Abolition de la peine de mort : le jour où Christian Ranucci a été guillotiné aux Baumettes

Christian Ranucci a été guillotiné le 28 juillet 1976 à la prison des Baumettes à Marseille, cinq ans avant l'abolition de la peine de mort. Aimé Fauroux, 19 ans était alors jeune surveillant. Geneviève Donadini en avait 35 quand elle est tirée au sort pour être jurée.

Le 3 juin 1974, Marie-Dolores Rambla est enlevée devant chez elle, dans la cité Saint-Agnès à Marseille. Une heure plus tard, un conducteur brûle un stop à la sortie de Marseille et percute un autre véhicule avant de s’enfuir. Le 5 juin dans l'après-midi, Christian Ranucci est arrêté.

Après 18 heures d’interrogatoire, l'homme de 20 ans avoue l’enlèvement et le meurtre de la petite fille.

Geneviève Donadini avait 35 ans en mars 1976 quand elle a été tirée au sort pour être jurée au procès de Christian Ranucci.

"Le premier jour du procès, ça a été un choc", raconte-t-elle. Devant le palais de justice, "une foule compacte" de badauds crient "la mort, la mort, la mort !"

Dans la salle d'audience "archi-pleine", une "ambiance de vengeance, de haine". Elle a encore en tête les mots de l'avocat général qui requiert la peine de mort: "Ranucci que Dieu vous assiste, car vous êtes au-delà de la pitié des hommes".

Du délibéré dont elle est tenue au secret, elle ne dira rien. Le 10 mars 1976, Ranucci est condamné à mort "à la majorité de huit voix au moins".

Dehors, "la foule applaudissait. Sortir sous les +bravos+ parce que vous avez condamné un homme à mort, c'est dur", confesse Geneviève Donadini, aujourd'hui 81 ans.

"Et puis vous rentrez chez vous. J'ai pleuré tout le trajet de retour". En 1981 l'abolition de la peine de mort est "un grand bonheur", reconnaît-elle. "Plus personne n'aura à vivre ce que j'ai vécu (...) condamner quelqu'un à mort, c'est un traumatisme".

La suite "va très vite"

Aimé Fauroux est entré dans l'administration pénitentiaire en mars 1976, à la prison des Baumettes de Marseille. "J'avais 19 ans et demi".

Quand Christian Ranucci y a été exécuté quatre mois plus tard, il était au service de nuit. "On nous avait prévenu, on savait que ça se passerait vers 4h du matin".

Dans le long couloir entre la cellule du condamné et la cour intérieure où il sera exécuté, ils mettent "des couvertures partout au sol" pour étouffer le bruit des pas des magistrats et avocats qui viendront assister à l'exécution.

Le camion bâché de la guillotine était arrivé la veille.

"Il (le condamné) a 22 ans, deux ans de plus que moi à peine, il est en bonne santé et il va avoir la tête tranchée", se souvient d'avoir pensé Aimé Fauroux, aujourd'hui 65 ans.

"J'étais en poste à une fenêtre, exactement 2m50 au-dessus. Je me suis dit +je regarde, je regarde pas ?+ Et je suis resté scotché".

La suite "va très vite". "La tête tombe dans un panier", le corps est "balancé" dans un autre, le tuyau d'arrosage efface les traces de sang. "Les avocats étaient blancs comme neige". Les surveillants et les exécuteurs se retrouvent à la cantine, "pour un casse-croûte".

Avant "je ne savais pas trop si j'étais pour ou contre mais là... C'était barbare".

Si l’histoire n’a retenu que le nom de Christian Ranucci, il y a 44 ans, le couperet tombait pourtant une dernière fois en France. Condamné à mort, Hamida Djandoubi a été guillotiné le 10 septembre 1977, aux Baumettes. 

Le combat pour l'abolition de la peine de mort, dont on célèbrait samedi le 40e anniversaire en France, fut un chemin semé d'embûches. Pour parvenir à l'abolition, il faudra la volonté politique de François Mitterrand et la conviction inébranlable de son garde des Sceaux, l'avocat Robert Badinter, aujourd'hui âgé de 93 ans.

Jusqu'au 9 janvier, une exposition au Panthéon retrace son histoire inachevée, la peine capitale restant en vigueur dans une cinquantaine de pays.

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