Travaux de la Plaine, un an après : bilan “désastreux” selon les riverains

Les riverains ne décolèrent pas / © VALERIE VREL/MAXPPP
Les riverains ne décolèrent pas / © VALERIE VREL/MAXPPP

Il y a un an, les bulldozers s'apprêtaient à entamer le bitume et les forains remballaient leurs étals à la Plaine, à Marseille. Ce week-end, les riverains commémorent la première bougie du "chaos". Ils dénoncent des agressions sexistes de la part des vigiles du chantier.

Par Louise Beliaeff

Pas de répit pour les "Plainards". Mercredi 9 octobre, les riverains du quartier de la Plaine à Marseille se sont réunis pour commémorer le premier anniversaire des débuts des travaux sur la place Jean Jaurès

Une commémoration teintée d'amertume, dans un décor chaotique : "La colère n’est pas retombée étant donné que le quartier est en grande partie sinistré, déplore Yves, co-fondateur de l'assemblée de la Plaine. La mobilité sur le quartier reste très, très difficile, beaucoup de commerces ont fermé et d’autres sont en position extrêmement délicate."

Le bilan est assez désastreux. Beaucoup, beaucoup de chaos.

Il y a un an, la situation était des plus tendues sur la Plaine. Les militants se mobilisaient contre les abattages d'arbres sous les yeux des forces de police. Aujourd'hui, les riverains ne décolèrent pas et poursuivent le mouvement. 

Les forains, l'âme de la Plaine

De son côté, Marie s'inquiète pour les forains. Elle qui aimait tant le "grand brassage" du marché de la Plaine, son "ambiance""sa diversité" et ses "prix bas", souhaite ardemment le retour des étals. 

Les forains, répartis sur différents marchés (Joliette et Prado), pourraient revenir sur la place Jean Jaurès à la fin des travaux, du moins 230 selon les propos de la mairie. Encore faut-il qu'ils en aient envie. "Au bout d’un an à se faire une clientèle ils se disent 'on va nous faire partir quand ça marchera bien'", relate Marie.

Si le marché revient il reprendra vie, et ce sera gagné. A condition que la flambée des prix des loyers soit contrôlée.

Samedi 12 octobre, les membres de l'assemblée de La Plaine vont rendre visite aux forains lors d'une déambulation "costumée et musicale".

Accusations d'agressions sur le chantier

Yves, le cofondateur de l'assemblée de la Plaine, évoque l'insécurité de ce lieu sensible et dénonce "plusieurs agressions verbales et physiques, depuis un an, en tout impunité". Ces agressions auraient été commises par certains vigiles du chantier. 
Ce jeudi 10 octobre, une marche féministe est organisée à 19 heures sur la Plaine. "Gardés jour et nuit par des vigiles de la société AMGS, un sous-traitant de la Soleam pour les activités de surveillance, les abords du chantier sont le lieu d’agressions à caractère lesbophobe, transphobe et sexiste", explique le collectif "Plaines de rage". 

Il dénonce "des discours injurieux sur leur apparence physique, des insultes, des menaces de viol, des exhibitions de parties génitales, des séquestrations à l’intérieur du chantier, des coups et des passages à tabac, des gazages à la lacrymo, parfois à bout portant, des jets de pierres"

Le collectif rapporte l'agression de deux femmes "il y a deux semaines""Deux autres femmes, témoins de la scène, sont intervenues pour s’opposer, et les 4 ont été embarquées par la police pour 16h de garde à vue !"

La société de surveillance dément

Des propos battus en brèche par Grégory Lafosse, dirigeant de la socciété AMGS (Agents de sécurité Marseille Bouches-du-Rhône) : "Les seules agressions dont on a été au courant sont celles qui ont été faites sur nos agents de sécurité : crânes ouverts, mains ouvertes, fracture ouverte du coude".

Grégory Lafosse admet avoir eu vent des accusations d'agressions sexistes via les réseaux sociaux, là où les "assaillants" s'expriment. Mais il est catégorique : "On a été contrôlés au crible, on travaille avec la ville de Marseille, avec la préfecture, personne n'a de casier judiciaire, les personnes embauchées sont triées sur le volet par le CNAPS (Conseil national des activités privées de sécurité, ndlr)."

Pour lui, les accusations ne tiennent pas, par manque de preuves : "Les militants sont 24h/24 sur leur smartphone. S'il y avait eu une scène quelconque, ils l'auraient déjà diffusée, il y aurait eu une preuve !"

Le dirigeant d'AMGS regrette la tournure qu'a pris le chantier : "On leur a livré la moitié du chantier il y a trois semaines, elle est déjà toute cassée, toute taguée", déplore Grégory Lafosse. Une chose le rassure cependant : "Politiquement, il va y avoir un retour de la part de la ville à la fin du chantier pour laver ce qui se dit sur les réseaux". Rendez-vous fin 2020.

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