Municipales 2020 : épuisés, fatigués, esseulés, mais à quoi servent les maires ?

Les maires sont sur tous les fronts, surtout dans les petites communes. Usés par les responsabilités, démoralisés par la perte de leurs pouvoirs au profit des intercommunalités, beaucoup hésitent à rempiler en mars. C'est le constat du président de l'Union des maires des Hautes-Alpes. 

© Jérémie FULLERINGER/MaxPPP

"S’engager dans l’action municipale est un vrai sacerdoce, c'est chronophage. Je comprends que certains aient envie de lâcher."

Ainsi s’exprimait le maire de Tallard devant ses 161 collègues réunis en congrès en septembre dernier.

Les maires n’ont plus le moral 

A huit semaines des élections municipales, Jean-Michel Arnaud, président de l'Union des maires des Hautes-Alpes, constate que de plus en plus de maires sont démoralisés.

"Il y a une perte de moral même chez celles et ceux qui se représentent", note l'élu. Selon lui, cette "morosité" s'explique d’abord par les réductions de dotations et la disparition de la taxe d'habitation qui limitent leurs capacités d'action.

Mais elle est aussi liée aux "inquiétudes sur le rôle du maire et de la commune dans un paysage institutionnel qui a énormément évolué depuis la loi NOTRe de 2015 qui est l'émergence d'intercommunalités plus vastes et plus denses."

"Les maires ont tendance à percevoir la montée de l'intercommunalité comme étant la fin de leurs capacités d'agir au bénéfice de leur territoire communal."

Des maires pris dans un mille-feuille  

La région Paca compte 948 communes, 3 métropoles (Nice Côte d’Azur, Aix-Marseille-Provence, Toulon Provence Méditerranée), 16 communes d’agglomération et 33 communautés de communes.

A l'intérieur de ce mille-feuille territorial, les maires peinent à trouver leur place. La répartition des rôles et les pouvoirs de chacun sont souvent confus. Ces élus de proximité se sentent dépossédés de leurs prérogatives.

"L'inquiétude c'est, demain, de ne plus être un élu qui décide du quotidien, mais un élu qui va devoir médiatiser, négocier, tout ce qui concerne sa commune dans un espace beaucoup plus large où ils ont l'impression d'être noyés, qui est l'intercommunalité XXL" renchérit le maire de Tallard, élu en 2014 à la tête de cette commune de 2000 habitants.

Des maires sous pression   

Dans le même temps, le poids des responsabilités n’a cessé de s’alourdir ces dernières années.

Jean-Michel Arnaud s’inquiète du "fameux syndrome du maire de Signes (tué dans l'exercice de ses fonctions NDLR), qui fait que les maires sont de plus en plus exposés comme toutes les personnes ayant autorité à des positions radicales d'une partie très marginale de la population, mais qui impacte grandement la sérénité dans laquelle ils doivent servir". 

Ils sont aussi de plus en plus exposés à des risques de contentieux ou à des recherches de responsabilité personnelle dans l'exercice de leurs fonctions. 

Pour certains, la charge devient trop pesante. Ce malaise se traduit par une crise des vocations aux prochaines municipales. Jean-Michel Arnaud s'alarme des déficits de candidatures qu'il constate dans son département.

De plus en plus de retraités

"Même les maires sortants qui se représentent ont des difficultés à trouver 7, 9 ou 11 conseillers municipaux. Dans les communes extrêmement rurales, on me demande ce qui se passera s'il n'y a pas de candidats en nombre suffisant. On a des déficits de candidatures".  

"On va vers une évolution des profils des maires, pronostique le maire de Tallard, avec de plus en plus de retraités et de moins en moins de personnes issues du monde de l'entreprise."

Des maires font le choix de leur carrière professionnelle qui n'est pas compatible avec leur engagement citoyen.

"Il y a aussi le fait que l'engagement municipal, ce n'est souvent pas indemnisé et c'est six ans. Vue l'évolution de la société, c'est un engagement "intergalactique" en durée, note encore le président des maires haut-alpin. Et un engagement longue durée, ce n'est pas dans la tendance sociétale."

Maires à tout faire 

Aux yeux de ses administrés, le maire tient entre ses mains tous les pouvoirs... 

Il est le "patron" dans sa commune, et en tant que tel "responsable" de ce que les enfants mangent à la cantine, du prix du stationnement, de l'état de la voierie, de la vidéo-protection, de la carte scolaire, des permis de construire...

Les mairies interviennent dans bien des domaines sans en avoir l'obligation légale. C'est le cas des crèches ou des foyers pour personnes âgées. 

Le maire porte une autre casquette, celle de représentant de l'Etat. A ce titre, il a des pouvoirs de police pour sanctionner les infractions simples. Il célèbre des mariages, organise le recensement et les élections....

Revoir le statut de maire

Une enquête menée en 2018 par l’Observatoire de la démocratie de proximité et du Cevipof a révélé le malaise des maires français. Il en ressortait qu'un maire sur deux ne souhaitait pas se représenter aux municipales de 2020.

Plus d’un tiers des maires prêts à raccrocher leur tablier invoquaient le manque de moyens financiers pour assumer leur fonction, 14,8% le manque de personnels.

36% se plaignaient aussi d'avoir "de plus en plus de difficultés à satisfaire les demandes de leurs administrés".

La crise des gilets jaunes a montré que les maires, élus de terrain au contact direct des ronds-points, étaient incontournables dans l'organisation du débat national.

Cette prise de conscience a débouché sur la loi du 27 décembre 2019 "Engagement et proximité", qui vise à renforcer les pouvoirs des maires et à leur assurer de meilleures indemnités.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
élections municipales 2020 politique élections paca économie