Marseille : sévices corporels et viols, démantèlement d'un gang nigérian à la tête d'un réseau de proxénétisme

Dix personnes ont été interpellées dans le cadre du démantèlement d'un trafic de proxénétisme nigérian issu d'une cité des quartiers Nord, a indiqué vendredi le parquet de Marseille. Le gang, considéré comme "hyper violent", exploitait la détresse des migrants à des fins de prostitution. 

Marseille. Le Parc Corot, une cité des quartiers Nord, où sévissait un gang d’origine nigériane, impliqué dans des faits de proxénétisme aggravé.
Marseille. Le Parc Corot, une cité des quartiers Nord, où sévissait un gang d’origine nigériane, impliqué dans des faits de proxénétisme aggravé. © FTV
L'opération d'envergure s'est déroulée à l'heure du laitier, le 23 juin dernier, cité du Parc Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille.

150 fonctionnaires de police et police aux frontières ont été mobilisés dans cette vaste opération. Dix personnes ont été interpellées et huit ont été présentées au parquet de Marseille, a détaillé vendredi la procureure de la République à Marseille, Dominique Laurens. Quatre d'entre eux, ont été mis en examen et placés en détention provisoire en fin de journée vendredi.

Les prévenus sont poursuivis pour des faits de proxénétisme aggravés, violences avec armes et en réunion, de viols, association de malfaiteurs et d'aides au séjour irrégulier. Ils encourent vingt ans de réclusion.

"L'enquête a démarré suite à la plainte d'un couple en août 2019 dont la femme était forcée de se prostituer, des personnes en déperdition totale", explique le commissaire divisionnaire Pierre Leconte des Floris, de la Direction zonale de la police aux frontières (DZPAF).

Un système bien organisé, un clan très hiérarchisé

"Ils squattent des logements inoccupés de la cité Corot de Marseille (13ème) et y installent les nouveaux arrivants, les femmes sont ensuite contraintes à se prostituer à la Capelette (10ème) et à Plombière (3ème)", a précisé Patrice Olivier Morel procureur adjoint à Marseille.

"Il y a ces hommes et ces femmes qui fuient un pays où leurs vies sont en danger. Et leurs bourreaux en France, sont eux-mêmes des victimes au Nigéria pour la plupart", détaille Pierre Leconte des Floris.

"Ils font appel à des passeurs et utilisent les voies traditionnelles de l'immigration, le Nigeria, puis le Niger pour rallier la Libye".

C'est là où commence alors le périlleux trajet en mer entassés dans des embarcations de fortune. La prostitution est aussi le moyen de rembourser les frais engagés pour la traversée et payer les passeurs.

Leur but, arriver à Lampedusa et rejoindre l'Europe

L'an dernier, "la police aux frontières a interpellé 17 passeurs à la frontière italienne et 1 500 nigérians ont été arrêtés et reconduits, soit dans leur pays d'origine où à la frontière, s'ils avaient des demandes d'asile en cours en Allemagne et en Italie principalement", détaille le patron de la DZPAF.

Le commissaire précise qu'au-delà du proxénétisme, "c'est tout une organisation de trafic d'êtres humains qui est mise en place, avec le procédé du "look like" qui consiste à utiliser des papiers d'identité prêtés ou volés, très souvent des demandes d'asile, pour faire entrer sur le territoire les migrants qui seront ensuite exploités par les réseaux en place".

Des gangs hyper violents

Ces gangs d’origine nigériane seraient installés principalement dans trois grandes villes, à Paris, Marseille et Lyon.

Mais c'est surtout leur violence, qui frappe les autorités. "Ce sont des gangs hyper violents, dont les chefs de réseaux ont recours aux sévices corporels et au viol pour contraindre les jeunes femmes à se prostituer", a indiqué la procureure de la République à Marseille, Dominique Laurens.

"Cela débouche sur de violents affrontements pour obtenir le statut de chef et une guerre farouche pour l'appropriation de profits générés par cette prostitution", a précisé Dominique Laurens.

En avril 2018, une longue enquête avait permis le démantèlement d'un réseau. "Mais c'était un réseau moins violent et organisé différemment. C'était celui des "mammas", des femmes qui se prostituaient puis ensuite forçaient d'autres femmes à se prostituer et devenaient maquerelles sur fond de rites vaudou traditionnels", rappelle le patron de la PJ, Eric Arella.

"Ces gangs ultra-violents, existent déjà au Nigeria, sur le modèle des Maras en Amérique Latine, et en venant en France, ils mettent en place ce qui existe déjà au Nigéria". De quoi très largement inquiéter les autorités françaises.
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