La route de déviation entre Golfe-Juan et Antibes pourrait rester inachevée en raison de la présence d'espèces protégées

Cette voie express avait pour vocation de désengorger les autres axes routiers entre Cannes et Antibes. Elle n'a toujours pas vu le moindre engin de chantier, sur le tracé de ses derniers kilomètres. La présence d'espèces végétales et animales protégées pourrait bien mettre un terme à ce projet.

En 1975, le premier projet de voie de "contournement" de la Nationale 7 entre Cannes et Antibes voit le jour. Les acquisitions foncières sont programmées, on l'appellera la RN7 bis. Mais pendant près d'un demi-siècle, les concertations, les études et les enquêtes publiques s'enchaînent. Et aujourd'hui, même si une partie est effectivement construite, la réalisation de la dernière portion devient de plus en plus incertaine, car elle fait l'objet d'un enjeu environnemental très important.

Le bitume s'arrête là où la biodiversité commence

Cette portion de route se situe à flanc de colline, entre la commune de Vallauris Golfe-Juan et celle d'Antibes. De manière plus précise, entre le rond-point Massier et le rond-point des Eucalyptus. Presque 3 kilomètres de terrain naturel.

En 2022, le Département commence les travaux mais, doit les arrêter immédiatement. Un collectif d'associations vient de déposer plainte : le Département n'a pas d'autorisation environnementale. Sans cette dernière, pas de travaux posibles. C'est la loi. Le Département se voit donc contraint de réaliser une étude dite quatre saisons, à partir de juin 2022. Cette étude a pour but d'identifier toutes les espèces de la faune et de la flore présentes durant toute une année : les insectes et les oiseaux, les amphibiens et les reptiles, ainsi que les mammifères terrestres. Il faut également recenser les chauves-souris, les mollusques, les crustacés et les éventuels poissons. Surprenant, mais le terrain est traversé par un cours d'eau.

Attention : la consoude bulbeuse est là

Si cet inventaire à la Prévert peut faire sourire, il est surtout susceptible de révéler la présence d'espèces protégées, et donc de devenir crucial pour la réalisation du projet routier. Selon nos informations, plusieurs espèces protégées ont été identifiées. Parmi elles : la cousoude bubeuse dont le nom scientifique est symphytum bulbosum.

Le SMIAGE (syndicat mixte inondations aménagement et gestion de l'eau) informe que la cousoude bulbeuse fait partie de la liste rouge des espèces végétales en région PACA.  "Elle a fortement régressé depuis trois décennies en raison des aménagements, de l’urbanisation et du remblaiement des zones humides". Un plan régional d’actions en sa faveur a été finalisé en décembre 2019. Il comprend le maintien des populations, la restauration ou la préservation de son habitat ainsi que l'amélioration de sa prise en compte dans les projets d’aménagement. Comme celui de la RN7 bis.

Pour gagner 5 minutes en voiture, on va détruire un écosystème qui a mis plusieurs décennies à se développer !

Emmanuelle Cantoni, présidente de Pactes à Vallauris Golfe-Juan

Le collectif Déviation 06 a souhaité consulter cette étude départementale : "c'est un document public et communicable à tous citoyens sur demande". Pour l'instant, toutes les demandes sont restées sans réponse.

Un écosystème de 7 hectares 

En avril 2022, le collectif avait diligenté une étude auprès d'un expert indépendant, ornithologue, herpétologue (spécialiste des reptiles) et statisticien. Au total, 39 espèces ont été comptabilisées. Des Chardonneret élégants, des chevêches d’Athéna, les derniers hivernants, les Pouillot véloces et des migrateurs de passage, comme la Bergeronnette printanière, etc. Mais un problème de taille apparaît : 25 espèces sont protégées. Celle qui a le plus fort enjeu en région PACA : le Serin cini (Serinus serinus) Dans son rapport, Nicolas Bastide, précise avoir identifié 5 individus sur la zone. "L’espèce est certainement nicheuse sur le site ", car l'oiseau apprécie "les habitats semi-ouverts avec quelques arbres épars, dans lesquels il construit son nid".

Depuis près de 20 ans, le Serin cini subit un déclin de près de 50%, notamment à cause de la perte d’habitats.

Nicolas Bastide, ornithologue expert indépendant

Un olivier qui n'amène pas la paix 

Les procédures se succèdent, le temps passe et parfois le ressentiment grandit. Au début de l'année, Théobaldo Alcarini, président et trésorier de l'association locale Pactes décède. Dans un récent communiqué, le collectif Déviation 06 explique qu'un hommage a été rendu à ce "fervent militant contre ce projet routier public de la déviation", "en plantant un olivier sur le terrain" le jour même de ses obsèques. "C’était un symbole fort de son engagement comme un dernier acte de résistance."

Mais cet arbre, pourtant symbole de la paix, a été planté sur un terrain départemental. Dans un courrier datant du 13 mars 2024, la direction générale des services départementaux présente ses condoléances, en souhaitant que "le décès d'un proche soit le motif d'un conflit". Mais elle précise également que "récemment, le terrain départemental destiné à porter la future route urbaine a subi une violation de propriété : un olivier a été planté sans autorisation ainsi qu'un panneau".

Je souhaiterais vous le (collectif anti déviation) confier, car c'est un végétal respectable qui, placé dans un autre lieu que la propriété départementale, mérite de prospérer.

Direction générale des services départementaux

Le collectif Déviation 06 a été rejoint récemment par le comité local des Soulèvements de la Terre et celui de l'associaiton Nous voulons des coquelicots.  Ce collectif a déposé un recours de plein contentieux devant le Tribunal administratif contre les préfet des Alpes-Maritimes, pour ne pas avoir mis en demeure le Département de respecter la loi, c'est-à-dire de réaliser une évaluation environnementale préalable. 

C’est uniquement notre action qui a donc permis d’arrêter les travaux et a obligé le Département à respecter la loi.

Emmanuelle Cantoni, présidente de Pactes à Vallauris Golfe-Juan

Depuis le 1er mars 2017, la plupart des demandes de dérogations "espèces protégées" pour des projets d’aménagement sont incluses dans une demande unique d’autorisation environnementale. En dehors de l'autorisation environnementale, et dans le cas exceptionnel où la dérogation concerne l’une des 38 espèces de vertébrés protégées menacées d’extinction en France listées dans l’arrêté du 9 juillet 1999 modifié, la décision sera prise par le Ministre en charge de l’environnement.

Nature ou voiture ? L'avenir de ce petit bout de verdure est toujours en suspens.

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