Le Pr Didier Raoult défend sa position devant le Sénat

Le professeur marseillais Didier Raoult, directeur de l'IHU Infection, répond aux questions de la commission d'enquête du Sénat sur le covid-19. Il avait déjà été auditionné fin juin devant une commission d'enquête de l'Assemblée nationale
Le président du Sénat a ouvert la séance en regrettant que les scientifiques auditionnés n'étaient parvenus à se parler.

Ni triche, ni fraude

"Je ne peux pas me retrouver avec des gens qui font une tribune en disant que je fraude et que je triche. Il y a une limite. Ce n'est plus une discussion scientifique. Il y en a d'autres qui ont porté plainte contre moi auprès du conseil de l'ordre. Il y a des limites à ma convivialité. Je n'aime pas qu'on m'insulte", a déclaré en préambule le directeur de l'IHU Méditerranée Infection devant les sénateurs.

"Je n'ai jamais fraudé de ma vie, j'ai écrit 3500 publications internationales, je n'en ai jamais rétractée aucune", poursuit le professeur marseillais. Il concède des erreurs "entre 2 et 4% dans les papiers que j'ai fait".

Didier Raoult a rappelé son souhait "depuis 20 ans" de faire pour l'infection la même chose que pour les centres anti-cancéreux. "Faire des structures organisées, avec des gens compétents dans tous les domaines" pour ne pas "être en ordre dispersé".

L'infectiologue marseillais estime que "les hôpitaux spécialisés en maladies infectieuses ont été dispersés. Il y a des patrons et des leaders dans les autres domaines mais pas dans les maladies infectieuse(...)  Il y a une désorganisation dans ce pays dans ce domaine là (de l'infection)".

Cela expliquerait selon Didier Raoult, les discordances scientifiques qui sont nées durant cette crise du Covid-19.

Le microbiologiste dit avoir réclamé la création de sept centres de même nature que son IHU Méditerranée Infection de "manière à mailler le pays, pour pouvoir faire face à des crises sanitaires qui n'arrêtent pas".

"On peut confirmer par la méthodologie mais pas découvrir"

Sur ses méthodes de travail, demandées par une sénatrice, le professeur Raoult répond:

"Je ne suis pas un homme de spéculation, je suis très empirique, très pragmatique. C’est ma nature. Je pense que l’on ne peut découvrir que par l’observation et l’empirisme. On peut confirmer par la méthodologie mais pas découvrir".

A l'IHU, une vingtaine de professeurs et de cadres de recherche se réunit "tous les jours" tôt le matin, pour échanger chacun dans sa spécialité.
"Je crois aux nids de recherche", précise le professeur marseillais.

Pour le Covid, les équipes de l'IHU ont lu "tout ce qu'ont écrit les sachants chinois" qui avaient de l'avance sur les autres pays. La chloroquine et l'hydroxychloroquine font partie des premiers résultats concernant le traitement en Chine de cette maladie inconnue.

Didier Raoult s'est dit "incapable de mesurer la dimension symbolique des choses", faisant allusion à l'immense polémique lancée autour de l'hydroxychloroquine, la molécule qu'il a utilisée dès le départ pour les patients covid de l'IHU Méditerranée.

"Ce qu’il s’est passé n’est pas normal. On est déconnecté de choses que moi je connais.
Je suis un pragmatique et un empiriste, mais ce qu’il s’est passé est absolument inouï pour moi et ça marquera toute l’épistémologie".
Revenant sur les Centres Nationaux de Référence, qu'il a déjà critiqué, le Pr Raoult répète "qu'il ne peut pas y avoir de centre national de référence pour une maladie qui n'existe pas".
Il rappelle que "tout le monde n'avait que des séquences. Il y avait le génôme chinois, nous avions sélectionné trois gènes. On a pris tout ce qui existait et on a regardé".

"Le deuxième patient qu'on a eu nous a parlé de son anosmie. On l'a repéré(...) 60% des gens atteints du covid font de l'anosmie".
Comme preuve de l'intérêt de l'observation, le pr Raoult souligne que "dans l'essai Recovery, ils n'ont pas mis ce critère clinique (...) Ils ne connaissaient pas l'élément clinique le plus déterminant de tous".

"Au fur et à mesure que le savoir s'est accumulé (...) la prise en charge a sans arrêt changé", poursuit l'infectiologue marseillais. "On s'est rendu compte qu'il fallait anticoaguler les gens (...)  que les "pneumonies" étaient en réalité des embolies pulmonaires".

Et que des lésions pulmonaires étaient visibles même sur des personnes dites "asymptomatiques", comme cela avait été décelé préalablement par des équipes chinoises.

On a réagi pragmatiquement parce qu’on a cette autonomie, cette capacité à faire les choses.


Pr Didier Raoult, directeur de l'IHU Méditerranée Infection


L'IHU définit alors " une stratégie de dépistage massif" afin de détecter tous les cas possibles.
Se basant sur plusieurs études étrangères, les équipes de l'IHU adoptent le traitement à base d'hydroxychloroquine.

"Sur la toxicité potentielle de l’hydroxychloroquine, on a demandé au professeur de cardiologie de vérifier tous nos électrocardiogrammes", raconte le Pr Raoult (...) "et on a installé dans l’IHU un dosage de potassium en moins d’une demi-heure.
On a réagi pragmatiquement parce qu’on a cette autonomie, cette capacité à faire les choses". Au sujet des essais non randomisés pratiqués à l'IHU, l'infectiologue marseillais son avis :

"Je me méfie des modes, et des modes méthotodologiques, répond l'auditionné. (...)
"Aux Etats unis, il y a 82% des recommandations thérapeutiques en maladies infectieuses " qui ne sont pas basées sur des études randomisées.
"Il faut être un peu plus paisible avec ça avant de dire c'est la règle".

L'étude randomisée consiste à tirer au sort les malades. "Je ne sais pas le faire, je n'ai jamais su le faire, et je ne le ferai pas", insiste l'infectiologue.
 
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