Mémoire : disparition de Rose-Marie Commentale, partie civile au procès d'un des derniers gardiens de camp de concentration

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Écrit par Pauline Guigou

Rose-Marie Commentale est décédée dimanche à l’âge de 93 ans. Elle a porté jusqu’au bout une action juridique contre un ancien gardien de camp de concentration allemand. À l’occasion de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, retour sur le combat de sa vie.

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Elle n’entendra pas le délibéré. Rose-Marie Commentale est décédée dimanche 17 avril. Depuis des mois, elle s’était portée partie civil au procès de Joseph Schütz, cet ex-gardien SS du camp de concentration de Sachsenhausen.

Ce dernier est poursuivi pour complicité dans le meurtre de 3518 personnes.

Il y a un peu plus d’un mois, Rose-Marie avait même trouvé la force de témoigner, en visioconférence. Elle souhaitait plus que tout comprendre comment son papa, Francesco Commentale, est mort.

Le 24 janvier 1943, Rose-Marie a treize ans, lorsque la police entre à son domicile du quartier Saint-Jean à Marseille. Elle est emmenée avec ses parents et ses cinq frères et sœurs à la gare de Fréjus.

C’est de là que son papa Francesco sera déporté, direction le camp de concentration de Sachsenhausen.

C’est la Rafle du Vieux-Port : entre le 22 et 24 janvier 1943, 20.000 Marseillais sont évacués. 12.000 transférés à Fréjus. 800 sont déportés en Allemagne.

À la libération, la famille Commentale espère le retour de Francesco. En vain. Il est mort à Sachsenhausen le 30 juin 1944, à 59 ans. Pas de traces de ses conditions d’internement ni de l’endroit où il aurait pu être enterré. Le deuil impossible.

C'est pourquoi elle avait décidé de se porter partie civile, au procès du caporal-chef SS Josef Schütz. L'audience se déroule devant un tribunal proche de Berlin depuis octobre dernier.

"Elle a porté la parole des victimes de la rafle du Vieux-Port jusqu'en Allemagne"

Au soir de sa vie, Rose-Marie avait même trouvé la force de témoigner, en visioconférence, le 11 mars dernier. Honorer la mémoire de son père, et comprendre ce qu'il s'est passé. Tel a été le combat de sa vie.

Un combat que salue Pascal Luongo, son avocat : "elle a porté la parole des victimes de la rafle du Vieux-Port jusqu'en Allemagne. Elle a été notre meilleure ambassadrice".

Une histoire de complicité entre les allemands et les autorités françaises pour conduire à la mort quasi certaine près de 800 marseillais, et à l'évacuation de près de 20.000 personnes au camp de Fréjus. Une histoire marseillaise, que le tribunal de Brandebourg ne connaissait pas. 

L'avocat parle du "courage et de la gouaille" de celle qui a eu la vie bouleversée par la rafle, et la mort de son père. "Rose-Marie a raconté au tribunal, comment elle a tenu la dernière fois la main de son père. Comment elle a eu toute sa vie, la sensation de lui tenir la main", dit-il avec émotion. 

Rose-Marie n'aura pas pu entendre le verdict. Et Joseph Schütz, du haut de ses 101 ans, ne sera pas condamné pour la mort de Francesco, suite au décès de la plaignante. Mais il reste les autres victimes. Elles sont plus de 3500. 

La décision est attendue mi-mai.