveau refusée. Il formule un recours au tribunal de grande instance de Digne-les-Bains. Et gagne. 

Nous avons contacté la MDPH par téléphone, la directrice nous a dit qu'elle ne se prononcerait pas sur ce dossier.

Le parcours de Mickaël Roux 

Mickaël Roux a bientôt 50 ans. Ancien photographe professionnel, puis restaurateur, il a exercé plusieurs professions, dont croque-mort... Il a une femme et une fille. Sa poitrine surprend souvent ceux qui le croisent, surtout à la plage, mais elle ne lui a jamais attiré d'ennuis. Parfois, on lui demande en souriant si on doit l'appeler Monsieur ou Madame... Très mal à l'aise quand il était jeune, il ne l'est plus maintenant.

Ce qui est bien plus difficile, c'est ce rejet de la part d'un organisme qui s'occupe d'handicapés "C'est révoltant, je l'ai très mal vécu, ça n'est pas logique, ni cohérent moralement"  Le procès a duré 2 ans et demi. Pendant ce temps, il n'avait presque plus de revenus, sa famille s'est surendettée.

Il porte alors plainte en septembre dernier pour discrimination, "A ce moment-là, au commissariat, j'ai été très touché par l'écoute des policiers, par leur tolérance."

Passionné par le droit depuis quelques années, il a décidé de se défendre seul, comme lors de son premier procès.