Le lourd héritage des enfants de Pieds-Noirs : "On n’avait pas vécu ce qu’il avait vécu, c’était un peu un reproche"

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Nés après l’indépendance de 1962, ils n’ont pas connu l’Algérie de leurs parents. Dépositaires d’un passé qu’ils n’ont pas vécu, que conservent-ils de l’histoire et de la culture familiales ? Que peuvent-ils transmettre ? "Enfants de Pieds-Noirs, enfants du divorce", une série documentaire intime et passionnante.

61 ans après l’indépendance de l’Algérie et l’exode des Pieds-Noirs, que reste-t-il de la période française en Algérie et qu’en restera-t-il à l’avenir ?

Est-il seulement souhaitable que cette période se perpétue ou faut-il l’effacer définitivement de nos mémoires, aujourd’hui encore encombrées de ce passé qui ne passe pas ?

A leurs enfants nés en métropole, les rapatriés ont peu - ou parfois trop - parlé de l’Algérie. La transmission de cette page d’histoire et de cette culture est inégale, incomplète et souvent partiale.

Ce qui caractérise la population des Pieds-Noirs comme tous ceux qui ont vécu un traumatisme, c’est de se taire.

Hubert Ripoll, psychologue

Ces enfants, qui ont aujourd’hui entre 30 et 60 ans, que connaissent-ils de cette histoire ? Qu’en conservent-ils ? Transmettent-ils à leur tour ?  Se sentent-ils eux-mêmes Pieds-Noirs ? Et qu’est-ce que cela signifie, être Pied-Noir ? Autant d’interrogations qui sous-tendent le film de Karine Bonjour.

La charge de la transmission

En 2007, la réalisatrice signait avec Gilles Perez, lui-même fils de Pieds-Noirs, une série documentaire remarquable, "Les Pieds-Noirs, histoires d’une blessure". 62 témoins y racontaient leur vie en Algérie, la guerre et le rapatriement, la douceur et les violences. 

15 ans plus tard, ce sont leurs filles et leurs fils qui prennent la parole. Dépositaires d’une histoire qu’ils n’ont pas vécue, d’un récit partiel ou confus, d’un héritage parfois lourd à porter. "Comme les autres enfants du divorce franco-algérien, que ça leur fasse plaisir ou non, ils portent la charge de la transmission et au-delà, de la transition vers une société française cicatrisée" souligne Karine Bonjour.

Histoire familiale, mais aussi histoire sociale, politique et culturelle, celle des Pieds-Noirs constitue un pan du patrimoine national. Il s’agit même du plus fulgurant melting-pot qu’ait façonné la France moderne et du plus grand exil massif qu’ait connu l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Papa nous a toujours alimentés en docu, en bouquins, en photos… Dès qu’il pouvait récupérer des documents d’Algérie, il essayait de nous les partager. Des fois, il nous les partageait un peu trop !

Raphaël Martin

Aujourd’hui, la communauté des Pieds-Noirs s’efface, comme celle des harkis, des algériens colonisés, des appelés du contingent.

À travers l’exemple pied-noir, le film questionne la transmission d’une période qui marque encore, et parfois abîme, nos relations sociales.

En écho aux témoignages de 2007 de leurs parents, Nicolas, Mathilde, Raphaël, Emilie, Muriel et Guillaume nous disent la manière dont l’Algérie leur a été racontée et les non-dits qu’avec le temps ils ont décelés.

On n’avait pas vécu ce qu’il avait vécu, c’était un peu un reproche, en fait. Lui, il avait beaucoup souffert et on ne savait pas mesurer cette blessure.

Emilie Müller

Ils nous disent leur manière à eux d’être adultes avec ces souvenirs, ces silences et ces spécificités pieds-noirs.

Enfin, à leur tour, ils sont dans la transmission. Ils expliquent ce qu’ils ont choisi de conserver de cette histoire familiale afin de la restituer à leurs propres enfants.

Un voyage intime aux racines du divorce entre la France et l’Algérie.

>> Voir le 2ème volet ici

Enfants de Pieds-Noirs, enfants du divorce

Deux épisodes de 52 mn réalisés par Karine Bonjour en collaboration avec Gilles Perez.
Une coproduction 13 Prods / France Télévisions, avec la participation d’Histoire TV.
Diffusion jeudi 30 mars 2023 à 22h50 sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur.