Affaire Picasso : si c'était à refaire ? “Je referais pareil”, assure Pierre Le Guennec

L'ex-électricien de Pablo Picasso est ses avocats : Eric Dupond-Moretti (à droite) et Antoine Vey . / © ROMAIN LAFABREGUE / AFP
L'ex-électricien de Pablo Picasso est ses avocats : Eric Dupond-Moretti (à droite) et Antoine Vey . / © ROMAIN LAFABREGUE / AFP

L'ex-électricien de Pablo Picasso et son épouse ont soutenu ce mardi 24 septembre devant la cour d'appel de Lyon que les 271 oeuvres de l'artiste étaient "un magnifique cadeau" de la veuve de l'artiste. Deux ans de prison ont été demandés. La cour doit se prononcer le 19 novembre.

Par Anne Le Hars

Qualifiant leur version de "suspecte", l'avocat général Philippe de Monjour a  réclamé à la cour de confirmer la condamnation à deux ans de prison avec sursis des deux prévenus.

Les époux Le Guennec avaient connaissance de l'origine délictueuse des oeuvres, ils n'en parlent même pas à leurs propres enfants", a estimé le magistrat.

Si c'était à refaire ? "Je referais pareil", a assuré Pierre Le Guennec, ancien artisan, 80 ans, tout dévoué à "Madame", comme il appelle Jacqueline, la dernière épouse de Picasso. Le couple comparaît devant la cour d'appel de Lyon, Madame Le Guennec se déplace en fauteuil roulant, poussée par le célèbre avocat Eric Dupont-Moretti. Il a résumé ce procès à une "affaire de lutte des classes", un cadeau "qui dérange" car il n'est pas concevable de faire un tel cadeau à des gens modestes : 

L'ordre économique et social ne veut pas que des petits ouvriers aient touché un tel cadeau, ça dérange. (...) Ils sont restés quarante ans avec ces oeuvres sans les vendre, c'est bien qu'ils n'en estimaient pas leur valeur. 

Eric Dupond-Moretti estime que le dossier est vide, qu'il existe trop d'hypothèses différentes dans cette affaire. Il s'insurge également contre le fait de "faire parler les morts". En l'occurence, Jacqueline Picasso, "qui aurait dit, qui aurait donné ces oeuvres." 

Une version battue en brèche par l'avocat de la Paul Picasso, Me Bacqué de Sariac. Interrogé à la sortie du tribunal, il précise qu'un don d'une telle ampleur "est impossible" car "chaque don est lié à une relation particulière" :

Il paraît complètement insensé qu'elle (Jacqueline Picasso) ait pu remettre à qui que ce soit un cadeau d'une telle importance.
 

Jacqueline Picasso aurait donné des oeuvres qui ne lui appartenaient pas. Il y aurait eu "soustraction frauduleuse" selon Me Bacqué de Sariac qui retient la première hypothèse, celle d'un "auteur de vol inconnu" à ce jour. Pour Jean-Jacques Neuer, avocat de la Picasso Administration, il s'agirait aussi d'un "vol" :

Ce sont des oeuvres qui ne sont pas signées, qui n'ont pas été inventoriées (...) La nouvelle version des Le Guennec décrit un vol.
 

L'audience s'est terminée mardi 24 septembre vers 20h00. La cour d'appel de Lyon doit se prononcer le 19 novembre prochain. 
 

Retour sur l'affaire 


L'ex-électricien de Pablo Picasso et son épouse, condamnés à deux reprises pour le recel de 271 oeuvres de l'artiste entreposées durant 40 ans dans leur garage, comparaîtront ce mardi devant la cour d'appel de Lyon. Le couple Le Guennec avait obtenu en cassation l'annulation de leur condamnation.

Un électricien, sa femme et un génie de l'art. Ce n'est pas un titre de roman, mais presque d'une série télévisée. Médiatisée serait le mot juste. L'ex-électricien de Pablo Picasso et son épouse, condamnés à deux reprises pour le recel de 271 oeuvres de l'artiste entreposées comparaissent devant la justice, une nouvelle fois.

Pierre et Danielle Le Guennec avaient obtenu en cassation l'annulation de leur condamnation en appel de décembre 2016 à deux ans de prison avec sursis au motif que la cour d'appel d'Aix-en-Provence n'avaient pas démontré que les oeuvres "provenaient d'un vol". 
 

271 oeuvres, datées de 1900 à 1932


Après avoir soutenu, lors du procès en première instance devant le tribunal de Grasse  dans les Alpes-Maritimes, que les 271 oeuvres, datées de 1900 à 1932, étaient un cadeau offert en 1971 ou 1972 par Pablo Picasso pour qui l'électricien avait travaillé entre 1970 et 1973, en remerciement de son dévouement, l'ex-électricien avait changé de version devant la cour d'appel.
Il avait alors affirmé qu'il s'agissait d'un don de sa veuve Jacqueline après la mort du maître, en 1973, "peut-être" pour les soustraire de l'inventaire de succession.

► Retour sur les archives de "l'affaire Picasso"

180 de ces oeuvres, des dessins, lithographies et collages non signés ni inventoriés au moment du décès du peintre, avaient refait surface lorsque M. Le Guennec s'était
présenté au fils de l'artiste, Claude Ruiz-Picasso afin de les faire authentifier, avec un carnet de 91 esquisses, le tout datant de 1900 à 1932.

Les héritiers avaient aussitôt porté "Avec les époux Le Guennec, c'est la farandole des mensonges, un mensonge chasse l'autre", a fustigé l'avocat de M. Ruiz-Picasso, Jean-Jacques Neuer.

Pour l'avocat du couple, Me Antoine Vey, les époux Le Guennec livrent une "version crédible et cohérente face aux cinq versions successives fournies par les parties civiles" sur les circonstances de l'acquisition de ces oeuvres par les prévenus. 
- Avec AFP

 

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