Marseille : présentoirs vides, les marchands de journaux victimes de la crise d'un diffuseur de presse

Plus aucun quotidien national n'est en vente sur les présentoirs des kiosquiers et marchands de journaux dans les Bouches-du-Rhône. La profession est une victime colatérale de la crise du diffuseur Presstalis. Elle pousse un cri d'urgence pour ne pas sombrer.

Peu de revues sur les présentoirs des magasins de presse.
Peu de revues sur les présentoirs des magasins de presse. © Photo R.B

Les trois quarts de leurs présentoirs sont vides. Et leur moral est au plus bas. Les marchands de journaux et kiosquiers de Marseille et d'une partie du Sud-Est vivent une crise sans précédent. Depuis le 11 mai dernier, ils ne reçoivent plus aucun quotidien national. Ni magazines nationaux.

Cela représente jusqu'à 90 % de perte de leur chiffre d'affaires presse. "Une catastrophe", "un désastre", crient les principaux intéressés.

Et ils le crient d'autant plus fort qu'il leur semble n'être "entendus par personne". Comme si la gravité de la situation était invisible à tous.

Une seule offre, "sans gage de reprise"

Leur diffuseur, la société d'agences et de diffusion (SAD) de Marseille, filiale du groupe Presstalis, a été liquidée sans poursuite d'activités le 15 mai dernier. Et 134 personnes ont perdu leur emploi. Comme dans toutes les SAD de France.

Certaines SAD d'autres régions, ont laissé place à de nouvelles sociétés qui ont repris la distribution de la presse.

Mais à Marseille, le site est occupé depuis près d'un mois par les anciens employés. Soutenus par la CGT, ils proposent un plan de reprise, via une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) détenue par le personnel, les usagers et les éditeurs.

C'est la seule offre à ce jour, rendue publique vendredi dernier. Mais elle ne rassure pas pour autant les marchands de journaux et kiosquiers.

"Après réflexion, on se rend compte que c’est une déclaration d’intention", explique Christian Andrieux le responsable Paca de Culture Presse, l'organe de la profession.

"Ils veulent bien faire une SCIC mais pour l’instant, personne ne les accompagne. Il n’y a pas de financement, pas d’éditeur, pas de collectivité territoriale. Pour nous, ce n’est pas un gage de reprise rapide de livraison".

En attendant, de Marseille à Toulon, en passant par Avignon, les magazines et journaux nationaux restent introuvables en boutique.

J'ai perdu des milliers d'euros.

Pour de nombreux boutiques de presse, il s'agit d'une double peine. Durant la dure période du confinement, 92% d'entre elles sont restées ouvertes, ne fonctionnant qu'à moitié de leur chiffre d'affaires.

La crise de Presstalis en sortie de confinement, les impacte durement.

"Personnellement j’étais présent pendant le Covid pour garder un lien social avec les gens, leur permettre d’avoir les informations", raconte Richard Benvenuto, propriétaire d'un magasin de presse à la Ciotat.

"Il me semble que la presse est un peu d’intérêt public. Et à la sortie du confinement, on a eu droit à ça. J'ai perdu des milliers d'euros".

Ses étagères sont vides. D'habitude ses 300 mètres linéaires de quotidiens, revues et magazines permettent de satisfaire une clientèle hétéroclite.

"Notre fonction, c’est participer à la diffusion de l’information et de la culture", poursuit le Ciotadien.

"La personne qui vient chez moi et qui veut des informations sur le train des années soixante, elle va les trouver. Celle qui veut tricoter au point de croix aussi. Tout autant que l' Américain qui a besoin de son journal. Tout cela fait partie de la culture".

J'en veux au ministère de la Culture.

Richard Benvenuto est déçu de l'attitude des pouvoirs publics, et particulièrement des représentants de la culture.

"J’en veux au ministère de la Culture qui n’a pas prévu une solution alternative pour deux régions comme Marseille et Lyon. Depuis un mois, c'est silence radio total. Nous n'avons aucune information".

Richard Benvenuto, marchand de journaux
Richard Benvenuto, marchand de journaux © Photo RB

Les clients posent des questions.

"C'est très compliqué, et très frustrant de répondre non à un client", raconte de son côté François Poma, propriétaire de deux magasins de journaux à Marseille. "Ils posent des questions. Ils ne comprennent pas".

Au bilan, les acheteurs se sont tournés vers les abonnements à leurs journaux ou magazines. Une grave perte pour les magasins de presse.

"Ces clients-là, on ne les reverra plus pendant au moins un an, le temps minimal de l'abonnement", rajoute François Poma. "D'ici là, on aura disparu de la circulation !"

Mauvaise cerise sur le gâteau, la société Presstalis n'a pas récupéré les invendus qui s'accumulent dans les arrières-boutiques. Et n'a donc pas crédité les magasins. Encore une rentrée d'argent en moins.

Nous sommes en train de mourir petit à petit.

Pour Christian Andrieux, de Culture Presse, la situation devient urgente.

"Nous sommes en train de mourir petit à petit, et sommes otages d’un conflit entre Presstalis et ses employés", déclare Christian Andrieux de Culture Presse.

"Nous demandons simplement de faire notre travail, c'est-à-dire de vendre les journaux et revues".

En attendant, Prisma Media, le premier éditeur de presse tente d'organiser des livraisons.autour de Marseille. Une solution exceptionnelle pour une situation exceptionnelle.

Presstalis diffuse 80 % de la presse nationale. Sont concernés tous les quotidiens nationaux (Le Figaro, Le Monde, Libération) et les titres leaders des revues et magazines comme Paris-Match, Télé Loisirs, Femmes Actuelles.

Le reste est distribué par les Messageries lyonnaises de presse (MLP) qui tentent de s'organiser aussi.

Si les SAD ont fermé, la société mère Presstalis elle, est en redressement judiciaire avec une période d’observation de deux mois. Un projet de fusion devrait voir le jour en remplacement et donner naissance à une nouvelle société de distribution.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie mouvement social social