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Procès de Collobrières : une soirée de cauchemar racontée par les témoins

Patrick Champlon, le père d'Alicia Champlon et Dominique et Audrey Bertaut, les parents d'Audrey Bertaut, avec leur avocate. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/ AFP
Patrick Champlon, le père d'Alicia Champlon et Dominique et Audrey Bertaut, les parents d'Audrey Bertaut, avec leur avocate. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/ AFP

"Je m'en voudrais toute ma vie", la victime d'un cambriolage de Boumezaar a tenté de désarmer le forcené avant qu'il ne tire sur les deux gendarmes. Moments difficiles encore pour les familles des deux gendarmes tuées à Collobrières. Les témoins ont apporté des détails sur cette soirée de cauchemar.

Par Olivia Malongo avec AFP

Les doutes persistent toujours vendredi devant les assises du Var sur le rôle joué par Inès Farhat en 2012 à Collobrières dans la rixe opposant son
compagnon à deux femmes gendarmes, que le jeune homme est accusé d'avoir tuées avec l'arme subtilisée à l'une des militaires. Aucun des témoins de la scène n'a précisé explicitement l'implication de la jeune femme de 22 ans, l'un d'eux évoquant toutefois devant la cour des "pressions" subies de sa part lors d'une reconstitution. Jugée pour complicité de meurtre pour l'homicide d'Audrey Bertaut, 35 ans, elle nie les faits et encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Inès Farhat est jugée pour complicité de meurtres. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Inès Farhat est jugée pour complicité de meurtres. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

L'appartement de la tante de Boumezaar

A ses côtés dans le box, Abdallah Boumezaar, 32 ans, est quant à lui poursuivi pour le meurtre d'Audrey Bertaut, et l'assassinat d'Alicia Champlon, 28 ans. Le jeune homme, qui reconnaît les faits, encourt la perpétuité réelle -une peine rarement prononcée. Appelées pour un cambriolage et une tentative suivie d'une agression, les deux militaires s'étaient rendues le 17 juin 2012 dans le logement que le couple louait depuis peu à Collobrières à la tante de M. Boumezaar, déjà condamné à de nombreuses reprises à l'époque.

Une rixe éclate

Là, une rixe éclate, mettant aux prises le jeune homme et Audrey Bertaut. Hakim Harchi, visiblement impressionné, a décrit devant la cour ce qu'il avait vu ce soir-là, dans l'appartement des accusés : Abdallah Boumezaar rouait de coups Audrey Bertaut qui, recroquevillée sur un canapé, tentait de protéger son arme de service.

Il tente de l'assommer avec une torche

Avec Nabil Haouach, la victime du premier cambriolage commis quelques heures plus tôt, il s'était rendu vers l'appartement occupé par Inès Farhat et Abdallah Boumezaar, identifié comme l'auteur du vol. Après en être partis à la demande des gendarmes, les deux hommes étaient remontés vers le logement après avoir entendu "des cris de femme". M. Harchi, un jeune homme de 22 ans, vêtu de sombre, a détaillé comment M. Haouach avait tenté en vain d'assommer le forcené avec une lampe torche, puis la lutte entre les deux pour s'emparer de l'arme arrachée à Audrey Bertaut.

Alicia, groggy et ensanglantée

En revanche, il n'a rien dit devant la cour sur le rôle d'Inès Farhat au cours de cette mêlée --et son éventuel rôle, notamment, dans ce qui est arrivé à l'autre gendarme, Alicia Champlon, retrouvée groggy et ensanglantée au sol par M. Harchi quand il remonte dans l'appartement. Le jeune homme --qui fera sortir Alicia Champlon du logement en la tirant par les pieds avant qu'elle ne s'échappe et ne soit rattrapée dans la rue par Abdallah Boumezaar-- a confié devant la cour avoir subi des "pressions" de l'accusée lors de la reconstitution des faits.

"Je m'en voudrais toute ma vie"

Nabil Haouach, un quadragénaire costaud, n'a pas été plus explicite. Devant le juge d'instruction, il avait pourtant dit supposer que c'était elle "qui avait
assommé
" la deuxième militaire. Vendredi, il est revenu sur ces déclarations, assurant que durant la bagarre il n'avait "pas pu voir" Mme Farhat. "Je vous laisse tirer vos conclusions", a-t-il lâché devant juges et jurés.

Je m'en voudrais toute ma vie"


a-t-il également déclaré, s'excusant plusieurs fois auprès de la famille des victimes, et même de celles des accusés: "On n'en serait pas là si j'avais réussi à le désarmer."
Beaucoup de gendarmes sont venus apporter leur soutien aux familles des deux victimes. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Beaucoup de gendarmes sont venus apporter leur soutien aux familles des deux victimes. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

J'ai essayé de lui enlever l'arme de la main, j'étais motivé par la peur, j'ai retourné l'arme vers son bassin, pour le blesser, j'ai tiré deux fois et il ne s'est rien passé"


a-t-il raconté dépité. 

Il détourne le regard lors du tir

Aucune balle n'était alors engagée dans le canon du pistolet. Abdallah Boumezaar ayant repris le dessus et armé la culasse, il avoue avoir eu peur et a pris la fuite. Il affirme avoir entendu alors deux détonations: "Je pensais que la deuxième était pour moi."Il m'a fait signe de partir et il a tiré", s'est de son côté rappelé Hakim Harchi, évoquant les derniers instants d'Audrey Bertaut, "les mains sur son visage". La voix cassée, il dit avoir détourné le regard lors du tir. Le procès doit durer jusqu'au 20 février.

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