L'ancienne sous-préfète de Grasse condamnée à trois ans de prison ferme en appel

Dominique-Claire Mallemanche l'ancienne sous-préfète de Grasse
Dominique-Claire Mallemanche l'ancienne sous-préfète de Grasse

Dominique-Claire Testart (ex-Mallemanche), 60 ans, a été condamnée à trois ans de prison ferme. La cour d'appel d'Aix-en-Provence a confirmé la condamnation ce mercredi. 

Par AFP

Dominique-Claire Testart-Mallemanche, 60 ans, s'est également vue définitivement interdire tout emploi ou fonction publics. Elle était absente à l'énoncé de la décision, mais son avocat a annoncé un pourvoi en cassation, ce qui lui évite dans l'immédiat l'incarcération.

La cour d'appel a confirmé la condamnation prononcée le 8 décembre 2016 par le tribunal correctionnel de Nice contre l'ex-sous-préfète, nommée préfète de la Creuse en 2013 juste avant le début de cette affaire.

"Les faits apparaissent d'autant plus graves qu'ils mettent en péril l'image même de l'État, au travers de l'un de ses corps les plus éminents, le corps préfectoral", écrivent les juges dans leur arrêt que l'AFP a consulté.
Ils estiment que la "protection de la société, la restauration de l'équilibre social imposent de sanctionner Dominique Claire Testart-Mallemanche de peines significatives".

"Ce procès était sacrificiel et la peine exemplaire. On juge plus aujourd'hui la morale que le droit" estime son défenseur, Me Jean-Claude Guidicelli.


Pour les juges, la sous-préfète et son mari Jean-Jacques Mallemanche avaient passé un pacte de corruption avec Marcel Gélabert - décédé le 1er mars 2017 -, propriétaire du Mas d'Artigny à La Colle sur Loup (Alpes-Maritimes), un hôtel restaurant de grand luxe, aujourd'hui fermé.

Mme Testart-Mallemanche était intervenue pour accélérer la création d'une piste Défense de la forêt contre les incendies, ce qui avait pour conséquence indirecte de donner des droits à construire supplémentaires à M. Gélabert, l'un de ses amis. Celui-ci comptait ainsi revendre le Mas d'Artigny avec une plus-value de plusieurs millions d'euros.


"Personne complaisante"


Une commission de 200.000 euros devait être versée via une société londonienne à Jean-Jacques Mallemanche qui se présentait comme un intermédiaire dans la vente.

La cour d'appel a aggravé la peine de celui-ci, le condamnant à dix-huit mois de prison qui seront purgés sous bracelet électronique, à 5.000 euros d'amende et à une interdiction de gérer une entreprise.
Un faux facturier, Pierre Amancic, auteur de l'habillage de la facture de 200.000 euros via sa société installée à Londres,  a été condamné à un an de prison et la cour d'appel a décerné un mandat d'arrêt contre ce résident monégasque.

Dans leur décision, les juges observent que  Mme Testard-Mallemanche a "dévoyé les devoirs de sa charge en donnant à ses interlocuteurs l'image d'une personne complaisante, ce dont certains se sont évidemment servis, et jusqu'à gérer pour de l'argent - au prix d'un montage off-shore - un dossier d'aménagement public au profit d'un homme d'affaires déjà condamné pour corruption chez lequel elle avait table ouverte".

Cadeaux et largesses


Mme Testart-Mallemanche était également jugée pour avoir reçu des cadeaux et bénéficié des largesses de chefs d'entreprises de son arrondissement. Joseph Garelli, à la tête d'une des plus importantes entreprises de BTP des Alpes-Maritimes, avait ainsi réglé la note du fils de la sous-préfète dans une boîte de nuit en marge du festival de Cannes, d'un montant de 1.628 euros.

Comme d'autres acteurs économiques, il avait également contribué au cadeau d'anniversaire de Mme Testart-Mallemanche, un violon d'une valeur de 7.900 euros. M. Garelli a également vu sa peine aggravée : deux ans de prison dont un an avec sursis, condamnation qui sera exécutée sous bracelet électronique, et une amende de 50.000 euros.

Selon son défenseur Me Jean-Claude Guidicelli, l'ex-sous préfète formera un pourvoi en cassation, ce qui suspend la mise à exécution de sa peine. Il explique à France 3 Côte d'Azur : "Ce procès était sacrificiel et la peine exemplaire. On juge plus aujourd'hui la morale que le droit."
"Formée dans l'un des plus prestigieuses de nos grandes écoles (l'ENA, ndlr), aux frais de la République", notent les juges, Mme Testart-Mallmanche avait réintégré la fonction publique en 2008. Elle l'avait quittée en 1990 pour travailler dans le privé, notamment à Singapour et pour le compte de Thales International.



Retour sur l'affaire de la sous-préfète de Grasse
Auteur: Hugues Nicolas

 

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