Plus de 5.000 chats errants à Marseille, comment en est-on arrivé là ?

Les chats errants prolifèrent à Marseille. Ils seraient plus de 5.000. Abandonnés ou nés dans la rue, ils ne cessent d'augmenter malgré les campagnes de stérilisation. Comment en est-on arrivé là ? 

 

© Dylan Meiffret /MAxPPP

Le chat est l'animal domestique le plus populaire en France. Dans les maisons, ils seraient près de 12 millions (dont seulement 20 % pucés), mais combien vivent dans la rue ? 8 à 10 millions. Ce sont des estimations.

À Marseille, la SPA, qui a repris en 2020 le marché de la stérilisation des chats errants, les évaluait déjà entre 3.000 et 5.000 il y a trois ans. Ils seraient selon elle plus de 5.000 aujourd'hui. Comment expliquer une telle prolifération ?

On sait qu'une chatte peut donner trois à quatre portées en une année. La croissance de la population féline est exponentielle, comme l'illustre cette infographie de 30 Millions d'Amis.

Beaucoup des chatons qui naissent dans la rue n'atteindront jamais l'âge adulte. 75 % meurent avant d'avoir 6 mois. Malgré tout, les chats errants sont de plus en plus nombreux. Dans les quartiers, où ils ne sont pas régulièrement stérilisés, la population est vite hors de contrôle.

À titre d'exemple, dans le cimetière Saint-Pierre de Marseille, elle est ainsi passée de 100 individus en 2017 à quelques 350 actuellement selon la SPA.

© 30 Millions d'Amis

Selon l'article L211-21 du code rural, la mairie doit lutter contre la divagation animale sur son territoire. Elle doit disposer d'une fourrière où garder les chats saisis. Elle peut aussi procéder à la capture des chats non tatoués et non pucés, les faire stériliser puis les replacer dans leur zone d’habitat.

Pour cela, la mairie de Marseille passe des contrats avec des associations. Xavier Bonnard regrette que le budget alloué à la stérilisation se soit réduit comme peau de chagrin. Il est passé de 320.000 à 90.000 euros il y a quatre ans. C'est ce qui a poussé la SPA à refuser le marché. Elle vient à nouveau de resigner pour 4 ans avec une enveloppe de 180.000 euros.

"On va pouvoir stériliser entre 1800 et 2000 chats", estime Xavier Bonnard. Pour chaque chat, les frais incluent l'intervention, le puçage et l'encochage des oreilles pour ne pas attraper deux fois le même animal. 

Pour tenter de maîtriser la démographie féline dans Marseille, l'association s'appuie sur le réseau des bénévoles nourricières. "Tous les points de nourrissage des chats errants sont répertoriés, souligne Xavier Bonnard, les nourrissières nous disent combien de chats par points, et surtout combien de naissances, combien il faut en stériliser...".

Les chats sont capturés dans des cages piégées et amenés ensuite à la SPA pour être stérilisés et pucés.

À Marseille, la crise du Covid n'a fait qu'empirer la situation. "Avec le confinement les bénévoles nourricières n'ont pu avoir accès aux jardins publics qui étaient fermés, pour les attraper et les amener stériliser et ils ont proliféré dans certains quartiers", note Xavier Bonnard, le président de la SPA. Il y a aussi et toujours ces propriétaires peu scrupuleux qui abandonnent leurs animaux.

"On est intervenus sur une réquisition de la police, dans un appartement du 1er arrondissement, le couple a déménagé en laissant 14 chats adultes, ils sont restés 15 jours à l'intérieur", raconte excédé le responsable de la SPA. 

Libre de se déplacer et de se reproduire sans limites, le chat est considéré comme une espèce invasive. "Dans certains quartiers, les chats sont trop nombreux, ça fait des dégâts considérables, souligne encore Xavier Bonnard, il n'y a plus d'oiseaux, plus de nids, il n'y a plus rien".​​​​​​​

La LPO s'inquiète de cet impact néfaste sur la petite faune sauvage. Les chats errants consacrent en moyenne 12 heures par jour à la prédation (contre 3 heures pour un chat de propriétaire).

Selon Xavier Bonnard, le phénomène ne pourra pas être endigué tant que la stérilisation des chats errants ne sera pas rendue obligatoire pour les collectivités. Ça pourrait en effet le devenir si le projet de loi déposé en avril 2019 aboutit.

"Si vous stérilisez, vous avez obligation de pucer l'animal, et donc vous identifiez, plaide-t-il, ça veut dire aussi qu'il n'y a plus d'abandons sauvages." 

Le patron de la SPA va plus loin, il préconise un plan de stérilisation à l'échelle du département. Les chats circulent facilement d'une commune à l'autre. Pour lui, la démographie féline ne sera maîtrisée à Marseille que si les communes limitrophes mènent elles aussi une politique efficace de stérilisation.

 

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