Ouverture d'une enquête préliminaire pour apologie du terrorisme contre Jean-Marc Rouillan,ancien "d'Action directe"

Le cofondateur d'"Action Directe" est visé par une enquête préliminaire du Parquet de Paris pour "apologie du terrorisme" après des propos tenus le 23 février dernier dans l'émission "la grande Tchatche" sur Radio Grenouille  à Marseille en partenariat avec le Ravi dans un entretien de 58 minutes. 

Dans un long entretien de 58 minutes, l'ancien d'"action directe" a été questionné par Michel Gairaud et Rafi Hamal sur de nombreux sujets d'actualité à l'occasion de la sortie prochaine du film " Il faut savoir se contenter de beaucoup"

Un docu-fiction où Rouillan, assigné à résidence à Marseille, interprète son propre rôle au côté de Noël Godin, surnommé Georges le Gloupier, alias « l’entarteur ». De larges extraits de l’entretien sont publiés dans le Ravi n°138, daté mars, actuellement chez les marchands de journaux. 

Après 25 ans de détention,  il est placé en liberté conditionnelle depuis 2012.  Il reste sous surveillance étroite. Il est assigné à résidence à Marseille. Il est interdit de séjour dans 38 départements. Il n’a pas le droit d’évoquer les faits pour lesquels il a été condamné ni de parler de terrorisme.

Cependant dans le contexte actuel il a accepté le jeu de l'entretien avec le Ravi et Radio Grenouille, où les thèmes abordés lui ont été clairement spécifiés selon le Ravi qui revient sur les coulisses de l'entretien sur son site internet.

Dans cet entretien Jean-Marc Rouillan s'exprime sur l'état d'urgence, la politique marseillaise, les conditions de détention en prison, et sur les attentats de novembre dernier.

Interrogé sur les faits, à savoir s'il condamne ces actes, il se dit "neutre"  avec détachement expliquant " ne pas se sentir concerné" .

J'en ai marre des poncifs anti-terrosristes, qui se développent avec ces "lâches attentats, "


Relancé à plusieurs reprises sur le djihadisme, la radicalisation, l'islamisation, et les attentats il explique à la 49e minute qu'il "en a marre des poncifs anti-terroristes qui se développent avec ces lâches attentats". Une phrase où il fait de l'analyse sémantique qui n'est pas passée inaperçue, d'autant qu'il continue sur ce thème en expliquant:" moi je les ai trouvé très courageux, ils se sont battus courageusement. Ils se battent dans les rues de Paris, ils savent qu'il y a 2 ou 3000 flics autour d'eux. Souvent, ils ne préparent pas leurs sorties parce qu'ils pensent qu'ils vont être tués avant d'avoir fini l'opération. On voit que quand ils arrivent à réussir une action ils restent les bras balants , en disant merde on a survécu à ça." 

"Ou les frères Kouachi quand ils etaient dans l'imprimerie, ils se sont battus jusqu'à la dernière balle."
"On peut dire qu'on est contre leurs idées, réactionnaires, on peut dire que c'était idiot de faire ça , de faire ci, mais pas dire que ce sont des gamins qui sont lâches"; 

Lorsque le journaliste, lui dit qu'il ne faut pas beaucoup de courage pour aller abattre des gens à la terrasse d'un café, Jean-Marc rouillan répond:" non ce n'est pas ce moment là où ils sont héroïques. Est ce qu'ils sont héroïques? non ce n'est pas cela. Je m'oppose à ce fait de dire c'est lâche regardez!  Cette propagande etatique que l'on voit dans la bouche des gens qui  prétendent s'opposer à l'état. " 

Ses propos n'ont pas manqué de faire réagir : Le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête préliminaire après ces propos pour "apologie du terrorisme"

Offense à la mémoire

Ces propos ont fait réagir également lundi le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, interrogé durant son audition par la commission d'enquête parlementaire mise en
place après les attentats qui ont tué 130 personnes et blessé des centaines d'autres le 13 novembre.

"Je n'ai aucune mansuétude à l'égard de ce type de propos (...). Ces propos sont une offense à la mémoire des victimes et une blessure supplémentaire pour des familles qui ont déjà beaucoup enduré", a dénoncé le ministre.

"Il appartient au ministère public de requérir la révocation de la libération conditionnelle de cet individu", a-t-il ajouté.

Dans un courrier adressé lundi au procureur de la République François Molins, Me Samia Maktouf, avocate qui défend plusieurs familles de victimes des tueries de novembre, avait elle aussi dénoncé ces propos, et appelé à des poursuites pénales à l'encontre de l'ancien d'Action directe.

"La position de Jean-Marc Rouillan heurte la mémoire des victimes et de leurs familles (...) A l'heure où de jeunes Français continuent de tenter de partir pour
la Syrie, de tels propos irresponsables peuvent avoir des conséquences graves, voire irrémédiables", a-t-elle affirmé dans un communiqué transmis à l'AFP.

Jean-Marc Rouillan, 63 ans, est le dernier membre du noyau dur d'Action directe à avoir recouvré la liberté, après 24 ans de prison, en mai 2012. Il avait été
condamné en 1987 à perpétuité pour les assassinats de l'ingénieur général de l'armement René Audran et du PDG de Renault Georges Besse.

Il avait pu bénéficier en 2007 d'un régime de semi-liberté, révoqué fin 2008 car il n'avait pas respecté son interdiction de s'exprimer publiquement au sujet des
faits pour lesquels il avait été condamné, avant d'être à nouveau en semi-liberté en 2011.

L'enquête le concernant sur le délit d'"apologie du terrorisme" a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes de la PJ parisienne.