Roquefort-les-Pins : un mois après la contamination, les habitants ne peuvent toujours pas boire l'eau du robinet

Depuis le 25 juin, les habitants de Roquefort-les-Pins (Alpes-Maritimes) ont toujours l'interdiction de consommer l'eau du robinet suite à une contamination par le plomb et le nickel. La trop forte dureté et acidité de l'eau est à l'origine de cette pollution.
Une femme remplit un verre d'eau au robinet.
Une femme remplit un verre d'eau au robinet. © BOILEAU FRANCK/MAXPPP

Depuis le 25 juin 2021, les habitants de Roquefort-les-Pins ont l'interdiction formelle de consommer l'eau du robinet. En cause : des taux anormaux de nickel et de plomb ont été signalés dans l'eau des sources approvisionnant cette commune des Alpes-Maritimes de 7 000 habitants. Trois semaines de galère plus tard, au 15 juillet, l'interdiction persiste.

Les Roquefortois s'interrogent et critiquent une communication opaque de la part de Veolia, qui gère les réseaux en eau de la commune, de la Casa (communauté d'agglomération Sophia-Antipolis) et même de la mairie. "C'est le flou total !", s'agace Brigitte Baffour, résidente de Roquefort-les-Pins. "On n'a pas de retour de la mairie, les gens perdent confiance. On parle quand même de métaux lourds, ce n'est pas rien"

 

Des sources non polluées, mais une eau agressive

L'explication de cette contamination est arrivée sans faire grand bruit. Brigitte Baffour n'en a d'ailleurs pas entendu parler. Le 9 juillet dernier, Veolia publie un communiqué affirmant que, d'après ses analyses et celles de l'ARS, les sources alimentant Roquefort ne sont pas polluées et ne présentent pas de plomb et de nickel. Il en est néanmoins ressorti que l'eau qui circule est "agressive"

Elle n'est pas dangereuse à la consommation humaine, mais son acidité et sa dureté font qu'elle peut dissoudre le calcaire et le tartre présents dans les canalisations, la robinetterie, les soudures, etc. Elle provoque ainsi la corrosion des métaux présents dans ces équipements. Il suffit qu'ils contiennent du plomb et du nickel pour que ces métaux lourds soient transportés jusque dans les robinets. C'est ce qui est arrivé à Roquefort-les-Pins. 

Des actions d'urgence ont été mises en place pour régler ce problème d'eau agressive : purge des réseaux tronçon par tronçon pour vider l'eau, et son remplacement par une autre au "pH plus favorable et moins corrosif". Veolia ajoute : "Ces actions ont déjà produit des effets notables sur les analyses mais nécessitent du temps pour être pleinement efficaces jusqu’au retour à la normale". Déjà, au 7 juillet, "97 % des échantillons analysés en 1er jet sont conformes", assurait l'entreprise de gestion des eaux. A noter qu'en moyenne, quinze tests sont réalisés quotidiennement pour mesurer la qualité de l'eau. 

En outre, sur le long terme, il faudra rééquilibrer le pH de l'eau des sources approvisionnant en eau Roquefort-les-Pins dès son pompage. Ce traitement, couramment pratiqué dans plusieurs régions en France, est en cours d’instruction par l’Agence Régionale de Santé.

Communiqué de Veolia sur la situation de l'eau potable à Roquefort-les-Pins, daté du 9 juillet 2021 by France 3 Franche-Comté on Scribd

Les Roquefortois veulent des réponses

Désormais, il faut attendre. Mais le temps commence à se faire long pour les Roquefortois. Pour se désaltérer, ils doivent compter sur la distribution (gratuite) d'une bouteille d'eau de 1,5 litres par jour et par personne. "Il faut qu'on boive, mange, cuisine, se douche, fasse la vaisselle, et lave notre linge avec une seule bouteille. C'est impossible", grince Brigitte Baffour. Alors, elle a continué de se laver avec "l'eau polluée", et n'utilise la bouteille d'eau que pour faire les repas. "Très honnêtement, on achète des packs à côté", concède-t-elle, tout en regrettant devoir payer pour les bouteilles ainsi que pour l'eau courante. 

Elle tacle le système de distribution des bouteilles d'eau, dont les horaires "ne sont pas adaptés" pour les familles ou les travailleurs (8h-10h et 16h30-19h). De plus, "il n'y a aucune prise en charge des personnes âgées, en situation de handicap, ou qui ne peuvent pas se déplacer.  J'ai dû emmener mon voisin de 87 ans sur le parking de la mairie pour qu'il prenne sa bouteille d'eau et demie"

Concernant les autres usages (hygiène, vaisselle, jardinage etc.), Veolia recommande aux riverains de "laisser couler l’eau deux minutes avant de l’utiliser" (les premiers jets contiennent plus de métaux lourds). Pour l'heure, aucune date n'a été avancée quant à la fin de cette interdiction. "On ne peut même pas se rassurer avec ça", regrette Brigitte Baffour. 

Alors, les interrogations subsistent. Les habitants ont lancé une pétition en ligne, adressée à l'Agence régionale de santé, à la CASA, à Veolia, la Préfecture ainsi qu'au ministère de la Santé. Au 15 juillet 2021, elle a recueilli près de 1 700 signatures. Les Roquefortois exigent une"solution efficace et pérenne" ainsi que des "informations claires et transparentes". Un point les inquiète particulièrement :  des excès de plomb et de nickel avaient déjà été relevés ponctuellement dans les analyses du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine (bulletins disponibles sur le site du ministère de la Santé orobnat.sante.gouv.fr). 

Capture d'écran du bulletin du 08/03/2021 concernant la qualité des eaux destinées à la consommation humaine de Roquefort sur le site orobnat.sante.gouv.
Capture d'écran du bulletin du 08/03/2021 concernant la qualité des eaux destinées à la consommation humaine de Roquefort sur le site orobnat.sante.gouv.

Dans une liste de questions jointe avec la pétition, les habitants s'interrogent : "Que doivent faire les femmes enceintes qui ont bu cette eau contaminée depuis des mois ? Que doit-on surveiller chez les enfants qui ont bu cette eau contaminée depuis des mois, notamment les bébés dont les parents préparent les biberons à l'eau du robinet ?". Aucune annonce n'a été faite pour éclaircir ce sujet-là. "Finalement, ne rien dire créer une paranoïa", regrette Brigitte Baffour.

Sur son site internet, le ministère de la Santé rappelle que l’ingestion ou l’inhalation de plomb est toxique ; "elle provoque des troubles réversibles (anémie, troubles digestifs) ou irréversibles (atteinte du système nerveux, encéphalopathie et neuropathie)". Les femmes enceintes et les enfants sont particulièrement vulnérables. Quant au nickel, une étude de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) explique qu'une grande consommation de nickel peut entraîner des dommages sur les reins, des effets sur le système immunitaire et une mortalité néonatale. 

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