Alpes-Maritimes. Victime d’un arrêt cardiaque, il est sauvé par un pompier venu faire ses courses: "Je vous dois la vie"

Un homme, victime d'un arrêt cardiaque en faisant ses courses dans un supermarché a été sauvé par un client. Une chance, c'était un pompier. Il lui a sauvé la vie en pratiquant un massage d'urgence jusqu'à l'arrivée les secours. Trop peu de Français sont à ce jour formés aux gestes qui sauvent.

Tout est parti d’une "chose complètement banale". Frédérique se remémore ce 10 mars 2019 où sa vie a failli basculer : "mon mari est parti faire des courses."

Ce dimanche matin, Jean-Philippe est au supermarché de Roquefort-les-Pins avec son fils William, quand il fait un arrêt cardiaque.

"Mon mari est tombé de manière brutale, il s’est éclaté la tête par terre," raconte Frédérique, qui était restée au domicile avec leur deuxième fils Nicolas, 17 ans.

William, était alors élève de 5e. Il n'a rien oublié de la scène.

"J’ai laissé mon père au rayon viande pour aller chercher des biscuits dans le rayon d’à côté. Quand je reviens, je vois mon père à terre les bras écartés, les yeux blancs avec quelqu’un sur lui en train de le masser."

Un massage d'urgence en attendant les secours

Cette personne, c'est Michaël Delfino, également venu faire des courses. Lorsqu'il entend crier "Appelez les pompiers! Appelez les pompiers, il s’est blessé !" , le pompier de profession se précipite pour aider.

"J’ai laissé mon fils (NDLR: âgé de 3 ans et demi) à la chef-caisse, j’ai attaqué le massage cardiaque en complétant l’alerte qui avait été donnée au centre de secours."

Il agit promptement et établit un périmètre de sécurité. Du fait de la rapidité de la prise en charge et malgré le sang qui s'écoule abondamment de son crâne, Jean-Philippe finit par reprendre connaissance.

Michaël explique avec une pointe d'émotion: "ça a permis de relancer la machine. Quand il est reparti avec les secours, il parlait... J‘ai été content de voir le monsieur pouvoir me parler. "

Une dizaine de jours plus tard, l'infortuné et le sauveur se rappellent au téléphone."Quand il m'a recontacté, il m'a expliqué que les professionnels de santé qu'il avait vus avaient dit que je lui avais sauvé la vie."

Le pompier dresse un bilan positif de ce malheureux incident. "En toute sincérité, je l’ai bien vécu. Et ça été une très grande satisfaction de le voir ne pas avoir de séquelles."

"Je me rappelle exactement ses mots: Je vous dois la vie."

Un acte héroïque pour lequel le jeune homme pourrait se laisser aller à fanfaronner. Mais Michaël reste humble. "C'est un acte citoyen."

Une attaque soudaine imprévisible

Même si son père n'était "pas totalement concentré", William ne se rappelle rien qui l'ait alarmé.

"Les semaines précédentes, mon père se plaignait de douleurs à la poitrine. Il avait fait un électrocardiogramme la veille, mais les médecins lui disaient que c’était dû au stress."

Jean-Philippe a pu fêter l'anniversaire de son fils deux semaines plus tard. Son histoire se termine bien, mais cela ne doit pas faire oublier que trop souvent ce n'est pas le cas.

7 fois sur 10, ces arrêts cardiaques surviennent devant témoins et seulement 40 % entreprennent les premiers secours.

Le taux de survie à un arrêt cardiaque en France ne dépasse pas 8%. 

"Ce que je voudrais souligner, c'est que oui j’étais pompier et il a eu de la chance, mais un citoyen formé aux gestes de premiers secours aurait pu faire les mêmes gestes et avoir les mêmes résultats," souligne Michaël Delfino.

Il concède qu'il y a eu "un gain de temps indéniable". "C’était pas facile, il y avait pas mal de sang au niveau de sa tête. Mais si quelqu'un avait eu le courage et la formation suffisante il aurait pû" lui venir en aide.

"Avec l’adrénaline, on peut y arriver," assure-t-il.

La France très en retard sur ses voisins

La formation suffisante... Mais seulement un Français sur cinq est formé aux gestes de premier secours selon le ministère de la Santé. Un chiffre très bas comparé à nos voisins européens. En Allemagne, en Autriche, au Danemark ou en Norvège, 80% de la population sont en possession d’un diplôme de secourisme.

La raison d'une telle différence ? L'existence de lois rendant obligatoire cette formation lors du permis de conduire ou dans le cadre scolaire.

Michaël Delfino encourage tout ceux qui hésitent à aller se former. Mais pour lui, "il ne faut pas obliger les gens".

"On est pas tous faits pour ça. Là, on parle de vie humaine. C’est très stressant. Et on est tous différents face à une situation de stress. Forcer quelqu'un, pardonnez-moi l'expression, c'est l'envoyer au casse-pipe."

Près de 50.000 décès par an en France

La loi du 3 juillet 2020 a créé le statut de "citoyen sauveteur". Dans cette vidéo, les pompiers des Alpes-Maritimes encouragent chacun à se former pour devenir un "sauveteur de proximité" géolocalisable avec l'application Staying Alive.  

Ils soulignent l'importance de ce "maillot fort" dans les chances de survie d'une victime en arrêt cardiaque. 

Il suffit d'une journée pour s'initier aux gestes qui sauvent. Faire un massage cardiaque avec un défibrillateur devient alors un jeu d'enfant. La formation est d'ailleurs accessible dès l'âge de 10 ans. Divers organismes organisent très régulièrement des sessions partout en France. 

Un massage d'urgence réalisé en attendant l'arrivée des secours augmente de 10% chaque minute les chances de survie de la victime. En France, on estime qu'entre 40.000 et 50.000 personnes décèdent chaque année d'un arrêt cardiaque. Un tiers des victimes a moins de 55 ans.

 

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