Var : à Chateaudouble, le “pincement au cœur” des habitants face au départ des demandeurs d'asile

Débutée sous des craintes brandies par des responsables politiques, dont le Rassemblement national, la cohabitation entre les demandeurs d'asile et les habitants de Chateaudouble s'est en réalité faite paisiblement. / © Dylan MEIFFRET/MAXPPP
Débutée sous des craintes brandies par des responsables politiques, dont le Rassemblement national, la cohabitation entre les demandeurs d'asile et les habitants de Chateaudouble s'est en réalité faite paisiblement. / © Dylan MEIFFRET/MAXPPP

Le centre d'accueil et d'orientation du village varois, qui avait défrayé la chronique à l'été 2018, doit fermer ses portes le 1er mars 2020. Ses 72 places seront transposées dans des appartements autour de Draguignan et Toulon.

Par Benjamin Hourticq

Qu'il semble loin, le tintamarre politique et médiatique qui a déferlé dans les rues étroites de Chateaudouble en septembre 2018. "On me disait que ça allait être l'apocalypse, se souvient Georges Rouvier, le maire de la petite commune varoise. On m'a même demandé de démissionner du conseil municipal".

Ces prophéties de Cassandre faisaient suite à l'annonce en juillet 2018, de l'ouverture d'un centre d'accueil et d'orientation (CAO) de réfugiés de 72 places dans ce village de 470 âmes. Une initiative impulsée par l'Etat, afin de démanteler les camps de fortune, comme la célèbre "jungle" de Calais, et d'héberger les demandeurs d'asile. Les collectivités locales avaient alors été associées à cette opération, afin de trouver des places disponibles.

L'apocalypse n'a pas eu lieu

En septembre 2018, quelques jours avant que les premiers demandeurs d'asile n'arrivent dans la bourgade varoise, Marine Le Pen les avait précédés. Le temps d'une visite éclair, sous l'oeil des caméras, des micros, mais aussi des sifflets, afin de faire de Chateaudouble le symbole d'une France submergée par l'immigration et de communes livrées à leur triste sort par l'Etat.

Depuis, l'apocalyspe n'a pas eu lieu. Et il y a peu de chance qu'elle arrive, ou tout du moins pas par la faute des demandeurs d'asile. Car le 1er mars prochain, le centre d'accueil et d'orientation de Chateaudouble fermera définitivement ses portes.

"Nous avons reçu une instruction du ministère de l'intérieur, ordonnant que tous les CAO devaient fermer au plus tard le 30 juin 2020", explique Edith Mosnier, responsable Paca de Forum Réfugiés Cosi, l'association en charge du CAO, par délégation de la préfecture du Var. En mettant en place des CAO en urgence, le gouvernement avait promis aux collectivités que leur durée n'excèderait pas deux ans.

Nous allons ouvrir d'autres structures pour les accompagner.

"Tous ceux qui sont en CAO sont des demandeurs d'asile, donc tant que leur procédure n'est pas arrivée à son terme, ils vont continuer à être accueillis, rassure Arnaud Pouly, directeur départemental de la cohésion sociale du Var. Nous allons ouvrir d'autres structures pour les accompagner. Aujourd'hui, les personnes qui sont à Chateaudouble vont être orientées vers d'autres structures, soit dans le Var, soit à l'extérieur."

"Nouveau cycle"

Selon le représentant de la préfecture, le nombre de places du CAO de Chateaudouble sera transposé à la création d'hébergements d'urgence des demandeurs d'asile en diffus, c'est-à-dire des appartements éparpillés sur les aires toulounaise et dracénoise.

"Aujourd'hui, on passe à un nouveau cycle", conclut Arnaud Pouly. Cela aura également pour objectif de réduire les dépenses nécessaires au fonctionnement de certains CAO isolés.

Certains habitants m'ont confié que ça leur faisait un pincement au coeur.

À Chateaudouble, par exemple, le centre nécessitait la présence en permanence d'un dispositif de sécurité. Un service de mobilité, afin de permettre aux demandeurs d'asile de se rendre dans les villes pour mener leurs procédures administratives, était également mis en place.

Ainsi, d'ici quelques mois, les 38 migrants encore à Chateaudouble quitteront le village. "Certains habitants m'ont confié que ça leur faisait un pincement au coeur", confie le maire, qui se félicite de l'ouverture et de l'humanisme dont ses administrés ont fait preuve, bien loin des craintes brandies au début.

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